Loin des grandes villes que sont Marseille, Avignon et Aix, le Parc Naturel Régional du Luberon se déploie à la façon d'un immense poumon vert. Le long de sa frontière sud, il est parcouru par les méandres de la Durance, rivière au lit souvent asséché. Côté nord s'élèvent les majestueux Monts de Vaucluse. Entre les deux, on découvre avec bonheur des champs de lavande, des oliviers à perte de vue, des prés où paissent chèvres et moutons, le tout balafré par les collines arides du Luberon. Dans des temps immémoriaux, la région était couverte par un lac où s'abreuvaient éléphants, crocodiles et rhinocéros, comme l'expose le petit musée géologique d'Apt. Aujourd'hui peu peuplée, elle est parsemée de hameaux construits à flanc de colline ou au sommet d'une éminence rocheuse. En hiver, ces villages miniatures semblent dormir. Ils se réveillent à la belle saison pour accueillir les touristes. Les villages du Luberon ne sont jamais plus beaux qu'au printemps et en automne, lorsque la vie locale reprend ses droits et que les expatriés se mêlent à la population locale.
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Loin des grandes villes que sont Marseille, Avignon et Aix, le Parc Naturel Régional du Luberon se déploie à la façon d'un immense poumon vert. Le long de sa frontière sud, il est parcouru par les méandres de la Durance, rivière au lit souvent asséché. Côté nord s'élèvent les majestueux Monts de Vaucluse. Entre les deux, on découvre avec bonheur des champs de lavande, des oliviers à perte de vue, des prés où paissent chèvres et moutons, le tout balafré par les collines arides du Luberon. Dans des temps immémoriaux, la région était couverte par un lac où s'abreuvaient éléphants, crocodiles et rhinocéros, comme l'expose le petit musée géologique d'Apt. Aujourd'hui peu peuplée, elle est parsemée de hameaux construits à flanc de colline ou au sommet d'une éminence rocheuse. En hiver, ces villages miniatures semblent dormir. Ils se réveillent à la belle saison pour accueillir les touristes. Les villages du Luberon ne sont jamais plus beaux qu'au printemps et en automne, lorsque la vie locale reprend ses droits et que les expatriés se mêlent à la population locale.Le Parc, officiellement protégé depuis 1977, a été classé par l'Unesco Réserve de la biosphère en raison de son caractère unique et de la pureté de l'air qu'on y respire. Pas question d'y construire n'importe quoi ou de s'y comporter de manière anarchique : des règles très strictes ont été instaurées. Mais, pardessus tout, la région reste un véritable paradis pour la randonnée, avec ses panoramas et ses gorges spectaculaires. La forêt de Cèdres coiffant le Petit Luberon mérite le détour. En 1861, une poignée d'amoureux de la nature a entrepris de semer des graines de cèdre rapportées de l'Atlas algérien. Ces arbres majestueux poussent lentement et n'ont atteint leur taille adulte qu'en 1920. Depuis lors, ils se sont multipliés. En 1930, le bois s'étendait sur 60 hectares.Frappé en 1952 par un incendie qui dura une semaine, la forêt en est ressortie calcinée. Seul le coeur du petit bois a résisté. Et les dégâts ne se sont pas arrêtés là. L'incendie a profondément traumatisé les habitants des environs. Pour toutes ces raisons, le bois est régulièrement inacessible aux heures les plus chaudes des étés caniculaires. Dans les hameaux alentour, les barbecues sont interdits.On peut s'y promener pendant des heures, au milieu des rochers et de la végétation sèche, mais les chances de croiser des renards ou des martres restent minces. Haut dans le ciel, les oiseaux de proie décrivent des cercles. Il n'y a sans doute pas de meilleur endroit pour admirer le vautour et l'aigle royal.Vous n'avez pas envie de vous dévisser le cou ? Dans ce cas, partez à la découverte des nombreuses gorges, comme celles des Véroncles. La balade, qui débute et s'achève à Joucas, s'étend sur 16 km, soit près de six heures de marche. Ici, les dénivelés atteignent 300 mètres.D'autres paysages hissent la couleur. C'est le cas des environs de Rustrel et son Tour du Colorado provençal (environ 8 km de long), au coeur d'un paysage ocre proprement hallucinant. On y découvre d'anciennes carrières d'ocre qui furent exploitées du XVIIe siècle à 1992. L'ocre était rincée sur place - chose peu évidente dans une région où l'eau a toujours été rare. Dans cette partie de la Provence, il arrive que pas une goutte ne tombe pendant quatre mois. L'eau du Calavon et de la Doa était acheminée par de petits canaux vers des bassins sédimentaires. On attendait que la couche d'ocre atteigne 80 cm pour retirer l'eau, prélever l'ocre et en façonner des briques.Grâce à la rareté de l'industrie et des constructions, on respire dans le Parc Régional du Luberon l'air le plus sain de toute la France. Au beau milieu de ce sanctuaire naturel, la présence de l'homme, respectueuse, se limite aux hameaux fondus dans le paysage. Ces petits villages sont célèbres pour leur art de vivre. Trois ont été couronnés Plus Beaux Villages de France : Gordes, Roussillon (et ses ocres) et Lourmarin, rare exemple d'un village fortifié niché dans une vallée.Rien de plus spectaculaire que la route qui mène à Gordes. A l'approche du village haut perché, on mesure à quel point il est bordé sur un côté par un gouffre impressionnant. C'est là que le célèbre dessinateur Pol Mara a puisé l'inspiration pour ses figures érotiques. L'écrivain Hugo Claus y a trouvé refuge et le peintre Vasarely y a conçu ses toiles à l'abstraction toute géométrique.Au creux d'un vallon boisé, à un jet de pierre du village, se dévoile au regard l'abbaye de Sénanque fondée au XIIe siècle par des moines cisterciens. Ils avaient jeté leur dévolu sur cet endroit en raison de son calme et de son isolement. Ce qui les a obligés à bâtir des digues et à creuser des canaux pour se ravitailler en eau. Une fois ces travaux achevés, ils ont pu se lancer dans l'agriculture et vivre en autarcie.La communauté des moines s'est souvent retrouvée dans la tourmente. Les Cisterciens furent victimes des protestants vaudois qui ligotèrent les moines, détruisirent leurs bâtiments et mirent le feu aux monastères. Ils s'en étaient à peine relevés que la Révolution française décidait de leur confisquer leurs biens. Un honorable citoyen a racheté les terres et, depuis lors, les moines sont de retour. Seule une poignée d'entre eux vit encore sur place, au milieu des champs de lavande.Le village de Lacoste n'est distant de Gordes que de 10 km. Beaucoup plus petit il est, en un sens, resté plus authentique. Il le doit en grande partie au couturier Pierre Cardin, toujours très en forme pour ses 95 ans. L'homme a entrepris, voici des années, de racheter les maisons en ruine du hameau de Lacoste. Sans regarder à la dépense, Pierre Cardin a restauré le village, qui reste un peu figé, il faut le dire. N'y vivent que quelques artistes, dont l'écrivain irlandais Finn McEoin. Pendant l'année académique, on y croise aussi les étudiants de la Savannah School of Design. Hélas, pas de quoi en faire un site très vivant. Mais il vaut la peine de grimper jusqu'au point culminant du hameau par les ruelles pavées. Ne serait-ce que pour admirer le château à demi-restauré qui fut le nid d'aigle du très libertin marquis de Sade (le castel se visite sur rendez-vous). De là haut, on jouit d'une vue superbe sur Bonnieux. Les papes d'Avignon venaient y chercher le frais pendant l'été.Pour trouver le calme et la sérénité, on peut aussi se rendre à l'abbaye de Saint Hilaire, à une petite demi-heure de Lacoste. Huit siècles après sa fondation par les Carmélites, l'endroit a gardé son caractère extraordinaire. La bâtisse et ses jardins, aujourd'hui propriété privée, sont à l'abandon mais il suffit d'en faire le tour pour comprendre pourquoi les nonnes ont choisi ce site avec vue sur le Petit Luberon. Il n'y a jamais foule, même en été, alors que certains autres sites sont pris d'assaut. A quelques kilomètres de là, une colline au sommet aplati offre une belle vue sur le paysage. En particulier Ménerbes qui s'est taillé une réputation enviable pour son marché aux truffes, ses vignobles et ses belles façades. Ménerbes est un village fortifié aux superbes ruelles étroites bordées de demeures soigneusement restaurées. Notamment le jardin secret entourant la maison de Dora Maar, peintre et photographe française qui fut la muse et la femme de Picasso. Pablo lui offrit la maison en guise de cadeau d'adieu, lorsqu'il la délaissa pour d'autres conquêtes.Pourtant, le village que nous tenons pour le plus beau se situe dix kilomètres plus au sud. Les marcheurs courageux franchissent à pied le Petit Luberon, mais la balade est exigeante, autant le savoir. En voiture, il suffit de suivre les Combes, la route qui serpente entre le Petit et le Grand Lourmarin. Moins de trente minutes plus tard, nous voici à Lourmarin. Le village se niche au creux de la vallée, protégé des assauts du mistral qui, venu de Suisse, balaie toute la vallée du Rhône et fond régulièrement sur le Luberon. A Lourmarin, l'unique rue - légèrement sinueuse - accueille, en été, de nombreux touristes venus se prélasser en terrasse. En dehors de la pleine saison, il y règne un calme bienfaisant. On ne s'étonnera pas d'apprendre que le village a toujours attiré son lot de romanciers. Albert Camus y a passé ses dernières années et repose dans le petit cimetière, non loin d'Henri Bosco. La fille d'Albert Camus y vit toujours et Peter Mayle y a longtemps possédé un mas, après qu'il ait quitté Ménerbes où il avait écrit Une année en Provence. Son livre a connu un succès tel que des cars entiers de touristes débarquaient devant le pas de sa porte. Le meilleur restaurant de la localité, La Louche à beurre, vous attend à l'entrée du village. Il est tenu de main de maître, depuis vingt ans, par Babeth, une Corse pleine de caractère. On s'y régale d'une viande de grande qualité. Comme l'endroit reste ouvert tard, les chefs des environs aiment se retrouver là, le soir, après leur service. Parmi les habitués, citons Eric Sapet, le chef étoilé de La Petite Maison à Cucuron, à quelques kilomètres de là. Un bon vivant qui sert une exquise cuisine à l'ancienne et à prix sage, bien qu'il ait fait ses armes auprès de grandes toques parisiennes. Dans l'intervalle, pour se faire plaisir, il a donc ouvert un petit restaurant au bord de l'impressionnant bassin bordé de platanes. Depuis dix ans, il chérit son étoile au Michelin...Hors saison, le Parc Régional du Luberon est quasi désert, idéal pour les vrais amoureux de nature. Les habitants du coin se retrouvent sur les marchés locaux, où l'on vend une grande variété de fruits et légumes. La région déploie tous ses charmes au printemps, quand les amandiers sont en fleurs. Au début de l'automne aussi, lorsqu'on s'active dans les vignobles. Cette période s'achève immanquablement par la Fête des vendanges, l'occasion pour les viticulteurs d'inviter amis et connaissances autour de longues tablées conviviales. L'air est encore suffisamment chaud pour manger dehors et le moindre lunch prend des allures festives. Une parenthèse enchantée. Nous avons eu quelques fois la chance d'être convié à ce type de fête sur le domaine de La Dorgonne à La Tour d'Aigues, où une famille bruxelloise, les Parmentier, a redonné vie à un domaine en friche. La famille produit des vins d'exception et a planté 1500 oliviers sur ses terres. Ce genre de repas dure des heures... On y refait le monde un verre à la main, et chacun met la main à la pâte.Le Luberon se signale par une extrême variété de fruits et de légumes. Quel bonheur de voir réhabilitées des espèces végétales anciennes ! A Manosque, seule véritable ville du Parc, où vécut le célèbre écrivain Jean Giono, un projet unique en son genre est en plein développement. Installée à flanc de colline, la Maison de la biodiversité a planté dans un charmant jardin 400 variétés : des fruits, des parcelles de légumes oubliés, une roseraie, des figuiers... On y tresse des paniers et des vanneries traditionnelles. Un guide assure les visites. Non loin de là, en 1976, Olivier Baussan, amoureux des oliviers et de la région, créait la marque cosmétique, L'Occitane en Provence, aujourd'hui mondialement connue. Ici et là, des jeunes fermiers font revivre les traditions et se convertissent à l'agriculture biologique. Les habitants du Parc National du Luberon, conscients des richesses de leur terroir, lui rendent avec amour et respect tout ce qu'il leur offre.TEXTE ET PHOTOS : PIERRRE DARGEExtrait du Hors Série Weekend Spécial Provence