1. Intemporelle Cadix


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Un vaste paysage de marais salants aujourd'hui transformé en réserve naturelle : c'est un peu la Camargue que l'on traverse pour rejoindre, tout au bout d'une péninsule s'avançant dans l'Atlantique, la vieille ville de Cadix. Fondée en 1100 avant notre ère par les Phéniciens, elle serait la plus ancienne cité d'Occident. Ses ruelles cernées de hautes maisons et de palais mènent tantôt vers une place animée, tantôt vers la corniche. Cette dernière, battue par les embruns, rappelle le Malecón de La Havane, et fut jadis le point de départ de la seconde expédition de Christophe Colomb vers l'Amérique. Rapidement, Cadix deviendra le port des Indes, concentrant tout le flux marchand du continent découvert. La ville s'enrichit et se laisse influencer par ce Nouveau Monde, comme en témoigne encore sa cathédrale au-dessus de l'océan (photo), ses tours-miradors et son exotique " parque Genovés ", qui réserve des surprises botaniques dans chaque allée. Outre ses bijoux architecturaux, ce qui séduit aussi à Cadix, c'est son ouverture sur la mer et la possibilité de s'offrir - après une séance de shopping, par exemple - une douce parenthèse sur la plage de La Caleta, plantée de sa maison de bains Belle Epoque...Des maisons blanches perchées sur un promontoire, des ruelles tortueuses, une atmosphère mystérieuse et suspendue : les " pueblos blancos " suggèrent un détour romantique dans un itinéraire andalou. A commencer par le plus proche de la côte, Vejer de la Frontera, classé plus beau village d'Espagne. Sa partie ancienne est cerclée de murs blancs ponctués de trois tours et quatre portes : à l'intérieur, un château médiéval, le quartier juif et le célèbre arc de la Segur. Plus à l'ouest, Arcos s'étire tout en longueur sur la crête d'une falaise et offre des vues plongeantes sur la vallée du Guadalete. Plus loin encore vers l'intérieur des terres, Jimena de la Frontera se poste au-dessus de collines couvertes de chênes-lièges où paissent chevaux et taureaux. Grazalema, Zahara de la Sierra et Ubrique complètent le circuit. Des villages où le savoir-vivre côtoie le savoir-faire : à Ubrique, de grandes griffes telles que Pierre Cardin, Loewe ou Saint Laurent viennent s'approvisionner dans les ateliers réputés pour produire des cuirs d'exception.Ville antique, d'abord punique puis romaine, Baelo Claudia tirait ses revenus du commerce avec l'Afrique du Nord et de la pêche au thon. Le poisson était salé pour la fabrication du " garum ", condiment apprécié dans tout l'Empire. Le musée attenant démontre que rien n'a changé dans les activités de la région, axées sur la pêche d'un thon qui migre chaque printemps vers la Méditerranée en passant par le détroit. Une tâche qui se pratique encore comme naguère, à la madrague. Ravagé au IIe siècle par un séisme, puis abandonné au VIIe siècle, le site a conservé sa magie et représente l'ensemble urbain d'époque romaine le plus complet de la péninsule.Jerez est aussi la capitale du... xérès. Depuis des siècles, de grandes familles anglo-andalouses (Sandeman, John Harvey, Osborne, Croft...) ou françaises (les Domecq) produisent le précieux nectar issu des vignes qui cernent la cité jusqu'à l'horizon. En ville, les bodegas abritent des milliers de barriques rangées selon le principe de la solera, où les vins jeunes sont mixés avec les plus anciens. On y apprend que le xérès provient de deux cépages : le palomino, qui produit un vin sec, et le pedro ximénez, plus sucré. Certaines techniques - séchage du pedro ximénez sur des nattes, addition d'eau-de-vie de raisin, présence de levure... - donnent leurs nuances aux cinq catégories du breuvage, qui s'associent chacune à un type de mets. Parmi les bodegas les plus courues : Tio Pepe, où plus de 100 000 fûts sont entreposés ; La Concha, dessinée par Gustave Eiffel ; et Tradicion, qui regroupe l'une des plus belles collections de peintures d'Espagne.A l'origine, il y a la volonté d'un homme, Don Alvaro Domecq, de préserver et de diffuser l'art équestre " à l'andalouse ". Le manège, le palais attenant signé Garnier et l'école - la Fundación Real Escuela Andaluza Del Arte Ecuestre - qu'il crée en 1973 représentent une véritable oasis de tranquillité en pleine ville de Jerez. Mais la visite se savoure surtout au travers du spectacle équestre devenu célèbre : Comment Dansent les Chevaux Andalous. La tradition y est sublimée grâce à des cavaliers de talent, dont les champions olympiques Rafael Soto et Ignacio Rambla. Sur une musique composée pour épouser les figures, les chevaux blancs et leurs cavaliers en habits du XVIIIe siècle ne font qu'un et se livrent à un ballet divin. Le " pas " espagnol fait gagner les montures en majesté. Puis vient ce moment incroyable où les canassons sautent et, le temps d'une seconde, restent en suspension à 2 mètres du sol... Une merveille.Pour une escapade insolite, il n'y a pas mieux. De loin déjà, l'immense rocher blanc surgit au-dessus de la mer. Une fois la frontière passée - l'enclave ne fait pas partie de l'espace Schengen -, la route traverse la piste de l'aéroport. En cas de mouvement aérien, une barrière bloque la circulation et les avions défilent juste devant les voitures. De l'autre côté, débutent les contours de la ville, agglutinée entre mer et rocher. Place financière, Gibraltar est aussi attractive pour le shopping hors taxes. Même si, en rue, on entend parler toutes les langues, la population reste farouchement attachée à la couronne british. Les " llanitos ", comme on les appelle, sont issus d'un métissage entre Britanniques, Espagnols et autres Méditerranéens. Tout aussi inattendu : ici, les pubs côtoient les enseignes à fish and chips, les palmiers en plus. On ne quitte pas Gibraltar sans grimper en téléphérique vers son sommet, pour tutoyer les nuages et déambuler au milieu des premiers habitants des lieux : les singes sans queue. Ceux-ci constituent des emblèmes précieux, puisque la légende prétend que les Anglais conserveront le Rocher tant que les singes y vivront !La Costa de la Luz (Côte de la Lumière) s'étire sur des dizaines de kilomètres de sable fin, sous un soleil qui séjourne là 330 jours par an. A la différence de la plupart des autres côtes espagnoles, ici les plages sont larges et sauvages. Les quelques hôtels ou lotissements qui s'y sont implantés sont limités en hauteur et masqués derrière les cordons de dunes. On est loin des excès de béton de la Costa del Sol, dont on a retenu les leçons. Autre différence : les vagues et les marées de l'Atlantique rythment les baignades, beaucoup plus toniques. A l'extrême ouest de la province de Cadix, les étendues de sable s'élargissent encore à mesure que l'on approche du parc national de Doñana, qui marque l'estuaire du fleuve Guadalquivir.A l'approche de la ville la plus méridionale d'Espagne, on ne capte plus que les radios marocaines. Il faut dire que Tanger n'est qu'à 32 kilomètres. La médina de Tarifa, immaculée et de style mauresque, emporte le touriste un peu plus encore en Afrique du Nord. La cité ancienne est entourée de ses murailles chaulées, et il règne dans ses ruelles des parfums d'embruns et de cuisine du Sud, sans cesse mélangés. C'est qu'ici, le vent souffle une grande partie de l'année, et Tarifa - orné de fresques colorées - est fort logiquement devenu un hub de premier plan pour les véliplanchistes et les kitesurfeurs. Sa plage de sable blanc est l'une des plus belles d'Andalousie. Et comme le climat est particulièrement clément, les locaux s'y baignent déjà à partir de Pâques. Tarifa est aussi un spot de choix pour l'observation des cétacés : orques et baleines en été, dauphins toute l'année.