À 17 et 19 ans, les (grands) enfants ont des envies d'ailleurs qui ne s'accordent plus forcément avec les traditionnelles vacances familiales annuelles. Si l'on veut avoir encore la chance de voyager en famille, il faut développer des arguments convaincants. Dénicher la formule qui les fera craquer. Sans verser dans le piège de ne penser qu'à leur seul plaisir en négligeant le nôtre. Et là, on a fait fort. L'idée de base : ces deux demoiselles étant férues d'équitation, proposons-leur des vacances à cheval, au moins en partie. Quitte, pour ce qui nous concerne, à retrouver des sensations depuis longtemps rangées au rayon des souvenirs, puisqu'on n'a plus pratiqué le canasson depuis Mathusalem.
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À 17 et 19 ans, les (grands) enfants ont des envies d'ailleurs qui ne s'accordent plus forcément avec les traditionnelles vacances familiales annuelles. Si l'on veut avoir encore la chance de voyager en famille, il faut développer des arguments convaincants. Dénicher la formule qui les fera craquer. Sans verser dans le piège de ne penser qu'à leur seul plaisir en négligeant le nôtre. Et là, on a fait fort. L'idée de base : ces deux demoiselles étant férues d'équitation, proposons-leur des vacances à cheval, au moins en partie. Quitte, pour ce qui nous concerne, à retrouver des sensations depuis longtemps rangées au rayon des souvenirs, puisqu'on n'a plus pratiqué le canasson depuis Mathusalem. Restait à trouver la bonne destination. L'Amérique des cow-boys et des longues chevauchées ? Déjà vu. L'Afrique des safaris à cheval ? Un peu cher et risqué, vu le manque de pratique. L'Argentine des gauchos et des étendues infinies ? Sans doute un peu trop monotone. Mieux que tout ça, visons une contrée mythique, où l'équidé n'est pas seulement une institution, il symbolise réellement tout un peuple : celui des nomades de Mongolie. A nous la steppe, la vie sous la yourte et l'hospitalité des enfants de Gengis Khan, fondateur voici 1 000 ans du plus vaste empire de l'histoire, de la Chine à l'Europe. Histoire de mettre tout le monde d'accord, nous avons construit le voyage en trois temps forts, en associant nos filles à sa conception. Pour leur bonheur : une semaine à cheval à travers la province centrale de l'Övörkhangaï et la vallée du fleuve Orkhon, où la steppe verdoyante est creusée de canyons spectaculaires et où les rivières abreuvent les troupeaux des nomades posés dans ses méandres. Au plaisir des parents : une deuxième semaine de randonnée à pied dans le parc national volcanique de Naiman Nuur, accompagnés de yacks, l'autre animal emblématique du pays, pour porter nos bagages. Et pour finir en beauté, une troisième semaine au coeur du mythique désert de Gobi, le plus grand d'Asie, à la rencontre des éleveurs de chameaux - les vrais, ceux qui ont deux bosses. Le tout aux bons soins de Sylvain Recouras, un Français établi à Oulan-Bator où il a créé, avec sa femme mongole, une petite agence spécialisée dans les voyages axés sur l'immersion culturelle et la rencontre avec les populations locales, proposant des séjours sur mesure combinant tous les moyens de déplacement possibles en Mongolie et au Kirghizistan voisin. On ne consacrera que 24 heures à la capitale, le temps d'un salut à la statue colossale du grand Khan trônant sur la place qui porte son nom. Jetlag oblige, les filles n'ont pas résisté à la visite de l'incontournable Musée d'Histoire nationale et de ses collections d'art nomade et sacré. En revanche, le spectacle de danses traditionnelles mongoles au célèbre théâtre Tumen Ekh a reboosté tout le monde, avec ses chants diaphoniques qui sont une pure merveille. Autre temps fort : la visite d'une fabrique de cachemire, dont on sait peu que c'est une grande spécialité du cru - la Mongolie est le deuxième producteur mondial de cette laine de chèvre d'une douceur incomparable. On peut en ramener de magnifiques vêtements à prix aussi doux que la matière elle-même. Ça aussi, les ados adorent. Et c'est parti pour l'aventure équestre à travers la steppe, où les galops infinis prennent une saveur particulière. Six heures en selle par jour, guidés par un maître écuyer et suivis, de très loin, par la camionnette qui transporte nos bagages, l'intendance et notre cuisinière, une jeune étudiante qui tentera vaillamment de nous familiariser avec les spécialités gastronomiques locales. En Mongolie, la cuisine nomade est essentiellement basée sur la viande (de chèvre, de mouton et de yack, les trois autres animaux que les Mongols élèvent avec le cheval ou le chameau) et les produits laitiers... fermentés : rares sont les yourtes qui possèdent un frigo. Impossible de refuser une rasade d'aïrag, ce lait de jument au goût particulièrement fort et légèrement alcoolisé, qu'on vous sert à toute heure pour vous souhaiter la bienvenue. Car on loge le plus souvent chez l'habitant, dans ces tentes circulaires et meublées au confort rudimentaire plantées dans des paysages aussi sauvages que fantastiques. A la clé, une immersion totale dans la vie d'un peuple particulièrement hospitalier, qui laisse aux voyageurs des souvenirs impérissables. Notamment lorsque nos hôtes emmènent nos jeunes sur leurs motos pour aller rassembler les troupeaux disséminés dans la steppe, dans une sorte de rodéo des temps modernes. Les filles en redemandent. Notre semaine de trek prolonge la première dans une version plus sauvage, montagneuse et accidentée, mais toujours semée de campements nomades dont les familles nous accueillent avec curiosité et gentillesse, quand nous ne nous installons pas au bord de lacs aux couleurs éclatantes. Quatre yacks à la laine épaisse et soyeuse ont remplacé notre véhicule d'intendance par une présence placide et dévouée. Ils nous mèneront aux portes du Gobi, où l'on poursuit l'aventure à quatre roues cette fois, entre une balade à dos de chameau ou l'ascension d'une dune géante au lever du soleil. Du sommet de laquelle on refait le monde avec nos grands enfants. Aucun doute : ce voyage en famille, elles l'ont " vraiment kiffé ". On pense déjà au suivant.