Sur la route, la distance qui nous sépare des côtes rétaises se mesure au nombre de voitures transportant des vélos: au pont de Ré, il atteint presque un véhicule sur deux. Ecoresponsable avant l'heure, l'île de Ré s'impose comme un paradis du cyclisme avec ses 138 kilomètres de pistes. Un chiffre qui tient du record pour une terre de 32 kilomètres de long et 5 de large. Maisons blanches aux volets verts, ruelles fleuries de roses trémières et falaises verdoyantes qui plongent dans l'océan Atlantique: le lieu cultive son charme de carte postale dont on n'arrive pas à se lasser. Pour découvrir ses joyaux les mieux gardés, nous avons opté pour un itinéraire à vélo non balisé...
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Sur la route, la distance qui nous sépare des côtes rétaises se mesure au nombre de voitures transportant des vélos: au pont de Ré, il atteint presque un véhicule sur deux. Ecoresponsable avant l'heure, l'île de Ré s'impose comme un paradis du cyclisme avec ses 138 kilomètres de pistes. Un chiffre qui tient du record pour une terre de 32 kilomètres de long et 5 de large. Maisons blanches aux volets verts, ruelles fleuries de roses trémières et falaises verdoyantes qui plongent dans l'océan Atlantique: le lieu cultive son charme de carte postale dont on n'arrive pas à se lasser. Pour découvrir ses joyaux les mieux gardés, nous avons opté pour un itinéraire à vélo non balisé... Dressés au milieu des champs de blé, entre le Fort La Prée et le village de la Flotte, les vestiges de l'abbaye des Châteliers témoignent de la présence des moines cisterciens au XIIe siècle. Ceux-là même qui plantèrent la vigne et créèrent les premières salines, deux activités toujours indispensables à l'économie de l'île. Si les guerres ont laissé l'abbaye ouverte aux vents et à la végétation, l'édifice continue de se dresser fièrement, coûte que coûte. Certes, le ciel a remplacé le toit et les vitraux, mais on peut toujours admirer la façade occidentale gothique, les murs gouttereaux, le cloître fleuri... On salue au passage les nouveaux locataires des lieux: les oiseaux, dont la très belle Chevêche d'Athéna. Le marché de la Flotte mérite le détour pour deux raisons. D'abord, c'est le plus beau de l'île, avec sa cour pavée bordée d'étals et d'appentis en bois, qui donne l'impression d'être au Moyen Age... bien qu'il date de 1804. Ensuite, on y trouve les meilleures victuailles: fleur de sel, melons charentais, pommes de terre de l'île, pineau des Charentes, saucisson au sel de Ré... Tout ce qu'il faut pour pique-niquer sur la plage de l'Arnérault ou sur le port. Planquée sur le chemin côtier entre la Flotte et Saint-Martin, la cabane ostréicole de la famille Le Corre régale en direct du producteur - c'est-à-dire la famille elle-même. Ostréiculteurs de père en fils et fille depuis 1966, la tribu Le Corre excelle dans la production d'huîtres naturelles finement iodées. D'avril à novembre, on déjeune en tête à tête avec la mer, la remerciant au passage pour ses bons produits. Si les huîtres occupent le haut du panier, le menu affiche aussi une poêlée de langoustines, des moules en papillotes ou une assiette de fromages locaux de la Crèmerie Marianne. Une visite du musée Ernest Cognacq à Saint-Martin-de-Ré, et vous serez incollable sur l'histoire de l'île. Ses collections (évoquées dans le documentaire Femmes au bagne, les oubliées de l'Histoire récemment diffusé sur France 5) racontent notamment l'histoire des femmes envoyées à la fin du XIXe siècle dans les colonies pénitentiaires de Guyane et de Nouvelle- Calédonie, pour certaines au départ de l'île charentaise. Le lieu vit également au rythme des découvertes: plusieurs objets provenant des fouilles d'une épave sous-marine - sans doute un bateau corsaire du XVIIIe siècle - trouvée au large de l'île ont rejoint ses vitrines en janvier. A côté du musée, une maison d'hôtes vient d'ouvrir ses portes: le Lanternon. Nichée dans une demeure historique de 1885, elle tient son nom du lanternon perché sur le toit, et sa vue panoramique sur le port de Saint-Martin mérite à elle seule l'ascension. Le chenal de Goisil à la Couarde-sur-Mer fait partie de ces lieux qui donnent envie de se mettre à l'aquarelle. Ce petit port pittoresque est le seul de l'île de Ré resté sauvage, avec ses pontons en bois qui rappellent le film Les Enfants du marais. Ici, la nature a tous les droits et les bateaux dorment le long de berges herbacées ou sur la vase à marée basse. C'est aussi à la Couarde que l'on trouve les premiers marais salants, paysages rétais emblématiques qui s'étirent jusqu'au nord de l'île. Dissimulé dans la zone artisanale de Loix, l'atelier Quillet est un véritable petit bijou. Sur les étagères de la librairie, près de 7 000 ouvrages anciens, datant pour certains du XVIe siècle. C'est également le lieu parfait pour chiner une affiche ou une carte ancienne de l'île de Ré. Mais le plus intéressant se trouve à l'arrière, dans des ateliers qui initient les visiteurs à l'art de la restauration du corps d'ouvrage, de la couture sur parchemin, de la reliure cuir, ou encore de la dorure à la main. Une immersion aussi poétique qu'instructive... Incontournable avec son clocher noir et blanc, l'église d'Ars-en-Ré est l'épicentre du village. A son pied, l'épicerie La Tour du Sénéchal permet de faire le plein de produits locaux - on pense aux huîtres de la cabane du Boutillon, aux pommes de terre grenaille La Rebelle et aux confitures du Clocher - mais aussi pour bruncher ou boire un verre. L'équipe est également aux manettes de l'hôtel le Sénéchal, à deux pas. Entre le grand salon avec cheminée et le jardin fleuri, on a l'impression de séjourner dans une maison de famille. Autre trésor méconnu: la réserve naturelle de Lilleau des Niges. Bien que traversée par la piste cyclable reliant Saint-Clément-des-Baleines à Trousse-Chemise, elle est rarement explorée. Il s'agit pourtant de l'une des plus importantes réserves naturelles ornithologiques d'Europe: près de 300 espèces ont pris leurs quartiers dans les marais, dont les rares tadorne de Belon, échasse blanche et gorgebleue à miroir. Les lieux ont fêté leurs 40 ans en 2020 mais les célébrations se poursuivent cette année (Covid oblige), en proposant notamment une balade guidée "Aube sauvage" pour assister au réveil des oiseaux, ainsi qu'une promenade gourmande à la découverte des plantes comestibles des marais. Si les fermes agricoles n'ont de secret pour personne, celles dites "aquacoles" entretiennent une part de mystère. Une visite de la Ferme des Baleines permet d'en apparendre beaucoup plus sur la polyculture marine: d'un côté la production et l'affinage d'huîtres de claire, de laitue de mer et de salicorne; de l'autre l'élevage de crevettes impériales, de palourdes et de daurades royales. Pour passer de la théorie à la pratique, une dégustation s'impose après la visite. Située à la pointe de l'île, la plage de Trousse-Chemise est un véritable petit paradis caché, auquel on accède par une forêt de pins. Sauvage, elle laisse à marée basse se découvrir le Banc de sable du bûcheron sur lequel on peut marcher... en prenant garde à la montée de la marée, souvent plus rapide qu'on ne l'imagine. Sous le soleil, l'eau se pare de reflets oscillants de l'émeraude à l'indigo, épousant le bandeau de sable blond. La plus belle plage de l'île, sans nul doute...