JOUR 1

Si Francfort est mieux connue sous le nom de Mainhattan par les locaux et les inconditionnels de cette métropole cosmopolite, le quartier du Brückenviertel, lui, a naturellement hérité du surnom de "Brückeline". A l'image du fief new-yorkais des hipsters, ses ruelles paisibles abritent boutiques branchées, relents de pré-gentrification et maisons de bouche originales. Pour prendre des forces avant d'en découvrir les secrets les mieux gardés, on s'attable chez Die Brücke devant un brunch généreux qui fait la part belle aux produits du coin. Oeufs au plat dans lesquels tremper un bretzel salé à souhait ou un streusel (la version allemande du crumble) aux fruits de saison? Ja, gerne!
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Si Francfort est mieux connue sous le nom de Mainhattan par les locaux et les inconditionnels de cette métropole cosmopolite, le quartier du Brückenviertel, lui, a naturellement hérité du surnom de "Brückeline". A l'image du fief new-yorkais des hipsters, ses ruelles paisibles abritent boutiques branchées, relents de pré-gentrification et maisons de bouche originales. Pour prendre des forces avant d'en découvrir les secrets les mieux gardés, on s'attable chez Die Brücke devant un brunch généreux qui fait la part belle aux produits du coin. Oeufs au plat dans lesquels tremper un bretzel salé à souhait ou un streusel (la version allemande du crumble) aux fruits de saison? Ja, gerne! A mille lieues des centres-villes interchangeables où les mêmes chaînes de fast-fashion se retrouvent d'un pays à l'autre, Brückeline fait la part belle aux petites boutiques pleines de caractère, avec un penchant assumé pour le vintage. L'occasion de dénicher des trésors à prix doux parmi la sélection de vinyles de N°2 Records, de se créer une silhouette unique chez Vintage Revivals ou ReSales Frankfurt, ou tout simplement de s'adonner au plaisir de la curiosité chez Die Wendeltreppe, un marchand de livres antiques semblant lui-même sortir tout droit d'un roman. Si la ville est célèbre pour son quartier européen dont les buildings grattent le ciel, elle l'est aussi pour sa production de cidre au goût légèrement acidulé reconnaissable entre mille. On fait donc comme les locaux et on s'attable chez Lorsbacher Thal pour le savourer accompagné d'une spécialité du cru, la grüne soße, fierté de la Hesse avec son mélange rafraîchissant et fragrant de sept herbes, servie ici avec des oeufs durs à tremper dedans. Incontournable également: la soupe de pommes de terre, crémeuse à souhait et étonnamment légère. En souvenir de cette immersion dans la gastronomie francfortoise, on s'offre une visite postprandiale chez Töpferei Maurer pour y acheter un bembel, la cruche traditionnelle dans laquelle siroter son cidre. Nul besoin de parler couramment la langue de Goethe pour savourer une pause digestive au Harmonie Kino, un cinéma d'art et d'essai dont la cinégénie folle en ferait le cadre idéal d'un des films d'auteurs européens projetés ici. Lesquels, contrairement à l'usage dans la plupart des cinémas allemands, sont projetés pour la plupart en version originale sous-titrée: attention toutefois à bien choisir un film "OmU", sous peine de vous retrouver à devoir suivre l'intrigue en allemand doublé. Schrecklich! Après avoir profité de l'ambiance si particulière qui règne dans l'enclave de Brückeline, il est temps de changer d'air en se promenant en direction de la Neue Altstadt, ou "nouvelle vieille ville" en français dans le texte, les bâtiments originaux ayant été en grande partie détruits lors des raids aériens de 1944. De 2012 à 2018, le projet de développement urbain Dom-Römer a rendu au quartier sa splendeur d'antan et réussi le pari de remonter dans le temps sans verser dans le kitsch. On change de rive en passant par le pont piétonnier Eiserner Steg, avant d'admirer les façades à colombages typiques de Römerberg, la place centrale du quartier médiéval, sise à l'emplacement approximatif de l'ancienne ville romaine. Connu sous le surnom de "pont des soupirs", le Brücke zwischen Nord- und Südbau relie les deux parties de l'hôtel de ville et évoque l'architecture de son homonyme vénitien, les gondoliers en moins. Premier bâtiment à avoir été reconstruit après la Seconde Guerre mondiale, la Paulskirche n'est plus un lieu de culte... mais un haut-lieu de la vie culturelle locale, notamment lors de la Foire du Livre. C'est dans l'écrin d'une des plus jolies places de la ville, dont les façades pastel ornées de fleurs semblent empruntées à un décor de film d'époque, que l'on s'attable chez Balthasar Ress, délicieux hybride de marchand de vin et d'enseigne de bouche prisé des locaux. Lesquels y sirotent pour la plupart un vin au rouge vif évoquant la grenadine, un des nectars maison qui accompagne à la perfection une planche de fromages de la région, servis avec une généreuse portion de feigensenf, la "moutarde de figue" du cru qui, passée la surprise de la première bouchée, s'avère hautement addictive. Parfaitement aménagés pour accommoder aussi bien les piétons que les cyclistes, les quais du Main invitent à la flânerie, par exemple en direction du Hafenpark, où l'on admire le ballet des skateurs et autres bmxers venus profiter du skate-park. Avec, en toile de fond, les lignes modernes du nouveau quartier européen, surplombé par la Skytower, siège tout de verre et d'acier de la Banque Centrale Européenne depuis 2014. Imaginé par l'architecte autrichien Wolf Dieter Prix, le bâtiment a conservé en son sein la salle d'origine du Grossmarkthalle, le marché aux fruits qui occupait les lieux avant elle, et qui a servi de point de transit à des milliers de juifs déportés entre 1941 et 1945. Leurs messages de détresse gravés à même les murs ont été conservés, la salle ayant été classée. Considéré comme offrant le plus joli panorama sur la skyline de la ville, le pont Ignatz Bubis permet de reprendre son souffle tout en observant le flot continu de péniches, kayaks, SUP et autres embarcations qui se croisent sur le Main. Avis aux amateurs de photographie: à l'heure du coucher de soleil, les gratte-ciel semblent s'enflammer depuis le pont. Impossible de visiter Francfort sans payer une visite à Frau Schreiber, véritable institution du Kleinmarkthalle, halle gourmande grouillante d'activité, où l'on vient aussi bien acheter fruits, légumes et autres vivres pour la semaine que se restaurer sur le pouce. Depuis 1958, Frau Schreiber sert les saucisses les plus authentiques de la ville sans montrer signe de fatigue, et on ne manque pas d'accompagner sa commande d'un des gigantesques cornichons aigres-doux dont elle a le secret. Pour digérer, rien de tel qu'un détour par la Goethe Haus, où le grand Johann Wolfgang a rédigé Les Souffrances du jeune Werther, son cabinet de travail ayant été fidèlement reconstitué pour le plus grand plaisir des amateurs de littérature romantique, nombreux à se presser ici. Détruite dans un bombardement le jour de l'anniversaire des 112 ans de la mort de l'auteur emblématique, la maison a été reconstruite à l'identique malgré l'opposition d'édiles culturels de l'époque, pour lesquels l'héritage effacé ne pouvait revivre que sous une forme nouvelle. Flanquée d'un gigantesque euro devant lequel les touristes de passage prennent un cliché obligé, la Willy Brandt Platz est le coeur névralgique du quartier financier de la ville et de ses gratte-ciel rutilants qui rivalisent de hauteur et de modernité. En s'y promenant le nez en l'air pour mieux les admirer, il est difficile de dire si l'on se trouve à Mainhattan ou bien à Manhattan, la vraie. 19h - Cocktails et autres délices au Bar Shuka Francfort n'est pas uniquement un hub de la finance, elle est aussi l'une des plaques tournantes de la drogue en Europe. Un contraste particulièrement visible dans le quartier de la gare, où la gentrification n'a pas eu raison des occupants originels. Lesquels se partagent les lieux avec les beautiful people qui se pressent au Bar Shuka, adresse au parfum de Moyen-Orient, où l'on se régale du brunch au dîner, la carte faisant la part belle à la nouvelle cuisine israélienne. Bon plan: pickles et sauces maison sont également proposés à emporter, pour prolonger le plaisir à domicile.