Tous les professionnels du secteur le confirment: la mythique série La croisière s'amuse fut l'un des éléments moteurs du succès des croisières dites d'agrément dès les années 70 et 80. Le phénomène est d'abord resté confiné outre-Atlantique, avant de s'imposer en Europe au tournant du millénaire. Depuis, l'engouement est planétaire puisqu'il s'empare désormais de l'Asie.
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Tous les professionnels du secteur le confirment: la mythique série La croisière s'amuse fut l'un des éléments moteurs du succès des croisières dites d'agrément dès les années 70 et 80. Le phénomène est d'abord resté confiné outre-Atlantique, avant de s'imposer en Europe au tournant du millénaire. Depuis, l'engouement est planétaire puisqu'il s'empare désormais de l'Asie. Selon les chiffres de la CLIA, l'association internationale des croisiéristes, les géants des mers embarquaient 17,8 millions de passagers en 2009, et ils ont dépassé les 30 millions en 2019, avec une progression de 6,7% par rapport à l'année précédente - le plus fort taux de croissance dans l'industrie du tourisme. Si 250 navires étaient recensés en 2018, 29 nouveaux ont pris la mer l'an dernier, 30 autres sont attendus cette année et... 66 mastodontes sont actuellement en commande, pour la bagatelle de 29,4 milliards d'euros. Américains, Anglais, Allemands, Italiens, Chinois ou Russes en raffolent. Mais les Belges et les Français semblent plus réfractaires à ce gigantisme assumé. "Notre pays fait de la résistance", reconnaît le Belge Patrick Pourbaix, directeur pour la France, la Belgique et le Luxembourg du leader européen MSC Cruises et président de la CLIA. "Ensemble, Belgique et Luxembourg ne représentent qu'un seul petit pourcent du marché européen, contre 31% pour l'Allemagne, 27% pour la Grande-Bretagne ou 12% pour l'Italie. C'est dire si le potentiel de croissance y est encore important. A nous, croisiéristes, de trouver les arguments pour convaincre les voyageurs." Ces arguments, nous les avons testés en montant à bord des paquebots de deux compagnies concurrentes: Costa et MSC, cette dernière venant par ailleurs de lancer une vaste campagne de promotion en Belgique dont la musique est signée... Ennio Morricone, excusez du peu! Une cinquantaine de cars numérotés sont alignés sur le quai du port de Casablanca. La sortie du MSC Preziosa est réglée comme du papier à musique. Une grande partie des 3.900 passagers mettent pied à terre en moins d'une heure. Certains se rendent en ville par leurs propres moyens. Les autres prennent place à bord des bus pour visiter les "must-see" de la capitale économique marocaine - dont la légendaire mosquée Hassan II - ou pousser jusqu'à Marrakech, Rabat, Essaouira, voire jusqu'aux portes du désert. Hier l'Andalousie à partir de Malaga, aujourd'hui le Maroc, demain Lisbonne, ensuite Barcelone, Marseille puis le retour à Gênes... "Cinq pays en huit jours sans se préoccuper du logement ni des déplacements, c'est la formule idéale", témoigne Sonia, une passagère belgo-américaine qui reproduit l'expérience en famille pour la troisième fois, après les Caraïbes et les fjords norvégiens. Cette fois, elle voyage avec son mari, leurs enfants et trois petits-enfants. "L'avantage, c'est qu'on n'est pas obligés de faire tous la même chose. A Lisbonne, les plus jeunes sont allés voir l'aquarium, tandis que mon mari et moi avons visité deux musées. A Barcelone, ma fille ira faire du shopping pendant que nous garderons les autres. A la plage ou à bord, selon la météo." On peut aujourd'hui explorer durant une croisière les coins les plus reculés de la planète, de l'Antarctique au pôle Nord, en passant par la péninsule russe du Kamtchatka, le Groenland ou le canal du Panama. Ceux qui rêvent d'un tour du monde peuvent choisir de le faire en 106 jours sur le mythique et luxueux Queen Mary II ou... en simple cargo, comme le propose l'agence Voyageurs du Monde en 125 jours, le bling-bling en moins. Et pour retrouver les sensations que devaient éprouver les grands navigateurs des siècles passés, rien ne vaut la traversée de l'Atlantique sur l'un des grands voiliers de Star Clippers, construits tout en bois pour naviguer à l'ancienne. Etalés sur plus de 300 mètres chacun, les quinze ponts du Costa Diadema permettent à chacun des... 5.000 passagers (potentiels, si chaque lit est réellement occupé) de trouver à tout instant l'activité qui lui convient, seul, en couple, en famille ou entre amis. Pendant que le bateau vogue dans le Golfe persique, les voyageurs ont l'embarras du choix pour s'égayer: piscines, solariums, Jacuzzis, salles de jeux et de sports, spa, fitness, cinéma 4D, buffets et restos à gogo, casino immense, comptoirs de glaces et de pâtisseries, boutiques de mode ou de bijoux, espaces cossus pour taper le carton, cigare-lounge et wine-bar, salons de coiffure et de beauté, mini-scènes musicales avec artistes au piano ou en orchestre de bel canto. Le soir, place aux spectacles de style Broadway, à la discothèque et aux concours en tous genres: miss, plus beau couple, meilleur déguisement, etc. Sur le MSC Grandiosa inauguré en novembre dernier (6.334 passagers), l'offre monte d'un cran, avec notamment des spectacles exclusifs du Cirque du Soleil, l'atelier du double champion du monde de pâtisserie Jean-Philippe Maury, une galerie d'art exposant 26 oeuvres originales d'Edgar Degas, une "drone academy", un aquapark avec toboggans géants, ou une avenue commerçante de deux étages, avec un plafond entièrement tapissé d'écrans LED et des terrasses comme sur les Champs-Elysées... Ailleurs, les propositions sont encore plus folles. La compagnie française Ponant, par exemple, invite à bord de célèbres conférenciers (anciens ministres, grands explorateurs ou scientifiques renommés), Star Clippers suggère l'ascension d'un mât, et Seaborn - numéro 1 des croisières de luxe - régale de caviar et de champagne... à volonté. "Big is beautiful!", s'exclame Patrick Pourbaix qui a fait toute sa carrière dans le secteur et en mesure toute l'évolution. Si les navires rivalisent en taille, en offre et en qualité de services, c'est parce que pour la plupart des clients, le bateau est d'abord une destination en soi, comme les villages de vacances all-in de type Club Med. Sauf que: "En nombre de passagers, équipage compris, c'est l'équivalent d'un gros village, mais en termes d'animation, c'est une véritable ville qui concentre en un même lieu itinérant tout ce dont une famille peut rêver. La magie en plus." Même s'il faut clairement aimer la foule pour apprécier. Huit jours dans le Golfe persique avec Costa? A partir de 389 euros par personne. Neuf jours en Méditerranée avec MSC? Dés 799 euros... Qui dit mieux? Les croisiéristes pratiquent avec une science inégalée l'art du "tout compris"... sur mesure. Le tarif de base offre un séjour en cabine double intérieure (confortable, mais sans hublot ni balcon), tous les repas et même le vin à table. Inclus également: spectacles, animations, kids club ou loisirs passifs de type piscine. Beaucoup s'en contentent. D'autres s'autorisent différents extras. Un restaurant de spécialités de temps à autre - pizzeria, teppanyaki, grill, tapas, gastro... -, un forfait boissons à volonté, un soin au spa, une bonne bouteille de vin, une crème glacée, une cabine avec balcon... Et, bien sûr, une excursion. Là, c'est plutôt le coup de fusil: pas grand-chose à moins de 100 ou 150 euros par personne, faites le compte pour une famille nombreuse! Chez MSC, on évalue la dépense moyenne à environ 1.300 euros par passager et par semaine, toutes croisières et saisons confondues. Objectivement, cela reste imbattable vu le niveau des prestations et la variété des escales. Bien entendu, les achats en boutiques ou les dépenses au casino peuvent encore faire gonfler le tarif. Option complémentaire: certaines compagnies ont intégré une classe supérieure, sorte de bateau dans le bateau, accessible à quelques dizaines de passagers pour le double du prix... celui de la tranquillité tout en ayant accès aux autres plaisirs du bord. On le sait: le transport maritime est extrêmement polluant. Une étude de l'ONG Transport & Environnement montre qu'en 2017, le premier croisiériste du monde (Carnival, maison-mère de Costa, 94 bateaux) émettait dix fois plus de dioxyde de soufre que les 260 millions de voitures en circulation en Europe! Le second (Royal Caribbean) quatre fois plus. Et la même ONG estime que les paquebots émettent deux fois plus de CO2 que les avions. Sans parler du dioxyde d'azote, des déchets alimentaires ou de la pollution... visuelle des mastodontes qui défigurent les villes pendant qu'ils sont à quai. Les croisiéristes ont entrepris d'énormes efforts ces dernières années, en particulier les compagnies européennes soumises à plus forte pression. Mi-décembre, Costa prenait livraison de son navire-amiral entièrement alimenté au GNL, le Costa Smeralda, premier d'une série de cinq pour un investissement total de 6 milliards d'euros. Ce carburant lui permettra d'éliminer les émissions de SO2, à 98% celles de particules fines, et de réduire de 20% celles de CO2. Quant à MSC, elle s'impose depuis janvier comme la première compagnie au monde neutre en carbone pour ses opérations maritimes. Et a reçu fin octobre le Neptune Award 2019 de l'armateur le plus respectueux de l'environnement lors du Forum international du transport maritime et des ports durables. Il reste du chemin à parcourir, mais les croisiéristes l'ont emprunté. Contrairement à la plupart des compagnies aériennes.