Il y a cent ans, le circuit automobile de Francorchamps voit le jour. A l'époque, il n'y a pas d'infrastructure spécifique. Le tracé suit trois routes publiques entre Spa-Francorchamps, Malmedy et Stavelot. Le parcours ne dispose d'aucun revêtement particulier, mais cela n'inquiéte pas Jules de Thier. Le propriétaire du journal La Meuse veut surtout trouver un lieu de remplacement pour sa Coupe de la Meuse, une course automobile interrompue par la Première Guerre mondiale. L'homme est soutenu par Henri Langlois van Ophem, pilote et président du Royal Automobile Club de Belgique, qui trouve cet itinéraire de 15,8 km bien adapté à l'ambiance chic du casino et des thermes de Spa.
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Il y a cent ans, le circuit automobile de Francorchamps voit le jour. A l'époque, il n'y a pas d'infrastructure spécifique. Le tracé suit trois routes publiques entre Spa-Francorchamps, Malmedy et Stavelot. Le parcours ne dispose d'aucun revêtement particulier, mais cela n'inquiéte pas Jules de Thier. Le propriétaire du journal La Meuse veut surtout trouver un lieu de remplacement pour sa Coupe de la Meuse, une course automobile interrompue par la Première Guerre mondiale. L'homme est soutenu par Henri Langlois van Ophem, pilote et président du Royal Automobile Club de Belgique, qui trouve cet itinéraire de 15,8 km bien adapté à l'ambiance chic du casino et des thermes de Spa. Pourtant, le succès se fait attendre. La première course, prévue en août 1921, ne compte qu'un unique inscrit. Pour se sortir de cette déconvenue, les organisateurs s'empressent d'organiser une compétition réunissant 23 motos. Le premier Grand Prix de Belgique pour automobiles, lui, aura donc finalement lieu en 1922. Deux ans plus tard, le Royal Automobile Club lance les 24 heures de Francorchamps. En 1928, la piste est finalement asphaltée. Cependant, le tracé ne devient épique qu'avec la création du Raidillon, en 1939: un virage en pente, qui garantit le spectacle... et peut causer des dégâts. "Vous montez à plus de 300 km/h sans voir la fin du virage. Frissons assurés", expliquait le pilote de F1 Michael Schumacher, titulaire de six victoires à Francorchamps, contre cinq pour Ayrton Senna. Durant le second conflit mondial, l'anneau ardennais n'accueille aucune course: les combats font rage dans la région, pendant l'offensive des Ardennes. En 1950, il y a tout juste septante ans, Spa-Francorchamp fait son entrée dans le calendrier officiel de la Formule 1. Mais une série d'accidents mortels et des soirées un peu trop légendaires vont entacher la réputation de ce circuit dangereux. Entre 1971 et 1982, celui-ci est donc absent du programme officiel. Le Grand Prix de Formule 1 de Belgique est alors organisé à Zolder.En 1983, le GP s'installe à nouveau à Spa-Francorchamps, sur 6,9 kilomètres. Cette édition historique est remportée par le Français Alain Prost, qui aujourd'hui encore considère ce champ de course comme l'un des plus beaux du monde de par ses courbes. Un avis partagé par nombre de ses condisciples. Jusqu'en 2000, une partie du site était encore accessible au public. Aujourd'hui, il s'agit d'un domaine fermé où les amateurs peuvent venir profiter de l'asphalte en s'acquittant de frais d'entrée. Mais l'ancien itinéraire peut, lui, encore être largement emprunté grâce aux routes principales des alentours. Avec un peu d'imagination, on peut ainsi deviner où se trouvaient les chicanes et les stands. Depuis 1970, les pilotes de course peuvent rapidement aller faire leurs prières à l'église Saint-Georges de Spa-Francorchamps. Ceux qui visitent la région passent par contre souvent à côté : avec ses ardoises, ses pierres naturelles et ses éléments en bois, des matériaux tous issus des environs, l'édifice s'intègre en effet parfaitement dans le tissu local. L'ouvrage présente néanmoins un caractère brut original grâce à ses détails de façade en béton. La contribution du sculpteur André Pirlot (1926-1997), un habitant de la région qui a fait carrière en Suisse et en France, est également remarquable. A l'extérieur, il a imaginé un bas-relief graphique et, à l'intérieur, il a sculpté le tabernacle, les fonts baptismaux et le Christ en croix. Entre les deux Guerres mondiales, la plupart des architectes étaient obnubilés par l'esthétique des voitures de course et des machines en général. En 1935, Le Corbusier a même fait le déplacement aux Etats-Unis pour visiter l'usine Ford, car il voulait que ses maisons soient également produites "à la chaîne". Il considérait d'ailleurs ses habitations comme des "machines à habiter". Un exemple typique de cette architecture fonctionnaliste se trouve à Bévercé, une section de Malmedy. Il s'agit d'une centrale hydroélectrique, construite entre 1927 et 1928 comme en témoignent ses façades. L'eau qui y est transformée en électricité provient du barrage de Robertville, une autre construction impressionnante des années 20 qui vaut également le détour. Tout comme le circuit de Francorchamps, le lac artificiel de Robertville est entouré de verdure, ce qui en fait un hot spot pour les amateurs de sports nautiques.La région regorge de trésors pour les amateurs d'exploration urbaine qui y trouvent nombre de bâtiments industriels... visitables à leurs risques et périls. Même l'ancien Francorchamps Racing Hotel, établissement au passé glorieux, est vide. Toutefois, d'autres options Urbex plus abordables s'offrent à ceux qui ne désirent pas entrer par effraction. Dispersées dans la région se trouvent par exemple d'anciennes traces de l'infrastructure ferroviaire des Cantons de l'Est, tombée en partie dans les mains des Allemands durant la Seconde Guerre mondiale. Après le conflit, les voies ont été utilisées pour le transport de marchandises, mais ce temps est révolu et de nombreux vestiges subsistent. Comme à Raeren, où l'on découvre une gare en ruine et d'anciens wagons, dont un transformé en café. A Hombourg, la gare est devenue un hôtel, et les wagons ont été laissés tels quels. Mais l'endroit le plus spectaculaire est l'ancienne gare de Montzen, érigée pendant la guerre 14-18 par des prisonniers russes sur ordre des Allemands. Après avoir été endommagée par des bombardements, la bâtisse fut partiellement restaurée. Aujourd'hui, le site est à l'abandon et n'attire que quelques passionnés de lieux fantômes... et des lecteurs du Vif Weekend, qui savent trouver la beauté d'antan à travers ces ruines. Outre le lac artificiel de Robertville, le barrage de la Gileppe à Jalhay est également une merveille de l'ingénierie wallonne. En 1878, quand le roi Léopold II l'a inauguré, il s'agissait du premier barrage en béton d'Europe. A l'origine, il assurait l'approvisionnement en eau de l'industrie de la laine verviétoise. Au sommet se trouve une gigantesque statue de lion: une oeuvre d'Antoine-Félix Bouré regardant avec défi l'ancienne Prusse, située alors à seulement cinq kilomètres de là. Près du lac, la tour panoramique aux airs futuristes est une création de l'architecte Marcel Geenen et a été achevée en 1984. Elle mesure 77 mètres de hauteur, et dispose d'un restaurant à son sommet, d'où la vue est spectaculaire. Cependant, le panorama depuis un pavillon d'observation situé sur le barrage (photo) est également à couper le souffle. Les connaisseurs considèrent Jacques Dupuis (1914-1984) comme l'un des plus grands bâtisseurs modernistes de notre pays. Pourtant, son nom est, à tort, moins célèbre que ceux de ses contemporains tels qu'André Jacqmain ou Louis Herman De Koninck. Dans les années 40 et 50, il a travaillé avec son collègue architecte Roger Bastin. Ensemble, ils ont imaginé quelques belles habitations privées et quatre chapelles particulières à Bertrix, mais également deux projets de logements à Malmedy et Auvelais. Dans les deux cas, la demande venait d'Esma, l'acronyme de "Centrales Electriques de l'Entre-Sambre-et-Meuse et de la région de Malmedy", dont le personnel vivait à l'époque à proximité. Une des particularités de ces projets est que les deux confrères les ont dessinés comme un espace de co-housing avant l'heure, avec des jardins communs, des infrastructures sportives, des espaces de rencontre, une garderie, une piscine, une salle de billard et un restaurant, en plus des habitations pour familles de toutes tailles. En termes d'art de bâtir, le complexe malmédien est également novateur. On y perçoit déjà l'esthétique de l'Expo 58, dix ans avant son ouverture. Jacques Dupuis et Roger Bastin ont conçu les lieux comme une oeuvre d'art complète, dont ils ont même imaginé le mobilier. Malheureusement, ces exemples uniques de la reconstruction d'après-guerre sont aujourd'hui menacés. Le complexe d'Auvelais a été incendié il y a quelques années, et à Malmedy, quatre maisons ont déjà été démolies, l'espace de rencontre étant toujours debout. Un héritage essentiel qui se doit d'être protégé, conservé... et visité avant qu'il ne soit trop tard. Avec son style organique, Yves Delhez est un cas à part dans l'histoire de l'architecture belge. Originaire d'Eupen, il a tragiquement perdu la vie dans un accident de la route en 2016, mais ses créations très particulières agrémentent toujours le paysage des Cantons de l'Est. A partir des années 80, alors que le post-modernisme battait son plein, l'homme a commencé à imaginer des constructions excentriques, aux formes organiques inhabituelles, avec des matériaux naturels. On retrouve dans ses créations des caractéristiques de l'oeuvre de Gaudí, Frank Lloyd Wright ou Herb Greene, mais son travail reste difficile à classer en raison de sa diversité. Certaines de ses maisons ressemblent à des pangolins, d'autres à des arbres, des papillons ou des cristaux. A Eupen, où il habitait lui-même dans une "chaumière de Schtroumpf", il a par exemple conçu l'institut Kneipp (photo) en 1988, en s'inspirant de l'eau et des vagues. Et entre 1990 et 1992, il y a rénové l'ancienne maison des religieuses Schwesternheim (XVIIIe siècle), en lui apposant des extensions en forme de pétales. Pour ceux qui ont toujours rêvé de vivre dans une demeure de Hobbits, une villa semi-finie d'Yves Delhez est actuellement en vente pour 420.000 euros à Kügelgasse.