Dans un récent documentaire de la télévision suisse publique RTS, on la voit s'avancer vers l'animal mort, tapoter son cou et s'exclamer: "Il est si gros, si fort!"

Comme Mme Opre, plusieurs riches étrangers sont autorisés chaque année par le canton du Valais - moyennant une taxe variant selon la longueur des cornes - à chasser des bouquetins mâles vieillissants que les autorités veulent de toute façon éliminer pour réguler cette espèce.

Pendant des années, cette pratique n'a guère suscité de polémique mais le documentaire de la RTS a attiré l'attention du grand public sur ces safaris de chasse, suscitant un débat passionné.

Des citoyens ont lancé une pétition qui a réuni près de 75.000 signatures en deux mois pour dénoncer cette "chasse honteuse" en Valais, seule région à autoriser les étrangers à venir chasser le bouquetin. Le parlement régional doit aussi s'emparer du sujet.

Ethiquement 'très discutable'

En Valais, les chasseurs et les autorités assurent que la régulation humaine des bouquetins a permis de faire progresser sa population, mais pour Jérémy Savioz, qui dirige la section cantonale de l'organisation Pro Natura, cette pratique est "très discutable d'un point de vue éthique".

Après avoir disparu des Alpes suisses au XIXe siècle, victimes de la chasse, les bouquetins ont été réintroduits au début du XXe siècle en Suisse et sont désormais environ 17.000.

En Valais, ils étaient 5.240 bouquetins fin 2018 (contre 3.500 quinze ans auparavant). Les autorités en autorisent l'abattage de 300 à 400 chaque année.

Ces tirs sont "motivés par des raisons à la fois biologiques et de régulation de la faune et du cheptel", a expliqué à l'AFP le Département du territoire et de l'environnement du Valais.

Les bouquetins des deux sexes et de tous les groupes âges peuvent être abattus, mais les mâles de plus de 11 ans sont ceux qui sont généralement offerts aux chasseurs de trophées. 60 d'entre eux ont été tués en 2018.

Tirer une telle bête peut coûter jusqu'à près de 20.000 francs suisses (18.000 euros), ce qui rapporte plusieurs centaines de milliers de francs par année au Valais.

Destinés à mourir

Narcisse Seppey, qui dirigeait le service de la faune en Valais lors de l'introduction de la chasse aux trophées dans les années 1980, a expliqué à l'AFP que les animaux les plus âgés sont inscrits sur la liste des individus à abattre dès lors qu'ils commencent à paraître plus faibles ou malades.

"C'est des animaux qui vont en principe périr l'hiver suivant", a déclaré M. Seppey depuis son musée personnel à Vex, qui regorge de trophées de chasse.

Narcisse Seppey devant ses nombreux trophées de chasse © AFP

La liste est validée par les autorités fédérales, et les chasseurs de trophée doivent parfois attendre plusieurs années avant d'obtenir le droit d'abattre un animal, a-t-il souligné.

Des agences de voyage spécialisées proposent ensuite à ces personnes de venir chasser le bouquetin guidés par des gardes-faune chargés de débusquer les animaux qu'il est possible d'abattre. "Qu'est-ce qu'est plus intelligent: pousser les gens à aller braconner", s'est interrogé M. Seppey. Ou faire revenir cet argent "à l'Etat?" a-t-il demandé.

Ils s'inquiètent en particulier du fait que les chasseurs de trophées ciblent les vieux mâles avec qui les femelles préfèrent s'accoupler, leurs longues cornes étant un signe de leur supériorité génétique.

Mais les défenseurs des animaux remettent en question la nécessité de réglementer la population de bouquetins, jugeant que ces animaux causent fort peu de dommages aux cultures et à la forêt. Ils s'inquiètent en particulier du fait que les chasseurs de trophées ciblent les vieux mâles avec qui les femelles préfèrent s'accoupler, leurs longues cornes étant un signe de leur supériorité génétique. "Si on élimine systématiquement les vieux mâles, on risque de perturber le système d'accouplement" de l'espèce, a déclaré à l'AFP Raphaël Arlettaz, biologiste à l'Université de Berne, reconnaissant ne pas avoir de preuve scientifique sur le sujet.

Les chasseurs du Valais affirment aussi que les mâles d'un certain âge ont un rôle à jouer dans la reproduction de l'espèce.

Mais passés les 12 ans, "ils sont trop âgés pour le rut", a assuré à l'AFP le président de la Fédération valaisanne des sociétés de chasse, Daniel Kalbermatter, qui se dit favorable aux safaris de chasse car ils rapportent des revenus suplémentaires au canton.

Mais "ce n'est pas vraiment de la chasse", a-t-il reconnu, car les bouquetins, également appelés les "rois des Alpes", sont beaucoup trop faciles à approcher, contrairement aux chamois ou aux cerfs.

Dans un récent documentaire de la télévision suisse publique RTS, on la voit s'avancer vers l'animal mort, tapoter son cou et s'exclamer: "Il est si gros, si fort!"Comme Mme Opre, plusieurs riches étrangers sont autorisés chaque année par le canton du Valais - moyennant une taxe variant selon la longueur des cornes - à chasser des bouquetins mâles vieillissants que les autorités veulent de toute façon éliminer pour réguler cette espèce.Pendant des années, cette pratique n'a guère suscité de polémique mais le documentaire de la RTS a attiré l'attention du grand public sur ces safaris de chasse, suscitant un débat passionné.Des citoyens ont lancé une pétition qui a réuni près de 75.000 signatures en deux mois pour dénoncer cette "chasse honteuse" en Valais, seule région à autoriser les étrangers à venir chasser le bouquetin. Le parlement régional doit aussi s'emparer du sujet. Ethiquement 'très discutable' En Valais, les chasseurs et les autorités assurent que la régulation humaine des bouquetins a permis de faire progresser sa population, mais pour Jérémy Savioz, qui dirige la section cantonale de l'organisation Pro Natura, cette pratique est "très discutable d'un point de vue éthique".Après avoir disparu des Alpes suisses au XIXe siècle, victimes de la chasse, les bouquetins ont été réintroduits au début du XXe siècle en Suisse et sont désormais environ 17.000.En Valais, ils étaient 5.240 bouquetins fin 2018 (contre 3.500 quinze ans auparavant). Les autorités en autorisent l'abattage de 300 à 400 chaque année.Ces tirs sont "motivés par des raisons à la fois biologiques et de régulation de la faune et du cheptel", a expliqué à l'AFP le Département du territoire et de l'environnement du Valais.Les bouquetins des deux sexes et de tous les groupes âges peuvent être abattus, mais les mâles de plus de 11 ans sont ceux qui sont généralement offerts aux chasseurs de trophées. 60 d'entre eux ont été tués en 2018.Tirer une telle bête peut coûter jusqu'à près de 20.000 francs suisses (18.000 euros), ce qui rapporte plusieurs centaines de milliers de francs par année au Valais. Destinés à mourir Narcisse Seppey, qui dirigeait le service de la faune en Valais lors de l'introduction de la chasse aux trophées dans les années 1980, a expliqué à l'AFP que les animaux les plus âgés sont inscrits sur la liste des individus à abattre dès lors qu'ils commencent à paraître plus faibles ou malades."C'est des animaux qui vont en principe périr l'hiver suivant", a déclaré M. Seppey depuis son musée personnel à Vex, qui regorge de trophées de chasse.La liste est validée par les autorités fédérales, et les chasseurs de trophée doivent parfois attendre plusieurs années avant d'obtenir le droit d'abattre un animal, a-t-il souligné.Des agences de voyage spécialisées proposent ensuite à ces personnes de venir chasser le bouquetin guidés par des gardes-faune chargés de débusquer les animaux qu'il est possible d'abattre. "Qu'est-ce qu'est plus intelligent: pousser les gens à aller braconner", s'est interrogé M. Seppey. Ou faire revenir cet argent "à l'Etat?" a-t-il demandé.Mais les défenseurs des animaux remettent en question la nécessité de réglementer la population de bouquetins, jugeant que ces animaux causent fort peu de dommages aux cultures et à la forêt. Ils s'inquiètent en particulier du fait que les chasseurs de trophées ciblent les vieux mâles avec qui les femelles préfèrent s'accoupler, leurs longues cornes étant un signe de leur supériorité génétique. "Si on élimine systématiquement les vieux mâles, on risque de perturber le système d'accouplement" de l'espèce, a déclaré à l'AFP Raphaël Arlettaz, biologiste à l'Université de Berne, reconnaissant ne pas avoir de preuve scientifique sur le sujet.Les chasseurs du Valais affirment aussi que les mâles d'un certain âge ont un rôle à jouer dans la reproduction de l'espèce.Mais passés les 12 ans, "ils sont trop âgés pour le rut", a assuré à l'AFP le président de la Fédération valaisanne des sociétés de chasse, Daniel Kalbermatter, qui se dit favorable aux safaris de chasse car ils rapportent des revenus suplémentaires au canton.Mais "ce n'est pas vraiment de la chasse", a-t-il reconnu, car les bouquetins, également appelés les "rois des Alpes", sont beaucoup trop faciles à approcher, contrairement aux chamois ou aux cerfs.