Immensités sahariennes, plages sublimes, bibliothèques perdues dans les sables... Et si la prochaine décennie était celle de la Mauritanie ? Celle qui vient de s'écouler ne fut qu'une longue parenthèse - trop longue pour les guides, chameliers, cuisiniers, hôteliers, restaurateurs et leurs familles - qui ont désespérément attendu les amoureux du désert. Depuis ce sinistre 24 décembre 2007, lorsque quatre touristes français ont été tués par des terroristes islamistes près d'Aleg, ce qui a entraîné dans la foulée la fin de la course Paris-Dakar dans sa version africaine. Aujourd'hui, la reprise est modeste, mais tangible. Les autorités ont mis le paquet pour sécuriser le pays, et les diplomaties occidentales, connues pour être prudentissimes, ne déconseillent plus de se rendre dans ce pays, hormis dans quelques zones frontalières éloignées des centres touristiques.
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Immensités sahariennes, plages sublimes, bibliothèques perdues dans les sables... Et si la prochaine décennie était celle de la Mauritanie ? Celle qui vient de s'écouler ne fut qu'une longue parenthèse - trop longue pour les guides, chameliers, cuisiniers, hôteliers, restaurateurs et leurs familles - qui ont désespérément attendu les amoureux du désert. Depuis ce sinistre 24 décembre 2007, lorsque quatre touristes français ont été tués par des terroristes islamistes près d'Aleg, ce qui a entraîné dans la foulée la fin de la course Paris-Dakar dans sa version africaine. Aujourd'hui, la reprise est modeste, mais tangible. Les autorités ont mis le paquet pour sécuriser le pays, et les diplomaties occidentales, connues pour être prudentissimes, ne déconseillent plus de se rendre dans ce pays, hormis dans quelques zones frontalières éloignées des centres touristiques. Bonne nouvelle, le voyageur peut donc à nouveau rejoindre l'Adrar, région la plus visitée du pays, par un vol charter hebdomadaire qui relie Paris au minuscule aéroport d'Atar, où l'offre hôtelière s'est mise à repousser comme l'herbe après la pluie. Atar est aujourd'hui une petite ville paisible, aux immeubles ne dépassant guère deux étages, et centrée autour d'un petit marché appelé Chirac en souvenir de l'ancien président français qui s'y est rendu à deux reprises. Elle est le point de départ des expéditions en 4x4, ou en randonnée " chamelière ", vers les dunes de sable sans cesse remodelées que sont les ergs Makhteir, Ouarane et Amatlich. Rien n'est plus varié que le désert, on passe du vert des oasis aux dunes de sable d'or en passant par des plateaux lunaires. Rien n'est plus habité aussi : fennecs, dromadaires, oiseaux, mais aussi des semi-nomades comme ces jeunes vendeuses surgies d'on ne sait où et qui proposent avec le sourire de jolis colliers d'artisanat. La nuit tombée, on bivouaque dans les dunes. La température est délicieuse, après les chaleurs de la journée. Le cuisinier sort son attirail pour concocter à la lampe frontale un délicieux potage et une salade de riz aux tomates, olives et thon. Le chauffeur prépare le thé, en respectant le rituel des trois " rounds ", le premier thé étant amer comme la vie, le second fort comme l'amour et le troisième doux comme la mort. Peu importe la formule, finalement, du moment que la mousse soit généreuse. On s'assoupit ensuite sur un matelas, enroulé dans une couverture, avec un dernier regard vers le firmament piqué de millions d'étoiles. On savoure la pureté de l'air, comme celle du silence. On ne pense plus au smartphone. D'autant que le réseau est rare. Pour tous les stressés venus d'Europe, c'est enfin le temps pour souffler, déconnecter, découvrir, méditer. " J'ai vu des randonneurs pleurer de bonheur devant l'immensité ", témoigne Cheibany, un guide tout heureux, lui, de reprendre du service. Dans l'Adrar, on peut découvrir tous les types de désert. Et d'oasis, comme Terjit, où l'eau de la source descend du plateau en petites cascades successives et s'écoule en toute saison. Deux bassins font office de piscines où l'on peut se rafraîchir à condition de ne pas utiliser de savon ni de shampoing, par respect pour les 40 familles qui vivent au milieu des palmiers. Un repas frugal sera servi, ponctué de délicieuses dattes. On peut passer la nuit dans une des trois auberges, le mot devant être entendu en Mauritanie comme un terrain avec quelques huttes en dur, de grandes tentes ouvertes appelées khaimas et des sanitaires communs. Plutôt spartiate, mais bien en harmonie avec l'austérité locale. La fascination du voyageur sera décuplée par la visite de Chinguetti et Ouadane. Après plusieurs dizaines de kilomètres d'une piste caillouteuse en provenance d'Atar, l'arrivée sur Chinguetti est majestueuse. Comme dans une cité recouverte de neige, les bruits des pas et des autos sont feutrés - à part qu'ici, c'est du sable. Celui-ci recouvre les rues aux façades colorées et forme parfois des monticules dans les venelles de la vieille ville, où vivent encore quelques familles. C'est là que résistent une mosquée, une école et quelques bibliothèques, en fait des masures mal éclairées qui recèlent de sublimes manuscrits calligraphiés, dont certains sont vieux de 1.000 ans. Ces documents étaient utilisés par les érudits qui enseignaient ici. D'autres accompagnaient les fidèles tout au long de leur pèlerinage vers La Mecque. On peut visiter certaines bibliothèques, comme celle dénommée Ahel Alamane (mais dont la vénérable porte en bois a ce jour-là furieusement résisté à toute tentative d'ouverture), ou celle de la fondation Al-Ahmed Mahmoud, qui arbore fièrement sa devise : " Le savoir est la seule richesse que l'on peut distribuer sans risque de se ruiner ". Avec un peu de chance, le patron des lieux vous fera une petite conférence dont il a le secret, dans la cour intérieure. Il évoquera l'histoire, la grande, avec l'origine du nom Mauritanie (né en 1899), mais aussi la petite, comme lorsque 32.000 chameaux d'une caravane sont passés en une seule journée dans la ville. A son apogée au 17e siècle, celle-ci comptait une douzaine de mosquées. Avec le déclin des caravanes, elle a commencé à péricliter au 20e siècle, comme les autres cités historiques de Mauritanie. Au final, Al-Ahmed Mahmoud dévoilera quelques-unes de ses pépites en papier, comme de vieux Corans avec enluminures, qu'il sortira d'un meuble poussiéreux en mettant toutefois des gants. Une expérience forte, où l'humour - trait mauritanien - n'est jamais absent. A Chinguetti, un véritable havre de paix et de zénitude nommé " Le jardin intérieur " donne directement sur le désert de sable. Ses huit chambrettes sont disposées autour d'un petit espace où se dresse un citronnier. Idéal pour des sessions de ressourcement, comme l'a bien deviné ce duo de femmes belges venues préparer une semaine de thérapie par le chant. Pas de risque d'embêter les voisins... à part les fennecs, peut-être. L'excellent accueil de Mohamed Lemine Ould Bahane, directeur de lycée à la retraite, complète cet ensemble harmonieux. Encore quelqu'un que l'on écouterait parler des heures, de sa ville, de son pays, de ses habitants... Et toujours avec cette touche de grande tolérance dont témoignent les Mauritaniens à l'égard des autres cultures, et religions. L'oued qui sépare les deux parties de la ville est également l'axe, ou plutôt une piste pas toujours bien définie, qui permet de rejoindre Ouadane via l'oasis de Tanouchert. C'est une alternative à la route, plus courte mais moins spectaculaire. Chinguetti comme Ouadane ont été les deux grandes victimes de la grande zone rouge établie par les gouvernements occidentaux - soit tout l'est du pays - qui déconseillaient à leurs ressortissants de s'y aventurer. Une attitude qui n'a eu de cesse d'étonner tous ceux qui, ici, vivent du tourisme : " Le dernier attentat terroriste dans l'Adrar date de 1914 ! relève Cheibany, le guide. Les contrôles de police sur la route sont omniprésents, et la province est protégée par ses montagnes. Les nomades ont tous un téléphone, avec le numéro d'un officier de liaison. Les informations circulent à toute vitesse, et les transmettre à l'armée est bien plus rentable que les filer à l'ennemi ! " Fondée en 1141 sur les ruines de quatre villes, elles-mêmes créées en 742, Ouadane est la plus impressionnante des cités historiques de Mauritanie. C'est là que fut découvert le plus vieux manuscrit du pays, aujourd'hui à l'abri à la bibliothèque nationale de Nouakchott. C'est là aussi que naquit la première université du désert, et qu'on publia L'Abrégé du droit islamique qui fut diffusé dans toute la région . Les maisons de sa vieille ville s'accrochent désespérément au flanc de la falaise. Un financement portugais a permis d'en restaurer une partie, avec une certaine réussite. Vers le haut, les constructions des nouveaux quartiers se mêlent harmonieusement avec les anciens bâtiments. Aujourd'hui, Ouadane, dont le nom signifie " la cité des deux oueds " (l'oued du savoir et l'oued des dattes), revendique haut et fort son patrimoine. Pour le découvrir, rien de tel qu'un dialogue avec ce puits de science qu'est Sidi Mohamed Ould Abidin Sidi, véritable mémoire de la ville. On le trouve sans peine arpentant les rues désertes et ramassant l'un ou l'autre objet qui viendra grossir sa caverne d'Ali Baba. Aux Belges, il exhibera une antique carte géographique avec la mention de la Flandre, ce qui aurait stupéfié des visiteurs flamands. Il compte ouvrir " incessamment " un musée dans une maison partiellement restaurée en 2009 avec un budget néerlandais. Mais tout s'est dégradé depuis lors, à telle enseigne qu'il faudrait désormais financer... la restauration de la restauration. On quitte Ouadane pour pénétrer dans une étendue fort aride qui mène aux étranges cercles concentriques du Guelb er Richat, révélés par le naturaliste Théodore Monod en 1934, et dont l'origine serait non pas une météorite mais un volcan avorté. Le plus grand cercle fait 50 km de circonférence, et ne peut être vu dans sa globalité que du ciel. Grandiose ! Plus loin, c'est le couloir d'El Beyyed et sa quantité incroyable de matériel datant du néolithique. On en trouve encore à l'air libre. Les peintures rupestres attestent de l'existence de girafes, éléphants ou rhinocéros il y a environ 12.000 ans. En plein désert, une hutte abrite un " musée " de galets et de bifaces, ramassés au cours des années par un vieux monsieur appelé Yeslem, afin de les protéger des collectionneurs sans scrupules. On peut ensuite quitter l'Adrar pour monter vers le nord et découvrir le train du désert, jusqu'il y a peu le plus long du monde. Il transporte trois fois par jour le minerai de fer depuis Zouérate jusqu'au port de Nouadhibou. Un wagon de voyageurs est accroché en queue de convoi, et promet aux passagers une expérience intense... De Nouadhibou, une route ramène vers la capitale, en passant par le parc naturel du Banc d'Arguin, au bord de l'océan et classée au patrimoine de l'Unesco. Sur 180 km de long, c'est le sanctuaire des cormorans, pélicans, hérons, flamants, goélands et autres sternes. Dans ses eaux très poissonneuses, on pêche les mulets jaunes, dont les oeufs servent à fabriquer la poutargue, ce caviar méditerranéen. Le parc est soumis à un droit d'entrée modique. Depuis Iwik, on peut embarquer à bord d'une lanche, longue barque à voiles, qui permet d'approcher des îles en silence sans trop déranger les oiseaux et de se mouvoir plus facilement dans les chenaux. A la manoeuvre, des pêcheurs Imraguens, une ethnie de Mauritanie, d'origine berbère. Durant la petite croisière, ils vous serviront une tranche de mérou grillée agrémentée de l'incontournable verre de thé. Divine surprise ! Dans ce pays qui n'a jamais connu de tourisme de masse, l'hospitalité et la convivialité de ses habitants n'ont rien de fake. C'est une société paisible et harmonieuse, où tout le monde s'entraide, où on se sent très vite en famille. Voilà qui change des destinations de plus en plus encombrées, " instagrammées " et frelatées. Mais il ne faut pas traîner.