En 1961, quatre ans après les graves dégâts provoqués dans le centre-ville par un énième débordement du Turia, Valence a décidé de prendre des mesures radicales. Le fleuve a été réorienté vers un cours plus sûr, à l'écart du noyau urbain. Son lit, lui, a profité de sa mise à sec pour se transformer en une vaste zone récréative où promeneurs, cyclistes et amateurs de farniente viennent profiter de la verdure, des fontaines ou des terrains de sport. Les enfants n'ont pas été oubliés non plus : entre les vieux ponts de pierre, s'étirent plusieurs aires de jeux, dont un colossal Gulliver tout en structures d'escalade et en glissoires.
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En 1961, quatre ans après les graves dégâts provoqués dans le centre-ville par un énième débordement du Turia, Valence a décidé de prendre des mesures radicales. Le fleuve a été réorienté vers un cours plus sûr, à l'écart du noyau urbain. Son lit, lui, a profité de sa mise à sec pour se transformer en une vaste zone récréative où promeneurs, cyclistes et amateurs de farniente viennent profiter de la verdure, des fontaines ou des terrains de sport. Les enfants n'ont pas été oubliés non plus : entre les vieux ponts de pierre, s'étirent plusieurs aires de jeux, dont un colossal Gulliver tout en structures d'escalade et en glissoires. Si nombre de guides voient aujourd'hui dans ce Jardín del Turia un symbole de la résilience et de la volonté de renouveau de la cité espagnole, il a fallu un peu de temps avant que ce projet ne contribue réellement au rayonnement valencien. Malgré un centre truffé de ruelles charmantes, de magnifiques monuments historiques datant de l'époque où la ville était un pôle commercial majeur (du XIVe au XVIe siècle), d'une gastronomie réputée et de plus de 300 jours d'ensoleillement par an, la destination ne bénéficiait que d'une note en bas de page dans la plupart des livres touristiques européens... jusqu'il y a une quinzaine d'années, moment où la métamorphose a commencé. Parmi les changements, le projet le plus spectaculaire, à l'extrémité sud-est de l'ancien lit du Turia, est certainement la Ciudad de las Artes y las Ciencias, un vaste complexe de bâtisses futuristes en verre et en béton blanc, planté au milieu d'un lac aux eaux turquoises. Réunissant culture, science et nature, les bâtiments ont majoritairement été conçus par Santiago Calatrava, étoile locale de l'architecture. Aucune autre de ses oeuvres n'exprime aussi bien ses sources d'inspiration organiques et sa prédilection pour les lignes fluides. Le Palau de les Arts Reina Sofia, ouvert en 2005, saute aussi forcément aux yeux. Comparé tantôt à un casque troyen, tantôt à la coque d'une pistache, il abrite l'un des plus grands opéras d'Europe. C'est également à Calatrava que l'on doit l'Hemisfèric en forme d'oeil (cinéma Imax et planétarium) et le musée interactif des sciences évoquant un squelette de baleine. L'Oceanogràfic de l'Hispano-Mexicain Félix Candela, enfin, est le plus grand aquarium du Vieux continent, avec ses 45 000 pensionnaires, son long tunnel où l'on se promène entre raies et requins, et son restaurant sous-marin. Tous ces éléments forment ainsi un complexe qui, avant même son inauguration, était devenu le nouveau symbole de la cité. Si les Jeux olympiques de 1992 ont fait la renommée de Barcelone, que l'Expo de 1992 a fait briller Séville et que le Guggenheim a révélé Bilbao, la jolie Valence est aujourd'hui indissolublement liée au nom de Calatrava... Certes, le coût du projet (plus de 1,3 milliard d'euros), la rémunération opaque de l'architecte et quelques incidents techniques - dont l'effondrement du podium principal en 2006 et une inondation - ont suscité pas mal de critiques. Mais comme le rappelle Fleur Van de Put, une Néerlandaise installée là-bas, guide touristique et auteur de l'ouvrage 100 % Valencia, " les plans du complexe ont été présentés en 1991, soit bien avant la crise économique. Personne, à l'époque, ne s'imaginait que la région se retrouverait dans le rouge, au point qu'à l'hiver 2008, même les écoles ont dû couper le chauffage. Dans ce contexte, il était difficile de prévoir que la construction allait prendre des allures de scandale. " Néanmoins, l'effet Calatrava a aussi fait beaucoup de bien à l'endroit, soutient notre interlocutrice. " C'est clairement ce qui a boosté sa renommée. Avant, les seuls atouts étaient les exportations d'oranges, le port industriel et les usines de voitures. Même San Sebastián, Salamanque ou Alicante étaient plus connues que Valence ! Aujourd'hui, le développement du tourisme, des congrès et du cinéma - c'est ici qu'a été tourné le film de science-fiction Tomorrowland avec George Clooney - profite à tout le monde, des chauffeurs de taxi au personnel des hôtels. Les Valenciens adorent se plaindre, mais si vous critiquez leur ville, leur fierté prendra immédiatement le dessus ! " A quelques kilomètres à l'est du centre, le port et les plages ont connu un développement tout aussi spectaculaire. En fondant Valence en l'an 138 avant notre ère, les colons romains ont choisi de l'installer à l'abri, à l'intérieur des terres, sur les berges du Turia. Longtemps, les villages de pêcheurs ont été abandonnés à leur sort. Et même s'ils font désormais officiellement partie de l'agglomération, leurs habitants disent encore souvent qu'" ils vont à Valence " lorsqu'ils gagnent le centre. Les " vrais " citadins, eux, en fuyant la mer et les plages, ont sans doute oublié qu'au XIVe siècle, le port fut catalyseur de l'épanouissement des lieux. La Coupe de l'America, la prestigieuse compétition nautique qui s'est tenue ici, en 2007 et en 2010, a marqué un tournant pour cette partie de la ville. Veles e Vents (" des voiles et du vent "), le bâtiment dessiné par l'architecte britannique David Chipperfield pour servir de siège à l'événement, en est devenu le nouveau site-phare, tandis que des investissements de plus de 500 millions d'euros ont été consentis pour l'aménagement d'un nouveau port de plaisance, la mise en place d'un service de trams rapides et la réhabilitation des vastes plages de la Malvarrosa et de las Arenas. Résultat : une côte qui s'anime de plus belle, où se bousculent les férus de bronzette et de sports de plage, pour le plus grand bonheur des restaurants traditionnels, bars à cocktails et clubs qui se succèdent le long de l'interminable Paseo Marítimo, métamorphosé en promenade bordée de palmiers. La Coupe de l'America a toutefois aussi suscité quelques frayeurs dans le quartier ouvrier authentique d'El Cabanyal, qui jouxte la plage de las Arenas : ses bâtiments de style moderniste catalan et ses charmantes maisons de pêcheurs ornées de mosaïques ont failli être mutilés par les projets urbanistiques. Autre menace : l'idée de prolonger l'une des avenues centrales jusqu'à la plage, ce qui aurait imposé la destruction d'environ cent cinquante maisons historiques. " Cela a été âprement débattu pendant trente ans ", explique Fleur Van de Put. Une guerre de positions entre autorités locales, groupes d'action et instances juridiques qui a laissé des traces : " Plus personne n'osant entreprendre de restauration, le quartier s'est dégradé à vue d'oeil. " Joan Ribó i Canut, bourgmestre de gauche, a tranché : la liaison avec le centre-ville ne se fera pas. Et El Cabanyal sera réhabilité. Aux tziganes venus s'y installer au fil du temps, se mêlent aujourd'hui étudiants et artistes, tandis que de nouveaux commerces ouvrent peu à peu leurs portes à côté des cafés populaires. " Mais les expériences passées ont fait cogiter les responsables municipaux sur les projets ambitieux. Le développement urbanistique doit désormais prendre en compte des questions de durabilité. Alors que la Costa Blanca est chargée d'immeubles, ici, les modestes quartiers du bord de mer ont pu être sauvés et le spectre d'un nouveau Benidorm semble écarté... "