Quand on a 16 ans, les vacances en famille, c'est fini. On prend ses cliques, ses sandales et son sac à dos pour s'en aller camper dans le sud de la France avec ses amis. Les maigres économies, complétées par un peu d'argent de poche, suffisent pour payer l'autocar Eurolines et les pâtes de la semaine - pour l'alcool, on se débrouille toujours sur place avec le pot commun. Bien sûr, papa et maman s'inquiètent du premier au dernier jour. Ce sera le cas durant plusieurs années, le temps que les ados brûlent leurs étés par les deux bouts, découvrent les amourettes de quelques soirs, les nuits à la belle étoile et les gueules de bois. Puis les enfants deviennent encore un peu plus grands. Ils sont en couple, ils sont beaux, et ils ont des idées de voyages plein la tête. Alors ils vont voir Barcelone, l'Italie ou Lisbonne. Les parents sont convaincus que leurs rejetons ne se joindront plus jamais à leurs escapades. Mais ils ne s'angoissent plus, ils comprennent que la gamine ou le fiston sont en train de devenir des adultes responsables qui, parfois, à leur tour, font aussi des enfants.
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Quand on a 16 ans, les vacances en famille, c'est fini. On prend ses cliques, ses sandales et son sac à dos pour s'en aller camper dans le sud de la France avec ses amis. Les maigres économies, complétées par un peu d'argent de poche, suffisent pour payer l'autocar Eurolines et les pâtes de la semaine - pour l'alcool, on se débrouille toujours sur place avec le pot commun. Bien sûr, papa et maman s'inquiètent du premier au dernier jour. Ce sera le cas durant plusieurs années, le temps que les ados brûlent leurs étés par les deux bouts, découvrent les amourettes de quelques soirs, les nuits à la belle étoile et les gueules de bois. Puis les enfants deviennent encore un peu plus grands. Ils sont en couple, ils sont beaux, et ils ont des idées de voyages plein la tête. Alors ils vont voir Barcelone, l'Italie ou Lisbonne. Les parents sont convaincus que leurs rejetons ne se joindront plus jamais à leurs escapades. Mais ils ne s'angoissent plus, ils comprennent que la gamine ou le fiston sont en train de devenir des adultes responsables qui, parfois, à leur tour, font aussi des enfants. C'est fou comme le temps file. Et c'est dingue à quel point les époques changent. Parce que c'est vrai que pendant longtemps, une fois atteint l'irrévocable " âge adulte ", repartir en vacances avec ses parents était un projet saugrenu, réservé aux incurables Tanguy. Depuis quelques années, ce n'est plus le cas. Avoir 20 ou 30 ans tout en acceptant une virée avec " ses vieux ", cela n'a plus rien de ringard ni de gênant. Au contraire, l'expérience est devenue une marque d'ouverture transgénérationnelle et se révèle une manière précieuse de s'enrichir durant ces fameux voyages qui forment la jeunesse. Aussi, il n'est plus du tout rare de papoter avec des jeunes adultes qui, d'une certaine façon, ont remonté le temps, ravis de se glisser dans les valises de papa ou de maman, mais aussi de la belle-mère ou du beau-père, la palette d'options s'étant, elle aussi, élargie avec les ans. " Cet été, avec ma soeur jumelle, on accompagne nos parents en République dominicaine pendant dix jours, explique Justine, 22 ans. Cela fait quelques années qu'on ne part plus avec eux, même s'ils nous le proposent chaque fois. Mais voilà, cette fois, ça se présentait bien. Ma soeur est toujours aux études, et moi je travaille comme agent immobilier depuis un an. On se dit que c'est peut-être la dernière fois, vu qu'on a chacune un copain et plein d'envies de voyages. Mais là, la Rep' Dom', ça nous aurait fait râler de ne pas y aller... " Le prestige de la destination est évidemment un argument qui peut facilement convaincre les grands bambins. Parce que les beaux voyages qui en jettent vraiment, faisant des likes et des jaloux par dizaines quand ils sont partagés sur Instagram et compagnie, ce sont des occasions qui ne se refusent pas. Et à ce jeu-là, les parents ont souvent de sacrées bonnes idées derrière la tête. Des trucs bien exotiques. Des envies d'horizons lointains, de road trip canadien, de cerisiers du Japon, de montagnes néo-zélandaises, de safari ou de Patagonie. " En ce qui me concerne, la proposition est venue de mes parents, qui venaient de vendre un appartement du sud de la France dont ils avaient hérité, se souvient Morgane, 31 ans. Avec l'argent, ils voulaient faire un voyage familial, avec ma soeur, mon frère et moi-même. Bien sûr, pour qu'on accepte tous les trois, il a fallu une destination qui réponde aux critères de chacun. Certains voulaient de la détente, d'autres des découvertes culturelles ou de la bonne nourriture. On a fini par trouver un super compromis : la Thaïlande. Hélas, cette fois-là, mon frère n'a finalement pas pu se joindre à nous à cause de ses études. Du coup, l'année suivante, comme tout s'était bien passé la première fois, on est repartis tous ensemble, au grand complet ! Le décor était différent : on a choisi un parcours allant du Québec à Los Angeles, en passant par Las Vegas. " Bien sûr, l'argument du budget peut sembler l'unique fer de lance de la tendance. Et de fait, il n'est pas à négliger. Aujourd'hui, quand on termine son cursus supérieur, on aime traîner un peu. Ne pas se plonger trop brusquement dans le monde du travail, de peur d'aller trop vite, de rater quelque chose, de négliger les grands frissons. Alors on aime les bulles d'oxygène. Surtout que, quelque part, on sait aussi que pour trouver un boulot, ça va prendre un certain temps. Alors cette parenthèse, on a envie de la sentir passer. Mais quand on vagabonde entre les études et le salaire, il y a un souci : la taille maigrelette du portefeuille. Dès lors, le jour où papa et maman émettent l'idée de partir en Californie, on tend l'oreille. Non pas pour profiter sans pitié de leur maturité financière, mais parce que voyager en famille, cela réduit forcément les coûts. Et même si le prix des longs voyages est devenu (légèrement) plus accessible qu'il y a dix ans, la crise est aussi passée par là. " Mes parents ont tout payé parce que cela leur faisait plaisir, poursuit Morgane. Les avions, les logements et la plupart de la nourriture. Cela faisait partie du " cadeau ". Les seules fois où je dépensais mon argent, c'était pour le shopping, les souvenirs ou les cartes postales. Cela dit, avec ma soeur et mon frère, on offrait quand même un resto chacun à notre tour, ne fût-ce que pour pour le geste. " Le son de cloche est quasi identique chez Justine : " C'est un cadeau total, comme ça a toujours été le cas quand on partait avec eux. On sait que cela leur fait plaisir, et de toute façon, sur place, on ne leur coûtera pas trop cher : ce sera principalement un séjour en mode farniente, dans un hôtel. Nos parents partent déjà souvent faire des escapades plus culturelles, comme en Egypte ou en Afrique du Sud. Mais ici, on va se la jouer cool. Et sur place, chacun fera ce qu'il a envie de faire. Personnellement, je ne peux pas imaginer des vacances sans shopping, par exemple. J'aime bien ramener plein de trucs... " Autre appât auquel il est difficile de résister : quand l'entente familiale n'affiche ni rancoeurs, ni fragilités, le voyage en mode " tribu " est la garantie d'un séjour pépère et serein. Souvent, les parents ont tout planifié dans les moindres détails : itinéraire, étapes, hôtels, excursions et bonnes adresses. Investis du rôle de guides, ils n'ont rien laissé au hasard, bien décidés à rendre l'odyssée mémorable. Vu leur bagage en la matière, ils connaissent les pièges ou les aléas des périples en terre inconnue. Ils savent mieux que leurs mômes ce qu'il faut éviter ou prévoir afin de combler tout le monde et ne décevoir personne. Ils savent même ce qui peut éventuellement surprendre leur progéniture, soit des détours insoupçonnés par des lieux qui ne leur feront pas regretter d'avoir quitté leur transat. " Je dois avoir une famille chanceuse, relate Morgane. Parce qu'on était tous dans le même état d'esprit. Et surtout, nous, les plus jeunes, on avait quitté cette époque rebelle où on ne voulait pas savoir ce que nos parents pensaient. Donc on les écoutait, et on avait raison. " En plus, il faut avouer quelque chose : papa ou maman, ils n'ouvrent pas des boîtes de conserve quand ils vont loin, préférant dégotter un petit resto typique ou une terrasse avec vue, voire chiner les bons produits chez des producteurs locaux ou sur les marchés. Avec eux, on mange divinement mieux... Aux oubliettes, le temps où les parents avaient l'impression de kidnapper leurs propres enfants pour les emmener vers des terres enrichissantes ? Sans doute. Ou peut-être que d'ici peu, reviendra l'ère des têtes blondes qui traînent des pieds et trouvent la famille ringarde. En attendant, il faut se réjouir. Profiter de cette belle ouverture qui imprègne les discussions autour d'un poulet-frites dominical et qui passent toutes, à un moment ou à un autre, par la même question : " Vous partez où cette année ? " Exulter quand la réponse du fiston et de la gamine est unanime : " On vous suit, les vieux ! " Même si c'est pour profiter à l'oeil de la maison de campagne louée par papa et maman, ou de l'appartement avec vue sur la mer acheté à Coxyde. Même si le fiston a 36 ans et que la gamine en a 42 : après tout, peu importe. S'ils acceptent de partager une parenthèse en famille, à leurs âges, ce sera toujours parce qu'ils en ont envie. " Il y a des voyages qui se font avec un seul bagage : le coeur ", disait Audrey Hepburn.