En tant que voyageur, vous vous réjouissez que l'adaptation cinématographique de La Mandoline du capitaine Corelli, le roman de l'écrivain britannique Louis de Bernières qui raconte l'histoire d'un soldat passionné de musique, ne soit pas un blockbuster. Car cela a permis à Céphalonie, la plus grande et la plus belle des îles ioniennes, d'être épargnée par le tourisme de masse et de conserver son authenticité grecque sans compromis.

Homère, l'auteur à succès avant la lettre, était originaire de cette région, tout comme son héros Ulysse, né sur la petite île voisine d'Ithaque. En descendant de l'avion, vous vous retrouverez au coeur du mythe et du berceau de l'art de relater des histoires.

Des habitants excentriques

Le roman passionnant de Louis de Bernières qui dépeint l'amour interdit entre la fougueuse Pelagia et un charmant officier italien pendant la Seconde Guerre mondiale est une véritable ode à l'île et ses habitants excentriques. Dans le reste de la Grèce, ces derniers sont à tort taxés d'avoir un caractère un tantinet têtu et revêche.

Les avis sont partagés sur l'adaptation cinématographique du roman en 2000. Beaucoup d'habitants ont joué les figurants et se souviennent de ce tournage passionnant. Penelope Cruz et John Hurt, qui interprétaient les rôles de Pelagia et de son père, le docteur Iannis, se sont rapidement mêlés à la population. Contrairement à Nicolas Cage, peut-être pas le meilleur casting pour jouer Corelli, qui s'entourait de gardes du corps et se barricadait dans une villa au lieu d'explorer l'île pendant son temps libre.

Pour les figurants plus âgés qui ont encore en mémoire les massacres de la guerre mondiale et de la guerre civile, le tournage a été une expérience émouvante. Beaucoup n'ont pas pu retenir leurs larmes lorsque les designers d'Hollywood ont ressuscité à coup d'aggloméré des parties du port de Sami et de la capitale Argostoli. En 1953, Céphalonie a en effet été frappée par un séisme de forte magnitude qui a fait 600 victimes et détruit presque tous les bâtiments.

Fiskardo © Getty Images

Le seul endroit épargné est Fiskardo, le Saint-Tropez de Céphalonie, à l'extrémité nord-est de l'île. Ici les bateaux de pêche colorés flottent sur la mer bleue, aux côtés des yachts amarrés devant des tavernes pittoresques. En y regardant de plus près, on constate d'emblée la différence avec les ports des îles voisines de Zante et de Corfou.

Ici ni publicité sur les grands parasols blancs, ni châssis en aluminium, ni câbles électriques suspendus dans les airs. Pas de voitures non plus, celles-ci sont confinées sur un parking en dehors du village. Les façades vénitiennes des maisons d'origine disparaissent sous les fleurs. Le garçon blond qui joue avec un chat sur le trottoir est peut-être un lointain descendant du célèbre aventurier normand Robert Guiscard, qui a conquis le nord de la Céphalonie et y est mort de la peste en 1085. Fiskardo lui doit son nom. Il y a des lieux plus désagréables pour mourir.

Des plages de toutes les couleurs et de toutes les tailles

Céphalonie regorge de plages de toutes les formes et toutes les grandeurs, des petites criques de sable nichées entre les rochers aux vastes baies de galets d'un blanc éclatant. La plage de Myrtos, dont l'eau offre un dégradé de turquoise cristallin, est même l'une des vingt plus belles plages au monde.

Plage de Myrtos © Getty Images

La plage éloignée d'Antisamos, où plusieurs scènes importantes de La Mandoline du capitaine Corelli ont été tournées, mérite sans conteste sa deuxième place. Le monastère de Panagia Agrilion avec son clocher médiéval offre une superbe vue sur la plage en forme de fer à cheval, le golfe de Sami et la mer Ionienne.

Des tortues de mer

La journée, la plage de Kaminia appartient aux touristes, la nuit aux caouannes (Caretta caretta), la seule espèce de tortues de mer qui se reproduit en Méditerranée. Sur la côte sud de Céphalonie, les femelles sortent de l'eau en été pour venir pondre une centaine d'oeufs répartis dans plusieurs nids.

Après 55 jours dans le sable chaud, les oeufs éclosent et les bébés tortues se glissent vers la mer, à condition de ne pas être la proie d'oiseaux de mer affamés. Heureusement, la sauvegarde de l'espèce est assurée par une équipe de biologistes. Les nids qui sont réutilisés d'année en année sont enregistrés afin de ne pas être détruits.

Kaminia © Getty Images

La quasi-totalité des bâtiments anciens de Céphalonie ont été détruits, mais de vieilles pièces de monnaie ou des débris de verre ou encore de poterie mordent la poussière.

L'île voisine d'Ithaque

Deux services de ferry assurent la liaison entre Céphalonie et Ithaque : d'une part, un bateau rapide et luxueux avec tous les équipements à bord et d'autre part, un modèle plus ancien qui propose une traversée de 50 minutes à un tarif beaucoup plus compétitif.

Ithaque a une superficie de 96 km2. Quelque trois mille personnes y vivent, dont plus de la moitié dans la capitale Vathi, une ville animée nichée dans une crique profonde. L'îlot de Lazaretto, une ancienne station de mise en quarantaine sur laquelle se dresse la chapelle Sotiras (1668), se trouve au port de Vathi.

Lazaretto © Getty Images

Vathi est un village traditionnel bien préservé avec de belles maisons aux toits de tuiles et aux ruelles pittoresques. L'influence vénitienne est très visible. La majeure partie de la ville a été restaurée ou reconstruite après le dramatique tremblement de terre de 1953. Ulysse est omniprésent à Vathi : sur les menus des tavernes sur les quais, la coque des voiliers et en plâtre au (petit) musée d'archéologie.

Baie de Vathi © Getty Images

Seul au monde

Entre les falaises abruptes se cachent de nombreuses îles qui donnent l'impression d'être seul au monde. Les vagues glissent sur les cailloux blancs et les poissons de couleur argentée nagent dans l'eau turquoise. Comment arriver à un endroit aussi idyllique ? Uniquement en bateau que vous louerez au port. Naviguez et choisissez la plus belle baie pour amarrer et débarquer.

Kalymnos © Getty Images

The Crazy Island

Ithaque est surnommée "The Crasy Island", la faute à saint Gerasimos, le saint patron de l'île. Selon la croyance locale, il guérit plusieurs habitants atteints de folie chaque année le jour de son anniversaire. Pas mal quand on sait que le bon samaritain est mort en 1579. Il repose dans un reliquaire en verre dans l'église du Monastère Agios Gerasimos, au milieu des vignes vallonnées de la vallée d'Omala.

Tous les dimanches matin, les pèlerins viennent prier en ce lieu. La sacristaine leur ouvre la petite trappe à l'arrière du cercueil pour qu'ils puissent toucher un à un le corps momifié. Certains vont jusqu'à lui embrasser les pieds.

À cinq minutes en voiture du monastère se trouve la coopérative de vin Robola. Ils ne sont pas si fous que ça sur l'île de Céphalonie.

Monastère Agios Gerasimos © Getty Images

Traduction : virginie·dupont·sprl