Sur la pelouse qui borde la Grande Allée, Charlize Theron avance à petites foulées lorsque le grincement d'un volet lui fait tourner la tête vers la Villa Soleil. A l'occupante de la "classic room garden view" qui apparaît à la fenêtre, un peu ébahie de ce qu'elle découvre en se levant - à 700 euros la nuit hors saison, c'est pourtant l'une des chambres les moins chères... -, la star lance un "Hello there!" avant de reprendre tranquillement son footing. Comme si toutes deux vivaient dans le même monde. Du moins en apparence.
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Sur la pelouse qui borde la Grande Allée, Charlize Theron avance à petites foulées lorsque le grincement d'un volet lui fait tourner la tête vers la Villa Soleil. A l'occupante de la "classic room garden view" qui apparaît à la fenêtre, un peu ébahie de ce qu'elle découvre en se levant - à 700 euros la nuit hors saison, c'est pourtant l'une des chambres les moins chères... -, la star lance un "Hello there!" avant de reprendre tranquillement son footing. Comme si toutes deux vivaient dans le même monde. Du moins en apparence. Bienvenue au Cap-Eden-Roc, l'un des palaces les plus exclusifs et les plus onéreux qui soient, surtout en plein mois de mai, Festival de Cannes oblige, lorsque les stars s'y retrouvent le soir pour siroter un verre au bar Bellini, refaire le film et rêver à la Palme. L'endroit qui servit de modèle à F. Scott Fitzgerald dans Tendre est la nuit a vu défiler tant de beau monde en presque 150 ans d'existence qu'il serait sans doute plus simple de lister les riches et célèbres qui n'y sont jamais passés. Il s'y entretient une certaine culture de l'entre-soi. Pour entrer ici, mieux vaut montrer patte blanche... et carte bancaire premium. Même si jusqu'en 2006, les séjours se payaient en cash uniquement - on imagine l'embouteillage de valisettes chargées de billets à la réception. A l'époque, les chambres n'avaient pas la télé. Et l'on venait de loin pour s'offrir cette "simplicité". Au début de l'aventure, pourtant, personne ne s'y pressait. La Côte d'Azur n'était pas à la mode, surtout en plein été, la haute société lui préférait Deauville. Il faudra l'arrivée du chemin de fer dans la région pour que l'exode des nantis commence. Edifiée en 1870 par le fondateur du Figaro, Auguste de Villemessant, une première bâtisse, sorte de manoir cossu d'architecture Napoléon III, accueille d'abord des écrivains en mal d'inspiration avant de devenir un hôtel. Antoine Sella en prend la direction en 1887. C'est à lui que revient l'idée, en 1914, de creuser une piscine à l'eau de mer dans le basalte de la roche et d'installer une trentaine de cabanes le long du rivage où peuvent encore aujourd'hui se réfugier les résidents en mal de tranquillité. Il construira aussi un pavillon en bord de Méditerranée, relié au bâtiment principal par l'imposante allée tellement "Instagram friendly" qu'on la croirait presque construite pour les selfies.L'Eden-Roc, autrefois salon de thé, abrite depuis les années 80 de luxueuses suites donnant sur les flots, points de mire des paparazzi postés au large, en quête de photos volées.Cette propriété du groupe Oetker (Le Bristol à Paris ou le Brenners à Baden-Baden) accueille familles princières, capitaines d'industrie et jet-setters du monde entier. Des habitués, pour la plupart, qui réservent chaque année la même suite qu'ils considèrent comme la leur, histoire de s'y sentir "à la maison". Certains ont carrément fait enterrer leur chien dans le cimetière pour toutous implanté à deux pas des terrains de tennis et de la roseraie. Le personnel, soit plus de 350 employés en pleine saison, est lui aussi fidèle; c'est que la paye est bonne, sans parler des pourboires. L'ambiance se veut familiale - le chroniqueur du Figaro François Simon décrit le lieu comme un "camp de vacances pour gens fortunés" - mais la simplicité y est toute relative car le moindre service se monnaie à prix d'or. Là réside le secret de cet établissement mythique ultraconfidentiel où n'entre pas qui veut, que ce soit par la porte de l'imposante villa protégée par une grille bien gardée ou par le ponton où s'amarrent les Rivas rutilants. Des suites vue sur mer aux cabanes bordées de cannisses, on est toujours potentiellement "le moins riche" d'un autre. Ici peut-être plus encore qu'ailleurs.