C'est un secret bien gardé, que beaucoup percent par hasard en commençant par y jeter un oeil lors d'une excursion depuis la Toscane ou le Latium voisins. Là où l'on s'attend à rencontrer de simples villages rustiques, on découvre des villes d'art aux palais de marbre blanc, aux façades étudiées et aux pignons sculptés. Car bien avant la Toscane renaissante, l'Ombrie connut un âge d'or au Moyen Age, longtemps après avoir été l'un des foyers de la civilisation étrusque.
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C'est un secret bien gardé, que beaucoup percent par hasard en commençant par y jeter un oeil lors d'une excursion depuis la Toscane ou le Latium voisins. Là où l'on s'attend à rencontrer de simples villages rustiques, on découvre des villes d'art aux palais de marbre blanc, aux façades étudiées et aux pignons sculptés. Car bien avant la Toscane renaissante, l'Ombrie connut un âge d'or au Moyen Age, longtemps après avoir été l'un des foyers de la civilisation étrusque. Chaussez vos baskets car à Pérouse, on monte et on descend. Juchée sur un promontoire au-dessus du Tibre, cette cité de 200.000 habitants est une merveille, le mot n'est pas exagéré. Escaliers (parfois mécaniques heureusement), venelles, passages voûtés ou ruelles couvertes: elle reste enveloppée d'une atmosphère médiévale, offrant de-ci de-là des échappées sur la campagne environnante. Sans oublier ses innombrables palais, à commencer par celui des Prieurs et son portail sculpté. Edifié pour accueillir le conseil municipal, il abrite à présent la splendide Galleria Nazionale dell'Umbria, réputée pour ses collections d'oeuvres du Pérugin. Chaque été, Pérouse vibre aussi au rythme d'Umbria Jazz, l'un des plus grands festivals du genre sur la planète. Depuis la Renaissance, Pérouse vit avec la concurrence d'Assise la religieuse, la cité de saint François. La profusion d'églises parfois encastrées dans les bâtisses médiévales dégage un charme particulier. On s'y balade de ruelles en venelles en pierre, mais aussi parmi de nombreux vestiges antiques comme, sur la Piazza del Comune, cet imposant temple antique dédié à Minerve. Juste à côté, la tour du Peuple, élevée un bon millénaire plus tard. Et puis, on ne quitte pas Assise sans visiter la double basilique et ses fresques de Giotto. Tout cela méritait clairement d'être classé, en 2000, au patrimoine mondial de l'Unesco... Au coeur de la province, tout au bout d'une petite route poussiéreuse, se niche une étrange "cité idéale" née au siècle dernier de l'imagination de l'architecte milanais Tomaso Buzzi. Ici, on déambule entre sept théâtres et sept "monuments", une tour de Babel ou un temple de Vesta. Un insolite mélange de styles architecturaux allant de l'Antiquité à la Renaissance. Avec, en arrière-plan, un décor naturel que l'on croirait sorti d'un tableau de Léonard de Vinci. Avec ses bandeaux de pierre noir et blanc et son éblouissante façade ciselée, la cathédrale d'Orvieto est considérée comme l'une des plus majestueuses d'Italie. Par extension, comment ne pas tomber sous le charme de cette ville perchée sur un immense roc volcanique et qui n'a quasiment pas changé depuis le Moyen Age? Ne manquez pas non plus l'Orvieto "underground", ses 1 200 grottes creusées - pour certaines par les Etrusques - en dessous de la ville. La plus insolite étant sans doute le pozzo di San Patrizio, un puits imaginé pour permettre aux chevaux de descendre à 60 mètres via un escalier à double révolution. Objectif de cet aménagement: remonter sans croiser ceux qui descendent... L'Ombrie regorge de petites villes plus anonymes telles que Todi et surtout Gubbio. Stratégiquement posée en hauteur, sur la route de Rome, cette dernière se perche au-dessus d'un théâtre romain. Son dédale de ruelles et d'escaliers de pierre accrochés aux coteaux du Monte Ingino se termine en apothéose sur la piazza Grande, véritable plate-forme d'observation posée en surplomb au-dessus de la plaine où s'élèvent les palazzi Pretorio et dei Consoli. Pour prolonger l'excursion, pourquoi ne pas se balader ou s'offrir une halte en terrasse dans l'un des adorables villages des alentours tels que Montefalco ou Bevagna? Chaque mois de juin (hors période de crise sanitaire), ce dernier promet une plongée dans le temps à l'occasion du Mercato delle Gaite, une fête médiévale spectaculaire où les habitants rivalisent à coups de costumes chatoyants et démonstrations de métiers d'antan.Ce n'est évidemment pas sans raison que l'Ombrie est surnommée "le coeur vert de l'Italie". Tantôt boisée et montagneuse, tantôt plantée de vignes et d'oliviers, elle contraste totalement avec les collines pelées de la Toscane voisine. Et elle prend carrément des airs alpestres à l'approche des Monts Sibyllins, à la frontière avec les Marches. Une vaste région naturelle très peu peuplée et, donc, un paradis pour les randonneurs, surtout sur son vaste Piano Grande, haut plateau auquel on accède via Norcia. On craque également pour Castelluccio, unique localité du Piano Grande, classée parmi les plus beaux villages d'Italie. L'Ombrie est l'une des rares provinces italiennes à ne pas toucher la mer, mais son relief est creusé d'une immense étendue d'eau: le lac Trasimène. Tellement vaste que l'on se croirait face à l'océan. Et qu'il engendre un microclimat. Une immense piste cyclable permet de le contourner en deux roues. Avec pour étapes et pauses pique-nique de charmants villages, à commencer par Castiglione del Lago. Alternative d'excursion tout aussi séduisante: prendre le ferry et partir à la découverte de ses îles. Au printemps, les champs d'Ombrie se couvrent de coquelicots, offrant un splendide contraste avec le vert des forêts, le bleu du ciel et l'ocre des villages. Les voyageurs en quête de calme et de paysages à couper le souffle ne peuvent qu'être comblés. Ici plus encore qu'ailleurs dans la Botte, on prend le temps de vivre. Et on se régale des plaisirs de la table, où figurent en bonne place les charcuteries (prosciutto) de Norcia, les pâtes du terroir bien sûr (les strangozzi, sortes de tagliatelles), les funghi porcini (cèpes), la truffe blanche et noire, la truite de rivière et les poissons du lac Trasimène. Quant à l'huile, très peu acide, elle n'a rien à envier à celle de Toscane, sa terre étant l'une des meilleures pour la culture de l'olivier. Idem pour ses vins, avec deux noms à retenir: le sagrantino di Montefalco aux arômes de fruits rouges et le vin blanc d'Orvieto. La plus haute chute d'Italie (165 mètres en trois sauts) attirait déjà les foules à l'époque romaine. Son originalité: elle est artificielle et on la doit justement aux Romains qui, au IIIe siècle avant notre ère, dévièrent la rivière Velino et le lac de Piediluco. Son nom lui vient des dépôts immaculés de calcium qui étincellent comme du marbre. Véritable château d'eau de l'Italie, l'Ombrie regorge de sources, et pour cause: en son sous-sol, dort l'un des plus grands complexes karstiques de la planète. Près de Norcia, les prairies sont irriguées par des sources tempérées résurgentes. A Castelluccio, la fosse Mergani est un gouffre aquatique aux profondeurs encore mystérieuses. Depuis l'Antiquité, les hommes ont dompté nombre de ces eaux pour profiter de ses bienfaits. Aujourd'hui, on ne compte plus les thermes dans la province: Acquasparta, San Gemini, Fontecchio, San Faustino...