On a toujours tendance à se méfier de ces classements affirmant que telle ville est la plus agréable du monde, que celle-là est la plus propre et que celle-ci est la moins polluée. Il faut dire que la sélection change (bizarrement) chaque année du tout au tout, et qu'on ne sait jamais très bien comment ni par qui le choix s'est opéré. Pas de panique: vous pensez bien que si l'on a choisi de parler ici de la Capitale verte européenne 2021, c'est parce qu'on s'est méticuleusement renseignés sur la chose. Et qu'on a trouvé cela très intéressant, surtout en découvrant qu'il s'agissait d'une ville qu'on aurait eu un peu de mal à situer précisément sur une carte...
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On a toujours tendance à se méfier de ces classements affirmant que telle ville est la plus agréable du monde, que celle-là est la plus propre et que celle-ci est la moins polluée. Il faut dire que la sélection change (bizarrement) chaque année du tout au tout, et qu'on ne sait jamais très bien comment ni par qui le choix s'est opéré. Pas de panique: vous pensez bien que si l'on a choisi de parler ici de la Capitale verte européenne 2021, c'est parce qu'on s'est méticuleusement renseignés sur la chose. Et qu'on a trouvé cela très intéressant, surtout en découvrant qu'il s'agissait d'une ville qu'on aurait eu un peu de mal à situer précisément sur une carte... Bienvenue à Lahti, donc, une cité de Finlande d'environ 120.000 habitants profitant au quotidien du lac Vesijärvi au bord duquel elle se trouve, mais aussi des températures plutôt "clémentes" (on reste en zone arctique) du sud du pays. On est à peine à une bonne centaine de kilomètres de la capitale Helsinki. On est aussi dans une région qui n'ausculte que trop aisément les conséquences du réchauffement climatique et qui, dès lors, s'est attribué un slogan éloquent: "Des solutions locales pour un impact mondial." Une philosophie qui a tapé dans l'oeil d'un jury international supervisé par Karmenu Vella, commissaire européen chargé de l'environnement, des affaires maritimes et de la pêche - on vous avait dit que cette distinction-là était très sérieuse. A vrai dire, il n'y a pas eu beaucoup de suspense: c'est à l'unanimité que le jury a décerné son prix à Lahti, ébahi par les avancées écologiques et les initiatives qui agitent les militants de cette ville "modèle". Car en matière de développement durable, on peut dire que c'est du costaud. Le projet CitiCap, par exemple, vise à encourager les habitants à utiliser leurs vélos ou les transports publics... en les récompensant. Concrètement, via une application mobile, chaque citoyen reçoit une sorte de portefeuille virtuel où figure son quota d'émission de carbone et, s'il parvient à ne pas l'épuiser au bout de la semaine, il reçoit un budget à dépenser dans des commerces locaux. L'objectif de Lahti est d'ailleurs très clair: devenir totalement neutre en carbone d'ici 2025, alors que le pays tout entier s'est fixé 2035 et que le continent vise plutôt 2050. Autre observation qui en dit long: les déchets ménagers de la ville, qui sont recyclés à 97% (contre une moyenne de 45% en Europe!) grâce à un système sophistiqué de récupération et de gestion. Une centrale bioénergétique se charge en effet de transformer les détritus en électricité, tandis que le charbon a carrément été banni de la cité. Le maire Pekka Timonen est formel: depuis qu'il a entamé ses grandes réformes écologiques, il a déjà réussi à faire diminuer de 70% les émissions de gaz à effet de serre de Lahti. "Ce n'est pas si compliqué, mais j'ai souvent l'impression d'être un peu seul, alors qu'on serait encore plus efficaces tous ensemble", s'est-il étonné lors du forum Change Now qui se déroulait l'année dernière à Paris. Cette démarche responsable ne doit pas seulement sa réussite à des décisions politiques pertinentes, mais aussi à des petites initiatives prises ici ou là par des acteurs "indirects" de la cause écolo. Exemple? L'équipe de... hockey sur glace de Lahti, alias les Pelicans, s'est mise en tête de devenir la première formation sportive de la planète neutre en carbone. Comment? En faisant attention à ses déplacements (fini l'avion pour les matchs en extérieur) ou aux gobelets vendus dans le stade (bye bye, le plastique), mais aussi en promettant que l'énergie consommée par sa patinoire serait 100% renouvelable. L'idée a été tellement applaudie qu'elle a inspiré... l'Orchestre Symphonique de Lahti (le plus célèbre de Finlande où, non, on n'écoute donc pas uniquement du métal), qui a rempli son objectif haut la main. On peut en sourire, mais l'air de rien, l'impact environnemental des troupes symphoniques constitue une préoccupation culturelle qui dépasse les frontières de la simple Finlande, et pour cause: les tournées internationales exigent le déplacement de dizaines de musiciens et de techniciens... Le doute n'est pas vraiment permis: Lahti a tout compris. Dans un décor urbain où 99% des résidents vivent aujourd'hui à moins de 300 mètres d'une zone verte, les regards comme les esprits sont plus que jamais tournés vers le futur. La récompense de la Commission européenne est amplement méritée. Ajoutons d'ailleurs que l'institution en a profité pour saluer les efforts de quelques autres "ambassades vertes" marchant tout autant dans la bonne direction. Limerick (en Irlande) pour ses améliorations au niveau de la qualité de l'air et du bruit. Lille (en France) pour sa réflexion globale et abordable en matière de développement durable. Ou encore... Malines, la jolie cité belge qui, déjà finaliste en 2020, a prouvé qu'elle était toujours aussi motivée pour favoriser la mobilité sans carbone ou la gestion saine de ses sols comme de sa biodiversité. Cela grâce à des CityLabs impliquant spécifiquement ceux qui, de Lahti à ici en passant par partout, seront toujours les premiers à profiter des moindres petites avancées qui vont tout changer: les citoyens.