La France, une mine de paysages romantiques pour le cinéma chinois

30/10/18 à 11:13 - Mise à jour à 05/11/18 à 12:03

Source: Afp

"Catenene" ("Ça tourne" en mandarin)! A Bordeaux, dans le sud-ouest de la France, des caméras filment un couple d'Asiatiques se disant "oui" lors d'une série chinoise qui sera vue par 80 millions de spectateurs, témoin de l'engouement des cinéastes chinois pour la France.

La France, une mine de paysages romantiques pour le cinéma chinois

© AFP

Entre fleurs et coupes de champagne, le marié se met à genoux pour présenter la bague, sous le regard des curieux en promenade dans un parc du centre-ville de Bordeaux, transformé le temps d'une fiction en campus d'université. Un cycliste s'attarde, un technicien lui demande de sortir du champ.

D'août à fin octobre, les rues de cette ville du Sud-Ouest sont devenues le théâtre d'une idylle naissante entre les stars chinoises, Chen Bolin et Zhang Tian Ai, qui jouent les étudiants surdoués dans une université prestigieuse. Bordeaux y est élevée au même rang que les universités anglaises Cambridge ou Harvard.

"Ce n'est pas la première série chinoise tournée en France mais c'est de loin le plus gros tournage. Cette série événement devrait être vue par 80 millions de téléspectateurs", estime le producteur français Franck Priot.

Jackie Chan qui tourne "Chinese Zodiac" au château de Chantilly, près de Paris; Leon Lai qui filme dans la capitale française et sur la Côte d'Azur pour son film "Wine Wars"; ou encore Wong Kar-Wai qui a délocalisé certains effets spéciaux de "The Grandmaster": l'attrait des cinéastes chinois pour la France ne semble pas se démentir.

Selon les derniers chiffres disponibles datant de 2017, huit films chinois ont bénéficié du crédit d'impôt international depuis décembre 2009. Ce système d'incitation fiscale a encore été renforcé en 2016, le crédit passant de 20 % à 30 %, dopant derechef le nombre de tournages chinois. En 2017, on en a compté quatre.

La France, ses musées, ses vins, ses lieux hautement touristiques, est une mine de paysages romantiques à souhait et de références culturelles dont raffole le cinéma chinois.

La série "Crocodile and Toothpick Bird" ("Le crocodile et le pluvian"), qui sortira à l'automne 2019, sera diffusée par le groupe de télévision Hunan TV, qui avait déjà tourné en juin en Alsace, dans l'est de la France, une émission de téléréalité, ainsi que par des plateformes internet chinoises.

- Belles pierres et vin -

Pour cette série, 20 épisodes sur 50 sont tournés à Bordeaux par une équipe d'environ 150 Chinois et Français, majoritairement Bordelais, dans des lieux aussi emblématiques de la ville que la place de la Bourse, le miroir d'eau ou encore la Cité du vin.

Pendant ces 55 jours de tournage, deux échappées ont eu lieu dans la commune proche de Saint-Emilion, réputée pour ses vins prestigieux, et dans les Pyrénées (sud) pour une scène d'escalade. Les autres épisodes ont été auparavant tournés pendant trois mois à Shanghai où ont été construits les décors intérieurs et une partie d'une rue de Bordeaux.

"La ville de Bordeaux était en concurrence avec d'autres grandes villes européennes. Mais ce qui a attiré les Chinois à choisir Bordeaux, c'est le classicisme des décors, la réactivité de la mairie mais aussi cette image classique d'une Europe ancienne, bourgeoise, instantanément lisible et compréhensible pour des spectateurs chinois", explique M. Priot.

Les autorités locales jouent le jeu et les espaces publics ont été gracieusement mis à disposition.

A cela s'ajoute la réputation de Bordeaux en Chine grâce à son vin.

Pour preuve, les vins bordelais représentent 67% des volumes français exportés en Chine, 31% des vins importés dans ce pays et dans la région de Bordeaux, quelque 160 domaines appartiennent à des Chinois. La star de cinéma Zhao Wei y a aussi acquis un château en appellation Saint-Emilion.

L'acteur phare de la série "Crocodile and Toothpick Bird" ne saurait démentir cet engouement.

"Je suis déjà venu trois ou quatre fois en France et c'est la première fois à Bordeaux mais j'ai déjà bu beaucoup de vin de la région!", plaisante devant la presse Chen Bolin, qui semble très à l'aise dans la ville. Il s'est, dès son arrivée, acheté un vélo pour en parcourir les rues du centre.

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