Dans le bus touristique qui a quitté Séoul pour nous emmener vers l'une des frontières les plus lourdement armées du globe, l'ambiance est curieusement bon enfant. Du moins au début. Car petit à petit, une légère appréhension s'installe. Les deux Corée ne sont pas en guerre, mais malgré la trêve instaurée depuis 1953, elles n'ont toujours pas fait la paix officiellement. Notre guide dispose d'une autorisation en bonne et due forme de l'UNCMAC, l'instance de l'ONU qui supervise ce fragile armistice. Tandis que nous filons sur la route de la Liberté, longue autoroute déserte qui mène au pont de l'Unification, elle nous relate l'histoire de familles déchirées, d'une population qui crie famine et de déserteurs abattus sans pitié. Etrange coïncidence: alors que Séoul était baignée de soleil, le ciel s'assombrit au fil des kilomètres qui nous rapprochent de la Corée du Nord. S'il n'y avait pas quelques champs de ginseng et une grange perdue ici ou là dans le paysage, tout porterait à croire que la civilisation s'arrête à cet endroit précis. Un peu plus loin, s'invite dans le décor une interminable clôture surmontée de barbelés rouillés et de tours d'observation. Au-delà du fleuve Han, c'est le pays si mystérieux de Kim Jong-Un. Un militaire aux larges épaules contrôle notre passeport sans prononcer un mot et en nous fixant droit dans les yeux. Puis nous signons un formulaire nous informant du risque de périr sous les balles ennemies, tandis qu'un homme épingle un badge de visiteur sur le revers de notre veste.
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