Avec un million de visiteurs par an pour 750 résidents, le village lové dans un décor de fjord alpin pouvait se targuer de rivaliser avec Venise et Barcelone au nombre de touristes par habitant.

"Il y a plus de 600.000 photos d'Hallstatt sur Instagram !", constate Alexander Scheutz, le maire qui n'en revient toujours pas de la notoriété planétaire acquise par sa commune en quelques années. Cet engouement a fait de la cité médiévale un symbole du "surtourisme", ce phénomène de saturation dont souffrent de nombreuses destinations prisées des voyageurs.

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Avec la pandémie de coronavirus, le débat déjà vif sur les excès de ce développement n'a fait que s'accentuer : du jour au lendemain, fini la centaine d'autocars quotidiens qui pouvaient s'agglutiner sur les parkings en haute saison

"La période actuelle nous rappelle comment était Hallstatt avant et comment on voudrait que ça reste", confie une habitante, qui remonte les marches menant à sa maison accrochée à la falaise, au-dessus des eaux vertes du lac.

Je ne devrais pas vous parler : chaque nouveau reportage sur le village aggrave la situation"

"Pot de miel"

Verena Lobisser se prend à espérer que cette pause forcée "ouvre les yeux" de la petite communauté. "C'était trop, trop, trop. Les gens étaient comme des abeilles sur un pot de miel", confie l'octogénaire, pilier de l'auberge Bräugasthof, aujourd'hui tenue par sa fille.

Avec la réouverture des frontières, les voyageurs individuels venus d'Autriche et des pays voisins animent de nouveau les ruelles. Les cars des groupes restent encore invisibles. "Quand vous avez du mal à marcher dans la rue principale tellement il y a de monde, quand les gens au restaurant mangent sous le regard des clients qui attendent qu'une table se libère, ça devient repoussoir", constate Sylvia Skrilec qui tient depuis plus de dix ans un magasin d'objets en céramique. Le tourisme est son gagne-pain mais le phénomène est allé trop loin, reconnaît-elle. Le maire décrit un village "au bord de la division" entre les camps des gagnants et des perdants du boum touristique.

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Tout s'est emballé très vite : en cinq ans, le nombre d'autocars accueillis a doublé, atteignant 21.254 en 2019. La clientèle en provenance de Chine, de Corée du Sud, de Taïwan, des Etats-Unis a explosé.

L'inauguration en 2012 d'une réplique d'Hallstatt dans la province de Guangdong, au sud de la Chine, n'a sans doute pas été pour rien dans la notoriété du lieu en Asie, tout comme ses apparitions dans une série télévisée sud-coréenne.

Partout dans le village, des pancartes rappellent le temps où le quotidien des habitants et la cohue des visiteurs ne faisaient pas forcément bon ménage. "Drone interdit!", prévient un panneau ; "Hallstatt n'est pas un musée !" proclame un autre.

Le répit apporté par la fermeture des frontières doit être l'occasion de "remettre de l'ordre dans tout ça"

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La rumeur Disney

En mai, alors que la bourgade émergeait de la période de confinement, un nouveau système de régulation des autocars est entré en vigueur pour tenter de limiter les flux. L'initiative avait été prise avant l'épidémie, au moment où la sortie d'un nouvel épisode de la Reine des neiges donnait des sueurs froides aux habitants : Hallstatt aurait inspiré Disney pour imaginer le royaume d'Arendelle, affirmaient les réseaux sociaux.

Le répit apporté par la fermeture des frontières doit être l'occasion de "remettre de l'ordre dans tout ça", reconnaît volontiers le maire qui souhaite privilégier "la qualité" sur la quantité. "Mais ce n'est pas si simple de dire "on recommence à zéro"", explique-t-il.

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L'attractivité de sa commune classée au patrimoine mondial de l'Unesco a permis d'endiguer l'exode rural en créant des emplois et en boostant les finances locales, fait-il valoir. Le budget pour les livraisons de repas aux seniors et les associations de jeunes, c'est grâce aux revenus du tourisme. Et la géographie des lieux ne laisse pas la place à l'installation de beaucoup d'entreprises.

Conseiller municipal et opposant de longue date au tourisme de masse, Friedrich Idam plaide pour une mesure radicale : l'instauration d'un droit d'entrée "même si il ne faudrait pas l'appeler comme ça car cela nous dégraderait au rang de musée, comme si nous étions à vendre"."Je ne devrais pas vous parler, plaisante cet amoureux du patrimoine : chaque nouveau reportage sur le village aggrave la situation".

Avec un million de visiteurs par an pour 750 résidents, le village lové dans un décor de fjord alpin pouvait se targuer de rivaliser avec Venise et Barcelone au nombre de touristes par habitant."Il y a plus de 600.000 photos d'Hallstatt sur Instagram !", constate Alexander Scheutz, le maire qui n'en revient toujours pas de la notoriété planétaire acquise par sa commune en quelques années. Cet engouement a fait de la cité médiévale un symbole du "surtourisme", ce phénomène de saturation dont souffrent de nombreuses destinations prisées des voyageurs.Avec la pandémie de coronavirus, le débat déjà vif sur les excès de ce développement n'a fait que s'accentuer : du jour au lendemain, fini la centaine d'autocars quotidiens qui pouvaient s'agglutiner sur les parkings en haute saison"La période actuelle nous rappelle comment était Hallstatt avant et comment on voudrait que ça reste", confie une habitante, qui remonte les marches menant à sa maison accrochée à la falaise, au-dessus des eaux vertes du lac."Pot de miel" Verena Lobisser se prend à espérer que cette pause forcée "ouvre les yeux" de la petite communauté. "C'était trop, trop, trop. Les gens étaient comme des abeilles sur un pot de miel", confie l'octogénaire, pilier de l'auberge Bräugasthof, aujourd'hui tenue par sa fille.Avec la réouverture des frontières, les voyageurs individuels venus d'Autriche et des pays voisins animent de nouveau les ruelles. Les cars des groupes restent encore invisibles. "Quand vous avez du mal à marcher dans la rue principale tellement il y a de monde, quand les gens au restaurant mangent sous le regard des clients qui attendent qu'une table se libère, ça devient repoussoir", constate Sylvia Skrilec qui tient depuis plus de dix ans un magasin d'objets en céramique. Le tourisme est son gagne-pain mais le phénomène est allé trop loin, reconnaît-elle. Le maire décrit un village "au bord de la division" entre les camps des gagnants et des perdants du boum touristique.Tout s'est emballé très vite : en cinq ans, le nombre d'autocars accueillis a doublé, atteignant 21.254 en 2019. La clientèle en provenance de Chine, de Corée du Sud, de Taïwan, des Etats-Unis a explosé.L'inauguration en 2012 d'une réplique d'Hallstatt dans la province de Guangdong, au sud de la Chine, n'a sans doute pas été pour rien dans la notoriété du lieu en Asie, tout comme ses apparitions dans une série télévisée sud-coréenne.Partout dans le village, des pancartes rappellent le temps où le quotidien des habitants et la cohue des visiteurs ne faisaient pas forcément bon ménage. "Drone interdit!", prévient un panneau ; "Hallstatt n'est pas un musée !" proclame un autre.La rumeur DisneyEn mai, alors que la bourgade émergeait de la période de confinement, un nouveau système de régulation des autocars est entré en vigueur pour tenter de limiter les flux. L'initiative avait été prise avant l'épidémie, au moment où la sortie d'un nouvel épisode de la Reine des neiges donnait des sueurs froides aux habitants : Hallstatt aurait inspiré Disney pour imaginer le royaume d'Arendelle, affirmaient les réseaux sociaux.Le répit apporté par la fermeture des frontières doit être l'occasion de "remettre de l'ordre dans tout ça", reconnaît volontiers le maire qui souhaite privilégier "la qualité" sur la quantité. "Mais ce n'est pas si simple de dire "on recommence à zéro"", explique-t-il. L'attractivité de sa commune classée au patrimoine mondial de l'Unesco a permis d'endiguer l'exode rural en créant des emplois et en boostant les finances locales, fait-il valoir. Le budget pour les livraisons de repas aux seniors et les associations de jeunes, c'est grâce aux revenus du tourisme. Et la géographie des lieux ne laisse pas la place à l'installation de beaucoup d'entreprises.Conseiller municipal et opposant de longue date au tourisme de masse, Friedrich Idam plaide pour une mesure radicale : l'instauration d'un droit d'entrée "même si il ne faudrait pas l'appeler comme ça car cela nous dégraderait au rang de musée, comme si nous étions à vendre"."Je ne devrais pas vous parler, plaisante cet amoureux du patrimoine : chaque nouveau reportage sur le village aggrave la situation".