Ils ont ce petit quelque chose qui les rend à la fois fascinants et indémodables. Grâce à Thelma et Louise, Pulp Fiction ou Drive, ils ont réussi à ne pas prendre complètement la poussière, ancrés dans une culture yankee qui n'a jamais vraiment éteint leurs néons. Incarnant l'american way of life, les motels ont longtemps rimé avec "liberté", agrippés à cette rafraîchissante image des escales improvisées sur des routes sans fin. Leur heure de gloire remonte aux fifties et aux sixties, lors du développement fulgurant de l'industrie automobile, quand il a fallu répondre à la demande accrue d'hébergements fréquents et bon marché, le long des voies rapides traversant l'immense territoire US.

A la fin du siècle dernier, leur réputation n'était pas au beau fixe, tant on les disait démodés et peu fréquentables. En 2007, le National trust for historic preservation, organisme chargé de la conservation du patrimoine américain, inscrivait même tous les motels de la Route 66 sur la liste des biens culturels les plus menacés du pays. Aujourd'hui, ils sont en train de vivre une renaissance inattendue, prêts à réenchanter les baroudeurs qui n'ont rien réservé, et même à proposer des nuitées à une clientèle amatrice de belles choses. Beaucoup ont été rénovés avec goût. Le retour en grâce du design rétro, ajouté à la vague vintage qui secoue la planète, ont carrément transformé ces "auberges" en lieux ultratendance. Mieux: l'industrie hôtelière a bien compris qu'ils constituaient des arguments de poids face à des concurrents comme Airbnb. Le "motel revivalism" n'en est donc qu'à ses balbutiements. Et il ne touche pas que l'Amérique, loin de là...

Le + océanique: Sound View Greenport

A partir de 140 euros la nuit. www.soundviewgreenport.com

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A l'extrémité de Long Island - une péninsule s'étendant sur près de 200 km dans l'océan Atlantique à partir de New York -, le décor se sépare en deux. Ce motel se situe sur la "north fork" ("branche nord") qui, contrairement à la "south fork" et ses célèbres Hamptons où se ruent les gens chics et branchés, a conservé un côté plus authentique. Au programme: traversées en ferry, dégustations de vin, balades sur la plage et visites de phares.

Un véritable motel des fifties. Mais si les bâtiments n'ont pas changé, l'intérieur a été réaménagé selon un style côtier moderne. Le lieu ressemble à une grande villa posée sur le sable: toutes les chambres disposent d'une vue sur la mer, avec terrasse donnant sur la plage. Preuve que les motels ont désormais une féroce envie de redorer leur blason, on trouve ici de quoi se sustenter généreusement... et agréablement. Le restaurant baptisé The Haylard n'a qu'à tendre le bras pour pêcher des poissons frais, tandis que son jardin fournit les légumes de saison.

Le + branché: Anvil

A partir de 75 euros la nuit. www.anvilhotel.com

Anvil © SDP

Jackson, Wyoming, à l'entrée du parc national de Yellowstone. Autant dire qu'il ne faut pas chercher longtemps la merveille à visiter durant son séjour. En hiver, un bus emmène directement les clients au pied des pistes de ski. A côté de cela, en fonction de la saison, on pratique ici le patin à glace, le paddle, le kayak, le VTT ou la pêche. Il est même possible de s'offrir un petit safari pour aller observer les élans. Bref, la destination parfaite pour les amoureux du grand air.

A la réception, on commande un (délicieux) café. Pendant l'happy hour, au coin du feu, on déguste un "spiked hot chocolate", un chocolat chaud agrémenté d'une goutte d'alcool. Si le motel date des années 50, il a été entièrement rénové par son nouveau propriétaire Erik Warner, qui y exerçait un job d'été il y a plus de vingt ans. Après avoir fondé sa propre entreprise, il a décidé d'acheter le bâtiment. Aujourd'hui, les murs sont recouverts de lattes de bois, et le sol d'un parquet en mosaïque. Les robinets dorés des baignoires emmènent les yeux vers le siècle passé. Plus hype, y a pas. Pour l'aménagement et la décoration, Warner a fait appel au célèbre groupe d'architectes Studio Tack, notamment connu pour sa collaboration avec le très en vogue hôtel Casa Bonay de Barcelone. Ce collectif new-yorkais, spécialisé dans la réhabilitation des motels abandonnés, compte déjà une dizaine de petits bijoux du genre dans sa besace.

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Le + western: Pioneertown motel

A partir de 160 euros la nuit. www.pioneertown-motel.com

Pioneertown motel © SDP

Pioneertown est une petite bourgade de l'ouest des USA, le long de la Highway 62, juste à côté du célèbre parc national de Joshua Tree. Ici, les maisons ont l'air tout droit sorties d'un film de cow-boys... et c'est le cas. En 1946, Hollywood a financé la transformation du village en lieu de tournage. La route qui serpente entre Pioneertown et la Yucca Valley toute proche fait partie des "California scenic drives", les plus belles de l'état.

Un mot, donc, pour décrire ce motel: cinéma. Comme le veut la tradition, la plupart des chambres disposent d'une place de parking devant leur porte. Les bâtiments n'ont pas changé depuis les années 40, et de nombreux acteurs y ont séjourné pendant leurs tournages. Il a été acheté il y a quelques années et rénové par les frères Matt et Mike French. Suite à un article paru dans le New York Times, leur chiffre d'affaires a presque doublé: le journal a baptisé le village le nouvel "Old West". Avec leurs meubles en bois foncé, les grandes photos de cactus, les élégantes lampes et les ponchos dans les armoires, les frangins ont su créer une atmosphère Far West du plus bel effet.

Pioneertown motel © SDP

Le + rose: The June Motel

A partir de 180 euros la nuit. www.thejunemotel.com

The June Motel © SDP

Ce charmant hôtel se situe à Picton, un petit village du sud-est du Canada, dans une région connue pour ses nombreux et vastes vignobles. A quelques minutes du lac Ontario, il borde la Highway 401, qui a vu apparaître les premiers motels canadiens vers 1960.

Le bâtiment, auparavant connu sous le nom de The Sportsman Hotel, a conservé son ambiance sixties, mais avec des touches plus modernes. Ses actuelles propriétaires, April Brown et Sarah Sklash, ont pris un malin plaisir à sublimer ses charmes d'antan. Aussi, à côté des jolies plantes vertes, on voit surtout la vie en rose, des enseignes en néon au papier peint funky, en passant par le rosé issu de la production "maison".

The June Motel © SDP

Le + luxueux: Halcyon House

A partir de 377 euros la nuit. www.halcyonhouse.com.au

Ce motel-boutique sommeille sur la côte est de l'Australie, à Cabarita Beach, à 120 km au sud de Brisbane. Une piste cyclable serpente entre les dunes le long de la plage, et des vélos sont mis à disposition gratuitement à la réception. Une demi-heure de route (en voiture) suffit pour atteindre la célèbre Byron Bay, mais Cabarita Beach est presque aussi belle, et moins courue. L'hôtel dispose d'un resto qui, sur demande, prépare des paniers pique-nique, avec parasol, nappe, coussins et transats inclus.

Avec sa soeur Siobhan, Elisha Bickle a acheté l'ancien Hideaway Motel pour en faire cet élégant Halcyon House. En collaboration avec une équipe entièrement féminine (l'architecte Virginia Kerridge et la décoratrice d'intérieur Anna Spiro), elles ont redonné vie à l'endroit. La structure du motel des années 60 n'a presque pas changé, les transformations ayant principalement concerné l'intérieur. Des imprimés floraux des coussins aux tapis rayés en passant par les livres dans les bibliothèques, le bleu est partout. Un motel synonyme de glamour, avec vue sur mer. Cerise sur le séjour, au restaurant Paper Daisy, le chef Ben Davlin est un ancien du Noma et parmi les meilleurs cuisiniers de la région.

Halcyon House © SDP