On a failli le perdre deux fois. D'abord lors de la Seconde Guerre mondiale et son interminable Siège de Leningrad durant lequel l'hôtel fut transformé en hôpital militaire. Ensuite sous une ère soviétique trop austère pour attirer les foules vers les charmes fastueux d'un lieu qu'on laissa alors en suspens. Mais le Grand Hotel Europe s'est toujours relevé vaillamment, convaincu de son aura, lui qui fut bâti en 1875 à coups de marbres, d'étoffes, de dorures, de parquets ou de tapisseries ayant très vite tapé dans l'oeil de la haute société russe. Sur la Perspective Nevski, la plus célèbre avenue de Saint-Pétersbourg, sa splendide façade néo- baroque de 180 mètres de longueur est immanquable: dessinée par l'architecte napolitain Carlo Rossi, à qui l'on doit aussi le Théâtre Alexandra ou le Palais de l'Etat-Major, elle impose sa prestance depuis près d'un siècle et demi. Derrière elle, c'est une passerelle vers l'illustre passé de la Russie qui se déploie, avec des couloirs qui ont vu marcher le tsar Nicolas II, les compositeurs Piotr Tchaïkovski et Igor Stravinski, le mystique guérisseur Raspoutine ou l'incontournable écrivain Fedor Dostoïevski.

© Grand Hotel/SDP

Aujourd'hui, certains de ces hôtes ont évidemment droit à des suites à leurs noms, toutes ornées d'oeuvres d'art donnant aux lieux un cachet sans époque. Une intemporalité aussi revendiquée par un façonneur d'intérieur réputé pour sa faculté à sublimer les hôtels de luxe, alias Michel Jouannet. Qui, il y a dix ans, recevait les clés des chambrées pour leur offrir une restauration cossue, avec pour objectif de plaire tant aux convives fidèles qu'aux nouveaux milliardaires russes venant se vautrer parmi les appâts de ce repaire opulent. Mission accomplie. En toute saison, même lorsque Saint-Pétersbourg se couvre d'une neige glaciale, les clients les plus exigeants continuent à déambuler sous les hauts plafonds, le vaste jardin d'hiver, la chocolaterie maison, le spa avec ses soins estampillés Carita, ou encore l'élégant Caviar Bar où les oeufs d'esturgeon côtoient les meilleures vodkas de la nation.

© Grand Hotel/SDP

Il va sans dire que, côté gastronomie, les propositions sont imaginées comme des festins, à la fois culinaires et visuels. Telle est la philosophie du groupe Belmond, à qui appartient désormais le lieu. Ainsi, le restaurant Azia mise sur une cuisine asiatique inventive et contemporaine. Quant à l'incroyable enseigne baptisée L'Europe, elle constitue ni plus ni moins l'une des pièces maîtresses du palace, avec sa parure Art Nouveau et ses immenses vitraux illuminant littéralement la salle. On y déguste notamment une version distinguée du fameux boeuf Stroganoff, popularisé à Saint-Pétersbourg, en 1890, par un jeune chef lors d'un concours.

C'est aussi dans ce grandiose restaurant qu'un certain Elton John, en mai 1979, fut accueilli pendant une escale de sa tournée A Single Man Tour ayant fait de lui la première star du rock venue de l'Ouest à se produire en Russie. Après un petit drink de bienvenue et avant d'aller se reposer dans sa suite, Sir Elton décida d'improviser un concert enflammé sur l'estrade surplombant les tables. Où, le reste du temps, on vient dîner en tête à tête face à un spectacle de ballet...

Belmond Grand Hotel Europe, 1/7, Mikhailovskaya Ulitsa, à 191186 Saint-Pétersbourg. www.belmond.com A partir de 220 euros la nuit en chambre double.

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