Deuxième épisode: Eva Velazquez

Depuis 2014, Eva Velazquez sauve les vêtements anciens d'une petite mort. En chineuse avertie, l'oeil aguerri, elle collectionne les vêtements de peu où chaque détail importe, parce qu'il leur fallait être utiles avant tout à ceux qui les portaient, à ces ouvriers, ces paysans, ces fermières ou ces lavandières du siècle passé ou plus que passé.... Dans ses boutiques, à Bruxelles et à Knokke, elle les transmet, leur donnant ainsi une seconde vie. Emportée par son élan, elle signe aussi une collection dans des matières contemporaines mais qui s'enracine dans cette garde-robe qu'elle connaît sur le bout des doigts et qu'elle réinterprète avec son goût parfait. A ses côtés, son frère Hugo déploie son talent de créateur dans un label à son nom qui s'inscrit dans une même lignée passionnée. Ouvrez les guillemets.

"Les vêtements ont une âme", SDP
"Les vêtements ont une âme" © SDP

"On ne peut pas faire ce métier si ce n'est pas une passion, une conviction. Cela demande un tel investissement personnel que l'on ne sait pas faire semblant. Quand j'ai démarré, je chinais tout, un peu instinctivement, par rapport à une certaine sensibilité. Aujourd'hui, je cible, mon oeil est de plus en plus exigeant. Mais il devient très compliqué de trouver de l'ancien, la grande majorité est caché dans des fermes éloignées, et avec la crise, tout s'est fort ralenti.

L'été d'Eva Velazquez, dans la Zwart huis knokkoise investie aussi par l'Atelier Bellevue, SDP
L'été d'Eva Velazquez, dans la Zwart huis knokkoise investie aussi par l'Atelier Bellevue © SDP

J'ai du mal à me défaire des très belles pièces, mais d'un autre côté, cela fait partie de ma mission de transmission: je me dois de passer ces pièces car si je ne les montre pas, si je ne les expose pas et si je ne les lègue pas, tout perd de son sens, le but et la raison pour lesquels j'ai démarré ce projet perdent de leur sens, alors je me force. J'en garde parfois, parce que ce sont des archives et qu'elles sont rares, le reste, je le transmets, que ces pièces puissent continuer leur chemin de vie. J'ai une façon très particulière de traiter mes pièces anciennes: pour moi, ce sont des âmes, avec une énergie qui a besoin de se nourrir, il faut dès lors les transmettre.

Je ne peux parler que de l'ancien et de ma façon de voir les choses. Pour moi, le fait qu'il y ait une marque, une petite étiquette, c'est du vintage. Tous les vêtements que je chine, lave, restaure n'ont jamais d'étiquette, il date d'avant qu'on puisse parler de l'existence de maisons de mode ou de structures, petites, moyennes ou grandes. Je suis attirée par des vêtements qui sont dans la grande majorité faits à la main, à la maison, par des gens pour qui le vêtement avait vraiment une utilité - comme celui qui construisait ses outils de travail. C'est tout à fait une autre approche que le vintage, et qui a été décidée d'une manière inconsciente. Tous mes vêtements ont cette particularité: on peut les appeler "vêtements d'époque" ou "vêtements anciens" et ils sont clairement situés de 1800 aux années 1920-1930, un peu avant que les maisons de mode commencent à exister.

Le vêtement d'époque par Eva Velazquez, à la Zwart huis à Knokke, SDP
Le vêtement d'époque par Eva Velazquez, à la Zwart huis à Knokke © SDP

Je pense que tous sont venus à moi, parce que à la base, je suis une passionnée du vêtement, qui me transmet des racines, des cultures, une énergie et parfois un savoir-faire incroyable. C'est pour moi une trace de ce qui s'est passé dans le passé, cela me nourrit. Et ma marque n'aurait jamais existé si ces vêtements anciens n'avaient pas existé.

Le vêtement que je chine n'est pas un vêtement anonyme. Il a eu une réelle raison d'être, il n'a pas été fait par quelqu'un qui s'est levé un matin et a décidé que ce serait à la mode. Il était utilisé pour une raison bien précise, ce n'était pas juste un look - cela donne toute la raison de mon travail, je ne fais que transmettre quelque chose qui a déjà été réfléchi, conçu, déterminé. Je veux montrer que cela ne s'efface pas, que les gens comprennent comment un vêtement était confectionné, le temps qu'on passait pour concevoir certains d'entre eux: c'était des heures et des heures de coutures, de dentelles, de broderies... Quand on achète un vêtement aujourd'hui, on a un peu perdu cette notion du temps qui donne une dimension complètement différente de ce que nous portons sur nous.

Le vêtement contemporain par Eva Velazquez, SDP
Le vêtement contemporain par Eva Velazquez © SDP

J'explique et je transmets tout cela à mes clients. C'est comme une espèce d'éducation, sur les matières et la façon. C'est une petite goutte dans l'océan, mais si je touche une personne, c'est déjà génial.

Hugo Velazquez, Thomas Prudhomme
Hugo Velazquez © Thomas Prudhomme

Tout l'été et après aussi, je serai à Knokke, dans la Zwart Huis. On l'a investie avec la collection de Hugo et avec la mienne, et avec Atelier Bellevue, un bureau d'architecture et de décoration. On a également invité le Typographe de la rue Américaine à Bruxelles, Isabelle Baines et ses chapeaux magnifiques, Dorothée l'a fait et ses fleurs en soie ou l'artiste Arpaïs Du Bois - je me sens très en lien avec son travail. On veut faire vivre cet espace avec des créateurs et des artistes qui ont ce savoir-faire que nous aimons. On organisera même des petits concerts et on a loué une cabane de plage que l'on a posée dans la cour arrière de la maison pour y faire des dîners à thème. Nous rêvions d'investir réellement cette maison très sévère et de lui donner un peu de vie."

Eva Velazquez, 56, rue Franz Merjay à 1050 Ixelles. www.evavelazquez.be Et tout l'été, dans sa boutique à Knokke, à la Zwart Huis, 8, Dumortierlaan à Knokke-Heist.

Depuis 2014, Eva Velazquez sauve les vêtements anciens d'une petite mort. En chineuse avertie, l'oeil aguerri, elle collectionne les vêtements de peu où chaque détail importe, parce qu'il leur fallait être utiles avant tout à ceux qui les portaient, à ces ouvriers, ces paysans, ces fermières ou ces lavandières du siècle passé ou plus que passé.... Dans ses boutiques, à Bruxelles et à Knokke, elle les transmet, leur donnant ainsi une seconde vie. Emportée par son élan, elle signe aussi une collection dans des matières contemporaines mais qui s'enracine dans cette garde-robe qu'elle connaît sur le bout des doigts et qu'elle réinterprète avec son goût parfait. A ses côtés, son frère Hugo déploie son talent de créateur dans un label à son nom qui s'inscrit dans une même lignée passionnée. Ouvrez les guillemets. "On ne peut pas faire ce métier si ce n'est pas une passion, une conviction. Cela demande un tel investissement personnel que l'on ne sait pas faire semblant. Quand j'ai démarré, je chinais tout, un peu instinctivement, par rapport à une certaine sensibilité. Aujourd'hui, je cible, mon oeil est de plus en plus exigeant. Mais il devient très compliqué de trouver de l'ancien, la grande majorité est caché dans des fermes éloignées, et avec la crise, tout s'est fort ralenti.J'ai du mal à me défaire des très belles pièces, mais d'un autre côté, cela fait partie de ma mission de transmission: je me dois de passer ces pièces car si je ne les montre pas, si je ne les expose pas et si je ne les lègue pas, tout perd de son sens, le but et la raison pour lesquels j'ai démarré ce projet perdent de leur sens, alors je me force. J'en garde parfois, parce que ce sont des archives et qu'elles sont rares, le reste, je le transmets, que ces pièces puissent continuer leur chemin de vie. J'ai une façon très particulière de traiter mes pièces anciennes: pour moi, ce sont des âmes, avec une énergie qui a besoin de se nourrir, il faut dès lors les transmettre.Je ne peux parler que de l'ancien et de ma façon de voir les choses. Pour moi, le fait qu'il y ait une marque, une petite étiquette, c'est du vintage. Tous les vêtements que je chine, lave, restaure n'ont jamais d'étiquette, il date d'avant qu'on puisse parler de l'existence de maisons de mode ou de structures, petites, moyennes ou grandes. Je suis attirée par des vêtements qui sont dans la grande majorité faits à la main, à la maison, par des gens pour qui le vêtement avait vraiment une utilité - comme celui qui construisait ses outils de travail. C'est tout à fait une autre approche que le vintage, et qui a été décidée d'une manière inconsciente. Tous mes vêtements ont cette particularité: on peut les appeler "vêtements d'époque" ou "vêtements anciens" et ils sont clairement situés de 1800 aux années 1920-1930, un peu avant que les maisons de mode commencent à exister.Je pense que tous sont venus à moi, parce que à la base, je suis une passionnée du vêtement, qui me transmet des racines, des cultures, une énergie et parfois un savoir-faire incroyable. C'est pour moi une trace de ce qui s'est passé dans le passé, cela me nourrit. Et ma marque n'aurait jamais existé si ces vêtements anciens n'avaient pas existé.Le vêtement que je chine n'est pas un vêtement anonyme. Il a eu une réelle raison d'être, il n'a pas été fait par quelqu'un qui s'est levé un matin et a décidé que ce serait à la mode. Il était utilisé pour une raison bien précise, ce n'était pas juste un look - cela donne toute la raison de mon travail, je ne fais que transmettre quelque chose qui a déjà été réfléchi, conçu, déterminé. Je veux montrer que cela ne s'efface pas, que les gens comprennent comment un vêtement était confectionné, le temps qu'on passait pour concevoir certains d'entre eux: c'était des heures et des heures de coutures, de dentelles, de broderies... Quand on achète un vêtement aujourd'hui, on a un peu perdu cette notion du temps qui donne une dimension complètement différente de ce que nous portons sur nous. J'explique et je transmets tout cela à mes clients. C'est comme une espèce d'éducation, sur les matières et la façon. C'est une petite goutte dans l'océan, mais si je touche une personne, c'est déjà génial.Tout l'été et après aussi, je serai à Knokke, dans la Zwart Huis. On l'a investie avec la collection de Hugo et avec la mienne, et avec Atelier Bellevue, un bureau d'architecture et de décoration. On a également invité le Typographe de la rue Américaine à Bruxelles, Isabelle Baines et ses chapeaux magnifiques, Dorothée l'a fait et ses fleurs en soie ou l'artiste Arpaïs Du Bois - je me sens très en lien avec son travail. On veut faire vivre cet espace avec des créateurs et des artistes qui ont ce savoir-faire que nous aimons. On organisera même des petits concerts et on a loué une cabane de plage que l'on a posée dans la cour arrière de la maison pour y faire des dîners à thème. Nous rêvions d'investir réellement cette maison très sévère et de lui donner un peu de vie."