En arrêtant de traverser son port sans le regarder

En sortant de la gare, le tableau est immuable: des cheminées de mâts et de voiles s'échappant d'un havre de plaisance a priori sans histoire. Avec, en guise de phare, un Mercator qui n'a plus vu la mer depuis des lustres. Mais le port d'Ostende, c'est aussi un passé passionnant, où baigne le souvenir d'une cité bien plus petite qu'aujourd'hui, entourée de remparts, qui servit notamment de repaire aux corsaires, de parc à huîtres, de parking à hydravion ou de point de départ du ferry partant vers l'Angleterre.

De l'Amandine au Mercator, flottent ici des bateaux qui n'ont plus vu la haute mer depuis un bail... mais qui demeurent fascinants., sdp
De l'Amandine au Mercator, flottent ici des bateaux qui n'ont plus vu la haute mer depuis un bail... mais qui demeurent fascinants. © sdp

Un port où l'on se promène désormais sans dire non aux barquettes de poissons frits ornant le dock principal, mais où l'on ferait mieux d'attendre que notre appétit atteigne le Trap, ce minuscule marché couvert où se trouvent les "vrais" poissons, ceux que seuls les pêcheurs ostendais sont autorisés à ramener des eaux du littoral. Un port où l'on aperçoit, sur le mur de ce même dock, une longue suite de notes de musique bariolées, sans savoir qu'il s'agit d'un extrait du Plat Pays de Brel. Un port où l'on jette à peine un oeil à l'Amandine, ce bateau vert qui est pourtant unique en son genre, puisqu'il est le dernier des navires ostendais à avoir reçu l'aval des Islandais pour aller dégoter cabillauds et aiglefins dans leurs eaux froides... alors que l'Islande avait refusé leur accès à toutes les autres nations. Quant au splendide et bien-nommé Mercator, qui servit de navire-école jusqu'au début des années 60, il reste le musée à trois-mâts le plus visité du royaume - pour 5 euros l'entrée, il va sans dire qu'on se mouille.

De l'Amandine au Mercator, flottent ici des bateaux qui n'ont plus vu la haute mer depuis un bail... mais qui demeurent fascinants., sdp
De l'Amandine au Mercator, flottent ici des bateaux qui n'ont plus vu la haute mer depuis un bail... mais qui demeurent fascinants. © sdp

A faire aussi. Envie d'une petite balade en mer? Rendez-vous chez Captain Blue, tout au bout de la rue Longue, qui organise des excursions partant à la découverte des animaux marins, mais aussi des virées en speedboat, des journées de pêche ou des escapades jusqu'au parc à éoliennes (situé à environ 30 km des côtes).

En arpentant ses verdoyants environs à vélo

Entre parcs et polders, le "ruban vert" permet de découvrir un arrière-pays ostendais pour le moins surprenant., sdp
Entre parcs et polders, le "ruban vert" permet de découvrir un arrière-pays ostendais pour le moins surprenant. © sdp

Elle est habile, Ostende. Parce qu'elle nous embobine dès qu'on s'y pose, avec ses marchands de glaces à foison, ses engageantes échoppes à poissons et son rivage de parasols défiant l'horizon. Mais là où elle est très forte, c'est qu'elle possède aussi un arrière-pays qui mérite largement une petite désertion. Moyen de transport recommandé: le vélo (chez Nico Fun Wheels, on trouve même de l'électrique). Nom de code de l'excursion: Groen Lint.

Entre parcs et polders, le "ruban vert" permet de découvrir un arrière-pays ostendais pour le moins surprenant., sdp
Entre parcs et polders, le "ruban vert" permet de découvrir un arrière-pays ostendais pour le moins surprenant. © sdp

Le plan précis de ce "ruban vert" entièrement balisé est à quémander à l'office de tourisme, qui ne manque pas de préciser que la boucle fait environ 35 km. Pas de panique: les mollets ne souffrent jamais, puisque c'est rigoureusement plat. Mais surtout, c'est sauvagement agréable. Entre les décors champêtres où paissent les vaches, les plaines garnies de mares et de roseaux, les canaux et les criques, les parcelles de potagers et les jardins, les bois et le bassin du Spuikom où s'exercent les planchistes, on se laisse happer sans esclandre par cette lisière urbaine pleine de surprises et au silence déroutant... Au bout, tout au bout, on a presque envie de recommencer dans l'autre sens, de peur d'en avoir manqué un charme.

Entre parcs et polders, le "ruban vert" permet de découvrir un arrière-pays ostendais pour le moins surprenant., sdp
Entre parcs et polders, le "ruban vert" permet de découvrir un arrière-pays ostendais pour le moins surprenant. © sdp

A faire aussi. Des pauses! Il y a tant à voir tout au long du tracé qu'il faut prévoir une matinée ou une après-midi entière. Escales inévitables: l'église Notre-Dame des Dunes où repose le maître ostendais James Ensor, les bunkers allemands de Raversyde ou la tour d'observation de Rietnest permettant de lorgner quelques drôles d'oiseaux.

  • Itinéraire balisé avec des panneaux verts Groen Lint. Carte numérique ou en version papier à commander sur westtoer.be/nl/groen-lint

En partant à la recherche de ses pépites artistiques

Plus que jamais, Ostende veut prouver que la culture fait partie intégrante de sa bouillonnante personnalité., Nicolas Balmet
Plus que jamais, Ostende veut prouver que la culture fait partie intégrante de sa bouillonnante personnalité. © Nicolas Balmet

Plantés en virage de digue, les immenses et rougeoyants Rock Strangers d'Arne Quinze ont certes fait baisser les prix des appartements qui leur font face (et qui étaient parmi les plus chers de la ville), mais ils ont aussi doté Ostende d'une parure culturelle éclatante. En réalité, elles ne sont que la partie la plus visible d'un immense paquebot de sculptures et d'oeuvres d'art qui navigue sur tout le littoral belge depuis 2003 via le projet Beaufort, prolifique Triennale d'art contemporain sur Mer. L'édition de 2021 vient d'ailleurs de lâcher ses nouveautés. En humant les embruns de Mariakerke, on reste notamment bouche bée devant une tour de pierres (signée Rosa Barba) qui prend l'eau au gré des marées et s'érodera au fil du temps afin de mieux rappeler la vulnérabilité de la mer.

Plus que jamais, Ostende veut prouver que la culture fait partie intégrante de sa bouillonnante personnalité., Jules Césure
Plus que jamais, Ostende veut prouver que la culture fait partie intégrante de sa bouillonnante personnalité. © Jules Césure

Autre atout culturel de la bouillonnante Ostende: son festival de street art baptisé The Crystal Ship, qui est aujourd'hui le plus vaste du genre en Europe. Un parcours fait de fresques à la fois gigantesques et somptueuses, imaginées par des dizaines d'artistes belges et internationaux qui s'en sont donné à coeur joie dans chacun des quartiers de la ville. L'année dernière, alors que l'événement fêtait ses 5 ans, c'est tout simplement la plus grande star ostendaise qui était peinte sur l'une des hautes façades de l'Hôtel de Ville: l'immortel Arno, qui jugea au passage que ce portrait était "plus beau que lui". Notons qu'une autre icône de la chanson, alias Marvin Gaye, figure sur une oeuvre située juste à côté de la salle de boxe qu'il fréquentait lorsqu'il habitait à Ostende. Car oui, croyez-le ou non, mais l'Américain a passé ici deux ans de sa vie afin d'y oublier ses soucis de drogue et d'argent. On est alors au début des années 80, et un certain Sexual Healing s'apprête à être rédigé face à l'aguichante danse des vagues...

A faire aussi. Bâti sur les cendres d'un supermarché, le Mu.ZEE rassemble une impressionnante collection de tableaux d'art moderne et contemporain. Les peintres ostendais Léon Spilliaert, Constant Permeke ou bien sûr James Ensor y jouissent d'une place au soleil, dans une scénographie aérée qui vient d'être entièrement redessinée. A noter: tous les jeudis d'été, le musée est ouvert jusqu'à 22 heures.

En s'intéressant de plus près à ses évidences

Nicolas Balmet
© Nicolas Balmet

On le sait: Ostende ne serait pas tout à fait Ostende sans l'amour infini que lui portait ce bon vieux Léopold II. C'est lui qui, après y avoir passé toutes les vacances de son enfance, décida un jour de transformer la petite ville fortifiée en véritable cité balnéaire. C'est à lui que l'on doit le chalet royal (aujourd'hui transformé en centre de revalidation). C'est encore lui qui fit construire la gigantesque église Saints-Pierre-et-Paul en y greffant un mausolée en hommage à sa chère mère Louise-Marie, première Reine des Belges qui mourut dans une maison de la rue Longue (dont la chambre mortuaire a été laissée intacte - même la bougie éteinte à son dernier souffle est encore là). Et c'est encore le monarque qui imagina l'immense Thermae Palace dont les bains et le hammam étaient chargés de chouchouter les aristocrates de toute l'Europe.

Beaucoup des bâtiments emblématiques ont été commandés par Léopold II, qui a d'ailleurs offert à la ville son ouverture sur la mer., sdp
Beaucoup des bâtiments emblématiques ont été commandés par Léopold II, qui a d'ailleurs offert à la ville son ouverture sur la mer. © sdp

Chef-d'oeuvre d'Art déco longeant la digue, l'hôtel reste aujourd'hui une adresse phare de la ville. Au même titre, d'ailleurs, que l'un de ses proches voisins nommés Kuursaal, dont la paroi de verre courbée sert de "vous êtes ici" aux conducteurs de cuistax. Certains trouvent ce casino un brin trop encombrant, mais ici encore, il est conseillé de s'aventurer à travers son passé afin de mieux le cerner: des photos existent montrant sa splendide forme d'origine datant du XIXe siècle, avec ses murs en bois, sa salle de bal décorée de mosaïques ou sa terrasse maure s'avançant vers la mer... Le lieu ne sait pas encore, à cette époque-là, qu'il deviendra un jour le plus grand casino d'Europe (même si les Allemands vont d'abord le faire fondre pièce par pièce pour en faire un bunker) ou qu'Adamo y donnera son tout premier concert. Comme tous les "classiques" ostendais, il a évidemment pris quelques rides... qui lui vont bien. Le vent du nord, ça conserve.

Beaucoup des bâtiments emblématiques ont été commandés par Léopold II, qui a d'ailleurs offert à la ville son ouverture sur la mer., sdp
Beaucoup des bâtiments emblématiques ont été commandés par Léopold II, qui a d'ailleurs offert à la ville son ouverture sur la mer. © sdp

A voir aussi. Au coeur du Parc royal, juste derrière la digue, se cache l'inattendu Shin Kai Tei, un jardin japonais dont le bel étang, les bambous et les cascades ont été imaginés il y a tout juste dix ans par l'architecte Takashi Sawano. Un havre de quiétude de 2.500 m2, pour se requinquer entre deux visites.

En découvrant son tout nouveau quartier branché

© Nicolas Balmet

A pied ou à vélo, il faut emprunter (gratuitement) un petit bateau-navette qui, en 5 minutes, atteint la paisible rive Est. En laissant la zone portuaire derrière soi, on arrive alors dans un paysage fait de longues et galantes dunes, mais aussi d'une plage abandonnée que les accros aux échoppes touristiques ne peuvent (surtout) pas connaître - tout cela reste entre nous. Tout en admirant la vue imprenable sur l'Ostende "classique", on se dirige ensuite vers l'immense phare bleu et blanc dont le halo circule à 65 mètres de hauteur. Un guide pour les pêcheurs depuis 1949. Et un point de repère beaucoup plus récent pour les centaines de nouveaux habitants ayant élu domicile dans les appartements du quartier de l'Oosteroever. En plein développement depuis 2015, cet élégant district aux terrasses baignées de lumière arbore des formes architecturales ultramodernes - ouvrez grand les yeux, et vous apercevrez même l'une ou l'autre piscine à certains étages.

© Nicolas Balmet

Avant, se trouvaient ici des dépôts dédiés à la pêche ou des entreprises d'entretien de bateaux. Désormais, on se promène le long d'un quai étoffé d'adresses branchées, que ce soit la très belle galerie design du DOK où trônent des pièces signées Oli-B, Missoni ou Panamarenko, l'excellentissime restaurant italien Marina (qui a déménagé de l'autre rive) ou encore la très jolie enseigne baptisée Kabine, un concept-store proposant à la fois des objets de déco et des accessoires pour kids, mais aussi de la petite restauration à gogo ou des crêpes... goûtées et approuvées. Un quartier éminemment surprenant et prometteur, qui donne pas mal de réponses à ceux qui se demandent à quoi joue Ostende avec ses grues plein le ciel. Ici, les avis sont unanimes: côtière ou non, elle assume enfin son statut de grande ville, punt aan de lijn.

A faire aussi. On ne peut pas le louper, dominant les dunes de cette rive Est: érigé en 1811 afin de se protéger des Anglais, le Fort Napoléon est aujourd'hui devenu le témoin d'un passé tumultueux qui révèle ses secrets en laissant (littéralement) parler ses murs. Un visite didactique et familiale, à compléter par une petite pause sur la terrasse ombragée de sa savoureuse brasserie.

En pratique

-Se renseigner

Le plein d'infos, d'idées de promenades et de bonnes adresses: visitoostende.be/fr

-Se sustenter

Chiri. Le bar le mieux situé de la ville, c'est lui: on est carrément sur la plage pour siroter des cocktails ou une bière blonde nommée PoppoLou (une création ostendaise), mais aussi déguster de copieux tapas face à la mer. Non loin, les phoques de la jetée de l'Est vous attendent pour la balade digestive. chiri.be

CultuurCafé on Top. Il y a un ascenseur, mais les escaliers sous verre sont bien plus agréables pour rejoindre l'admirable terrasse panoramique située au dernier étage de ce haut lieu de la branchitude. A la carte? Pâtes végétariennes, tartare de boeuf, tacos ou salade japonaise. Avec un max de produits locaux, of course. degrotepost.be

Belle de Jour. Ce joli bistro doit son nom à une patronne - et cheffe - tombée sous le charme de Catherine Deneuve dans le film de Buñuel. Un glamour qui se reflète dans l'assiette, que l'on opte pour l'entrecôte béarnaise, le cabillaud sauce tartare, le risotto aux champignons ou la langoustine. Et avec ceci? Champagne! belledejour.be

-Se loger

Andromeda. Elégantes et spacieuses, les 111 chambres de cette adresse 4-étoiles bénéficient aussi d'une literie confortable. Et la moitié offre une vue sur la mer. L'espace wellness (avec piscine) soulage les corps, tandis que la terrasse (sur digue) apaise l'esprit. What else? Dès 146 euros la nuit, petit-déjeuner inclus. andromedahotel.be

Upstairs. Baignant dans un décor à la fois industriel et cosy, le lieu ressemble à s'y méprendre à un repaire de hipsters ou d'artistes. En réalité, il s'agit juste d'un hôtel qui a tout compris, avec ses chambres insolites et sa brasserie servant (notamment) des bières et des vins bio. Dès 69 euros la nuit. upstairshotel.com

En sortant de la gare, le tableau est immuable: des cheminées de mâts et de voiles s'échappant d'un havre de plaisance a priori sans histoire. Avec, en guise de phare, un Mercator qui n'a plus vu la mer depuis des lustres. Mais le port d'Ostende, c'est aussi un passé passionnant, où baigne le souvenir d'une cité bien plus petite qu'aujourd'hui, entourée de remparts, qui servit notamment de repaire aux corsaires, de parc à huîtres, de parking à hydravion ou de point de départ du ferry partant vers l'Angleterre. Un port où l'on se promène désormais sans dire non aux barquettes de poissons frits ornant le dock principal, mais où l'on ferait mieux d'attendre que notre appétit atteigne le Trap, ce minuscule marché couvert où se trouvent les "vrais" poissons, ceux que seuls les pêcheurs ostendais sont autorisés à ramener des eaux du littoral. Un port où l'on aperçoit, sur le mur de ce même dock, une longue suite de notes de musique bariolées, sans savoir qu'il s'agit d'un extrait du Plat Pays de Brel. Un port où l'on jette à peine un oeil à l'Amandine, ce bateau vert qui est pourtant unique en son genre, puisqu'il est le dernier des navires ostendais à avoir reçu l'aval des Islandais pour aller dégoter cabillauds et aiglefins dans leurs eaux froides... alors que l'Islande avait refusé leur accès à toutes les autres nations. Quant au splendide et bien-nommé Mercator, qui servit de navire-école jusqu'au début des années 60, il reste le musée à trois-mâts le plus visité du royaume - pour 5 euros l'entrée, il va sans dire qu'on se mouille. A faire aussi. Envie d'une petite balade en mer? Rendez-vous chez Captain Blue, tout au bout de la rue Longue, qui organise des excursions partant à la découverte des animaux marins, mais aussi des virées en speedboat, des journées de pêche ou des escapades jusqu'au parc à éoliennes (situé à environ 30 km des côtes). Elle est habile, Ostende. Parce qu'elle nous embobine dès qu'on s'y pose, avec ses marchands de glaces à foison, ses engageantes échoppes à poissons et son rivage de parasols défiant l'horizon. Mais là où elle est très forte, c'est qu'elle possède aussi un arrière-pays qui mérite largement une petite désertion. Moyen de transport recommandé: le vélo (chez Nico Fun Wheels, on trouve même de l'électrique). Nom de code de l'excursion: Groen Lint. Le plan précis de ce "ruban vert" entièrement balisé est à quémander à l'office de tourisme, qui ne manque pas de préciser que la boucle fait environ 35 km. Pas de panique: les mollets ne souffrent jamais, puisque c'est rigoureusement plat. Mais surtout, c'est sauvagement agréable. Entre les décors champêtres où paissent les vaches, les plaines garnies de mares et de roseaux, les canaux et les criques, les parcelles de potagers et les jardins, les bois et le bassin du Spuikom où s'exercent les planchistes, on se laisse happer sans esclandre par cette lisière urbaine pleine de surprises et au silence déroutant... Au bout, tout au bout, on a presque envie de recommencer dans l'autre sens, de peur d'en avoir manqué un charme. A faire aussi. Des pauses! Il y a tant à voir tout au long du tracé qu'il faut prévoir une matinée ou une après-midi entière. Escales inévitables: l'église Notre-Dame des Dunes où repose le maître ostendais James Ensor, les bunkers allemands de Raversyde ou la tour d'observation de Rietnest permettant de lorgner quelques drôles d'oiseaux. Plantés en virage de digue, les immenses et rougeoyants Rock Strangers d'Arne Quinze ont certes fait baisser les prix des appartements qui leur font face (et qui étaient parmi les plus chers de la ville), mais ils ont aussi doté Ostende d'une parure culturelle éclatante. En réalité, elles ne sont que la partie la plus visible d'un immense paquebot de sculptures et d'oeuvres d'art qui navigue sur tout le littoral belge depuis 2003 via le projet Beaufort, prolifique Triennale d'art contemporain sur Mer. L'édition de 2021 vient d'ailleurs de lâcher ses nouveautés. En humant les embruns de Mariakerke, on reste notamment bouche bée devant une tour de pierres (signée Rosa Barba) qui prend l'eau au gré des marées et s'érodera au fil du temps afin de mieux rappeler la vulnérabilité de la mer. Autre atout culturel de la bouillonnante Ostende: son festival de street art baptisé The Crystal Ship, qui est aujourd'hui le plus vaste du genre en Europe. Un parcours fait de fresques à la fois gigantesques et somptueuses, imaginées par des dizaines d'artistes belges et internationaux qui s'en sont donné à coeur joie dans chacun des quartiers de la ville. L'année dernière, alors que l'événement fêtait ses 5 ans, c'est tout simplement la plus grande star ostendaise qui était peinte sur l'une des hautes façades de l'Hôtel de Ville: l'immortel Arno, qui jugea au passage que ce portrait était "plus beau que lui". Notons qu'une autre icône de la chanson, alias Marvin Gaye, figure sur une oeuvre située juste à côté de la salle de boxe qu'il fréquentait lorsqu'il habitait à Ostende. Car oui, croyez-le ou non, mais l'Américain a passé ici deux ans de sa vie afin d'y oublier ses soucis de drogue et d'argent. On est alors au début des années 80, et un certain Sexual Healing s'apprête à être rédigé face à l'aguichante danse des vagues... A faire aussi. Bâti sur les cendres d'un supermarché, le Mu.ZEE rassemble une impressionnante collection de tableaux d'art moderne et contemporain. Les peintres ostendais Léon Spilliaert, Constant Permeke ou bien sûr James Ensor y jouissent d'une place au soleil, dans une scénographie aérée qui vient d'être entièrement redessinée. A noter: tous les jeudis d'été, le musée est ouvert jusqu'à 22 heures. On le sait: Ostende ne serait pas tout à fait Ostende sans l'amour infini que lui portait ce bon vieux Léopold II. C'est lui qui, après y avoir passé toutes les vacances de son enfance, décida un jour de transformer la petite ville fortifiée en véritable cité balnéaire. C'est à lui que l'on doit le chalet royal (aujourd'hui transformé en centre de revalidation). C'est encore lui qui fit construire la gigantesque église Saints-Pierre-et-Paul en y greffant un mausolée en hommage à sa chère mère Louise-Marie, première Reine des Belges qui mourut dans une maison de la rue Longue (dont la chambre mortuaire a été laissée intacte - même la bougie éteinte à son dernier souffle est encore là). Et c'est encore le monarque qui imagina l'immense Thermae Palace dont les bains et le hammam étaient chargés de chouchouter les aristocrates de toute l'Europe. Chef-d'oeuvre d'Art déco longeant la digue, l'hôtel reste aujourd'hui une adresse phare de la ville. Au même titre, d'ailleurs, que l'un de ses proches voisins nommés Kuursaal, dont la paroi de verre courbée sert de "vous êtes ici" aux conducteurs de cuistax. Certains trouvent ce casino un brin trop encombrant, mais ici encore, il est conseillé de s'aventurer à travers son passé afin de mieux le cerner: des photos existent montrant sa splendide forme d'origine datant du XIXe siècle, avec ses murs en bois, sa salle de bal décorée de mosaïques ou sa terrasse maure s'avançant vers la mer... Le lieu ne sait pas encore, à cette époque-là, qu'il deviendra un jour le plus grand casino d'Europe (même si les Allemands vont d'abord le faire fondre pièce par pièce pour en faire un bunker) ou qu'Adamo y donnera son tout premier concert. Comme tous les "classiques" ostendais, il a évidemment pris quelques rides... qui lui vont bien. Le vent du nord, ça conserve. A voir aussi. Au coeur du Parc royal, juste derrière la digue, se cache l'inattendu Shin Kai Tei, un jardin japonais dont le bel étang, les bambous et les cascades ont été imaginés il y a tout juste dix ans par l'architecte Takashi Sawano. Un havre de quiétude de 2.500 m2, pour se requinquer entre deux visites. A pied ou à vélo, il faut emprunter (gratuitement) un petit bateau-navette qui, en 5 minutes, atteint la paisible rive Est. En laissant la zone portuaire derrière soi, on arrive alors dans un paysage fait de longues et galantes dunes, mais aussi d'une plage abandonnée que les accros aux échoppes touristiques ne peuvent (surtout) pas connaître - tout cela reste entre nous. Tout en admirant la vue imprenable sur l'Ostende "classique", on se dirige ensuite vers l'immense phare bleu et blanc dont le halo circule à 65 mètres de hauteur. Un guide pour les pêcheurs depuis 1949. Et un point de repère beaucoup plus récent pour les centaines de nouveaux habitants ayant élu domicile dans les appartements du quartier de l'Oosteroever. En plein développement depuis 2015, cet élégant district aux terrasses baignées de lumière arbore des formes architecturales ultramodernes - ouvrez grand les yeux, et vous apercevrez même l'une ou l'autre piscine à certains étages. Avant, se trouvaient ici des dépôts dédiés à la pêche ou des entreprises d'entretien de bateaux. Désormais, on se promène le long d'un quai étoffé d'adresses branchées, que ce soit la très belle galerie design du DOK où trônent des pièces signées Oli-B, Missoni ou Panamarenko, l'excellentissime restaurant italien Marina (qui a déménagé de l'autre rive) ou encore la très jolie enseigne baptisée Kabine, un concept-store proposant à la fois des objets de déco et des accessoires pour kids, mais aussi de la petite restauration à gogo ou des crêpes... goûtées et approuvées. Un quartier éminemment surprenant et prometteur, qui donne pas mal de réponses à ceux qui se demandent à quoi joue Ostende avec ses grues plein le ciel. Ici, les avis sont unanimes: côtière ou non, elle assume enfin son statut de grande ville, punt aan de lijn. A faire aussi. On ne peut pas le louper, dominant les dunes de cette rive Est: érigé en 1811 afin de se protéger des Anglais, le Fort Napoléon est aujourd'hui devenu le témoin d'un passé tumultueux qui révèle ses secrets en laissant (littéralement) parler ses murs. Un visite didactique et familiale, à compléter par une petite pause sur la terrasse ombragée de sa savoureuse brasserie.