"Depuis le film, on est à nouveau assaillis ", confie Delphine Moreau, mi-amusée, mi-agacée. Celle qui tient la maison d'hôtes La cabane Japajo au Cap Ferret désigne, sans le nommer, Nous finirons ensemble, la suite des Petits mouchoirs. Le double blockbuster de Guillaume Canet a ravivé l'intérêt pour ce coin de paradis bordant le bassin d'Arcachon, à une heure de route de Bordeaux. Une publicité dont la propriétaire se serait bien passée. L'afflux de touristes n'enchante guère cette native de la presqu'île, revenue au bercail il y a quelques années. Elle ne peut pas offrir plus que ce qu'elle a. Son cabanon familial qui a traversé quatre générations (son arrière-grand-père y vivait déjà) ne comporte que deux chambres et affiche complet jusque fin septembre, séduisant les Robinson Crusoé qui se refilent en douce l'adresse de son gîte coupé du monde. Un parfum d'éden plane sur ce repaire en planches de bois avec vue sur la lagune. " Ce paysage nègre, superbe, où on respire un air riche et salé ", écrivait Cocteau. Rien ne semble avoir changé, ou presque, depuis la jeunesse du poète à l'époque où les pinasses à voile, ces embarcations à fond plat typiques du bassin, étaient le moyen le plus répandu pour naviguer sur le bras de mer.
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"Depuis le film, on est à nouveau assaillis ", confie Delphine Moreau, mi-amusée, mi-agacée. Celle qui tient la maison d'hôtes La cabane Japajo au Cap Ferret désigne, sans le nommer, Nous finirons ensemble, la suite des Petits mouchoirs. Le double blockbuster de Guillaume Canet a ravivé l'intérêt pour ce coin de paradis bordant le bassin d'Arcachon, à une heure de route de Bordeaux. Une publicité dont la propriétaire se serait bien passée. L'afflux de touristes n'enchante guère cette native de la presqu'île, revenue au bercail il y a quelques années. Elle ne peut pas offrir plus que ce qu'elle a. Son cabanon familial qui a traversé quatre générations (son arrière-grand-père y vivait déjà) ne comporte que deux chambres et affiche complet jusque fin septembre, séduisant les Robinson Crusoé qui se refilent en douce l'adresse de son gîte coupé du monde. Un parfum d'éden plane sur ce repaire en planches de bois avec vue sur la lagune. " Ce paysage nègre, superbe, où on respire un air riche et salé ", écrivait Cocteau. Rien ne semble avoir changé, ou presque, depuis la jeunesse du poète à l'époque où les pinasses à voile, ces embarcations à fond plat typiques du bassin, étaient le moyen le plus répandu pour naviguer sur le bras de mer. Les onze villages - Lège, Claouey, Le Four, Les Jacquets, Petit Piquey, Grand Piquey, Piraillan, Le Canon, L'Herbe, La Vigne, Le Cap Ferret - se suivent sagement en file indienne sur une vingtaine de kilomètres, sans jamais avoir cédé aux mastodontes de la promotion immobilière. Les élus ne veulent en aucun cas sacrifier l'image d'authenticité du pays. Certaines ruelles sont toujours en terre et au milieu de la rade, sur l'île aux oiseaux, on conserve pour mémoire une paire de maisonnettes tchanquées en bois, c'est-à-dire perchées sur pilotis. Elles servaient jadis aux ostréiculteurs pour surveiller leurs parcs à huîtres, et accessoirement d'abri pour jouer du fusil de chasse sur les oies migratrices. Montées sur échasses pour se protéger des marées, les jolies habitations qui accusaient le coup ont été reconstruites à l'identique. Aujourd'hui, elles sont vides mais font partie du folklore et participent au sentiment apaisant d'être totalement hors du temps .C'est la fierté du Cap que d'avoir résisté à la bétonisation massive de sa côte. Comme d'être l'anti-Saint-Trop', en dépit des touristes, toujours en hausse, et des people sans cesse plus nombreux, de Leonardo DiCaprio à Audrey Tautou. Un attrait qui n'est pas neuf, puisque dans les années 60, Alain Delon ou Lino Ventura venaient déjà faire le plein d'iode et de tranquillité entre deux tournages. Les stars sont aujourd'hui encore bienvenues, à condition de jouer profil bas. Les jet-setteurs qui s'arrosent au Dom Pérignon en dansant sur les tables, ce n'est pas le genre de la maison. Dans la station girondine, la discrétion va de pair avec les randonnées à vélo (60 kilomètres de voies vertes et de pistes cyclables) et le casual chic. Ne pas confondre nonchalance avec laisser-aller. Pour se fondre dans l'ambiance locale, il faut veiller au respect des règles. L'espadrille est un plus ; le mocassin en coton maillé, un must ; la tong, une faute de goût impardonnable. Quant au combo claquettes-chaussettes, il pourrait vous valoir une interdiction de séjour sur tout le département. On ne vient pas pour flamber mais pour se ressourcer, c'est-à-dire jouer à la pétanque et boire le graves avec ses potes. La quête du " vrai " a cependant un prix. Il faut compter 15 000 euros le mètre carré pour acquérir un bungalow en première ligne. Bien davantage si la construction du cottage est confiée à Martin et Hadrien Bartherotte, 41 et 38 ans, spécialisés de père en fils dans l'architecture de maisons en bois haut de gamme. Parmi leurs clients, citons Guillaume Canet qui a commandé une " cabane " de 350 m2 près de la chapelle de L'Herbe, non loin de la plage dite des Américains. Mais les mieux lotis, ce sont les descendants de la famille de Léon Lesca qui se partagent un patrimoine de treize maisons. Leur ancêtre est l'inventeur du Cap Ferret. Quand, en 1863, Napoléon III vend aux enchères une partie de la région, les frères Lesca, qui ont fait fortune dans le commerce de la gemme de pin, mettent la main sur plusieurs centaines d'hectares. Quasi désertique, la langue de terre n'est occupée que par quelques douaniers et les gardiens du tout nouveau phare qui demeure, un siècle et demi après son inauguration (et sa reconstruction après la Seconde Guerre mondiale), la première attraction touristique. L'entrepreneur décide de transformer ce no man's land en une terre fertile et luxuriante. Il implante l'ostréiculture de ce côté de la presqu'île et ramène de ses voyages le mimosa et le yucca. Séduit par son séjour en Afrique du Nord, la magnat se fait construire un grandiose palais d'inspiration mauresque dont il ne reste plus aujourd'hui que la magnifique chapelle. Très cohérente avec l'esprit de famille qui règne sur la presqu'île, l'hôtellerie locale s'est fait une spécialité du rustique chic, avec une déco à base de meubles chinés et de panières en fibres naturelles. L'hôtel de la Plage (Chez Magne), à L'Herbe, qui prône l'esthétique du dénuement, est un cas à part. L'adresse a des allures de pension de famille à la Monsieur Hulot. Elle ne comporte que deux chambres... avec douches collectives sur le palier. " Nous préférons prévenir les clients à l'avance ", précise la direction. Mais le cadre, avec vue sur le bassin, est idyllique. Cette ancienne cantine de gardes forestiers est plus connue pour son restaurant qui ne désemplit pas dès les beaux jours. En période d'affluence, les autochtones doivent rappeler aux amateurs de vélo que le sentier du littoral, cette étroite servitude qui longe la côte et passe parfois sous les fenêtres des riverains, n'est pas une piste cyclable mais un chemin piétonnier. Les badauds sont prêts à tout pour dégoter le meilleur point de vue sur la rade hérissée de " pignottes ", les piquets plantés dans l'eau qui délimitent les parcs ostréicoles. A basse mer, les pêcheurs du dimanche fouillent les bancs de sable humides, à la recherche de palourdes qui finiront dans l'assiette. En face, la dune du Pilat, énorme cachalot de sable, ressemble à une colline de sel qui scintille sous le soleil. Mais le paysage n'est pas que douceur. Les fers rouillés, les poches grillagées et les tuiles chaulées qui servent à fixer les huîtres durant leur croissance s'entassent dans les allées qui longent les cabanons concédés aux éleveurs. Un décor un peu rugueux qui plaît aux vacanciers et témoigne d'une réelle activité économique. Grâce à une eau peu saline et riche en plancton, l'huître creuse se reproduit naturellement dans le bassin. Une aubaine. Entre Arcachon et la pointe du Cap Ferret, on compte des centaines d'exploitations ostréicoles qui se transmettent de génération en génération. Au Canon, Jean-Louis Nora a repris l'activité de son père qui l'avait héritée de son grand-père. L'aquaculteur fait les marchés pour vendre sa production. Le reste du temps, il propose des dégustations d'huîtres sur la terrasse ombragée de sa cabane sur pilotis. On se croirait sur une île déserte. Pas d'enseigne, à peine une carte et l'humeur changeante du patron. L'homme peste contre les Parisiens qui " font flamber les prix. Il n'y a désormais que des secondes résidences et, en hiver, il n'y a plus personne dans les villages ", déplore le quadragénaire. En été, la commune passe de 8 000 âmes à 80 000 résidents. Cela fait beaucoup de monde, d'autant qu'il n'existe qu'une seule départementale pour relier les bourgs. Les rituels des habitués s'en trouvent quelque peu modifiés. Il faut ainsi faire la file chez Pascal, une boulangerie-pâtisserie réputée, connue pour ses dunes blanches, une spécialité locale de petits choux briochés garnis d'une crème onctueuse et parsemés de sucre en grains. Un délice. Mais surtout, ne dites pas que cela ressemble à la tarte tropézienne...