Restez chez vous. Reportez vos vacances. Code orange, code rouge. Quarantaine obligatoire. L'année 2020 est définitivement un cauchemar pour les globe-trotteurs, dont les envies d'horizons lointains ont toutes été mises en veilleuse. Prisonniers d'une bulle sociale microscopique et de codes couleurs se succédant aussi rapidement que les formateurs d'un (hypothétique) gouvernement, nous avons pourtant décidé, avec ma compagne, de chercher un moyen de nous évader. Une foule d'idées ont germé dans nos têtes... avant de s'effacer. Une rando suédoise en logeant en cabane? Zone interdite. Un circuit à travers la Galice? Jaune, puis finalement rouge. Un camping en Slovénie? Fermé. C'est bien simple: même la grotte de Lourdes avait déclaré forfait. Nous avons donc été contraints de faire parler... notre créativité. Plutôt que de choisir une destination sur un coup de tête, nous nous sommes fixé une série d'objectifs en étant convaincus que les (bonnes) idées suivraient. Ci-après, nous sommes ravis de vous présenter le résultat de nos longues réflexions, avec un guide pratique permettant de bourlinguer en toute liberté, contre vents, marées... et pandémies.
...

Restez chez vous. Reportez vos vacances. Code orange, code rouge. Quarantaine obligatoire. L'année 2020 est définitivement un cauchemar pour les globe-trotteurs, dont les envies d'horizons lointains ont toutes été mises en veilleuse. Prisonniers d'une bulle sociale microscopique et de codes couleurs se succédant aussi rapidement que les formateurs d'un (hypothétique) gouvernement, nous avons pourtant décidé, avec ma compagne, de chercher un moyen de nous évader. Une foule d'idées ont germé dans nos têtes... avant de s'effacer. Une rando suédoise en logeant en cabane? Zone interdite. Un circuit à travers la Galice? Jaune, puis finalement rouge. Un camping en Slovénie? Fermé. C'est bien simple: même la grotte de Lourdes avait déclaré forfait. Nous avons donc été contraints de faire parler... notre créativité. Plutôt que de choisir une destination sur un coup de tête, nous nous sommes fixé une série d'objectifs en étant convaincus que les (bonnes) idées suivraient. Ci-après, nous sommes ravis de vous présenter le résultat de nos longues réflexions, avec un guide pratique permettant de bourlinguer en toute liberté, contre vents, marées... et pandémies. La première règle est simple: rester le plus possible dans notre bulle. Autrement dit: en amoureux. On savait que les hôtels aux généreux buffets, les vols charters bondés et les attractions touristiques ultrafréquentées ne seraient pas pour cette année. Cela dit, nous n'avions pas non plus envie de nous enfermer pendant deux semaines dans un mas provençal flanqué de bougainvillées ou dans un chalet isolé de haute montagne. Nous voulions du mouvement. Faire de la route. Voir si l'air était plus agréable ailleurs. Bien sûr, l'idée de camper dans notre Toyota Prius n'était pas prioritaire. Pas plus que celle d'arriver chaque soir dans un nouvel hôtel avec nos masques et notre flacon de gel hydro-alcoolique. Nos méninges ont ainsi mélangé les notions de "bulle" et de "road trip", nous suggérant le concept de "camping-car". L'engin idéal pour avaler les kilomètres tout en restant soigneusement confiné. Et qui permet de changer de décor au gré de ses envies. Comme nous ne possédions pas une telle maison sur roues, nous avons cherché notre bonheur sur Goboony, une plate-forme en ligne permettant aux particuliers de louer leur véhicule à d'autres voyageurs. On y trouve de tout, des minibus Volkswagen aux motor-homes super-équipés. Nous optons pour un joli camping-car flambant neuf, équipé d'un lit double aux dimensions généreuses, d'une petite douche, d'une toilette chimique et d'un coin cuisine. A nous la liberté sur les longs lacets de bitume... Les voyages planifiés dans les moindres détails, très peu pour nous. Les codes couleurs de la crise sanitaire, eux, ont clignoté durant de longues semaines comme une soirée à Tomorrowland. Quelle destination choisir, dès lors? Guidés par notre intuition et notre volonté de ne pas viser trop loin, nous décidons de filer vers le sud. Objectif: s'en aller zigzaguer entre les zones orange et rouge sur les routes de France. Parmi nos outils, ces bonnes vieilles cartes routières... et des outils technologiques de pointe. Ainsi, chaque soir, avec un petit verre de vin en main, nous choisissions d'abord la destination du lendemain en nous penchant sur les cartes Michelin. Un village inconnu dont le nom nous intrigue, un lac, une montagne, une réserve naturelle... Peu importe, du moment que notre itinéraire de la journée ne dépasse jamais les 200 km. Nous tracions alors une route empruntant exclusivement des "chemins verts", généralement des petites départementales conseillées pour leur charme ou leur paysage pittoresque. Ensuite, on enregistrait une série d'étapes dans notre appli Waze, histoire de suivre une jolie route sans se compliquer la vie, et en évitant surtout que la "machine" se contente de nous faire aller au plus rapide par des routes sans intérêt. Autre avantage: pas d'autoroute, ni de péage au menu. Une sensation de "slow travel" qui nous tenait particulièrement à coeur. Tous les matins, avant de partir, nous consultions les deux sites Web qui pouvaient influencer notre itinéraire: la page Information Coronavirus où les autorités actualisent les codes couleurs de chaque département, et l'appli de Météo France qui nous a souvent aidés à contourner les zones pluvieuses, les gros orages ou mêmes les températures un peu trop chaudes à notre goût. Pour nous, la France a toujours été un condensé de trésors, entre les jolis villages bobos du Lubéron, les majestueuses villes historiques comme Avignon, Lyon ou Reims, les restos de plage de la Croisette cannoise avec leurs parasols bleu et blanc... Mais disons que cette fois, nous avons volontairement fait l'impasse sur les évidences afin d'éviter les foules estivales de Carcassonne, Angers ou Aix-en-Provence, ainsi que les cathédrales séculaires, les boutiques branchées et les petits marchés authentiques. De longs détours nous ont ainsi permis de faire de magnifiques et étonnantes découvertes. Nous avons exploré des réserves naturelles, des hameaux méconnus sommeillant au milieu de nulle part, des lacs de saphir et des forêts profondes. Un tourisme asocial, loin des brochures, parmi des lieux où nous n'avons jamais dû chercher de place de parking, faire la file ou réserver quoi que ce soit. Un étonnement permanent! D'autres sacrifices volontaires figuraient sur la liste de notre road trip pandémique, comme les alléchantes étoiles Michelin et autres tables culinaires réputées de l'Hexagone. En trois semaines, nous avons mis les pieds dans un seul restaurant, à quelques tours de roue d'Aurillac, cela après avoir été surpris par un violent orage que Météo France n'avait pas vu venir et qui a détrempé notre camping-car. Tout le reste du temps, pourtant, nous avons excellemment bien mangé. Notre botte secrète? L'affiliation à la plate-forme en ligne France Passion qui, pour la modique somme de 30 euros par an, ouvre à ses membres les portes de plus de 2.000 viticulteurs, agriculteurs et horticulteurs éparpillés dans tout le territoire, et où l'on peut même camper une nuit gratuitement. En échange de sa cotisation, on reçoit une vignette et un guide reprenant toutes les adresses. Tacitement, on accepte aussi le brin de causette avec l'habitant et une consommation "minimale" des produits locaux. Nous avons notamment séjourné, au bord du Lot, sur le charmant petit domaine vinicole de Chantelle, propriété de la famille Brunet. Jean-Claude, le patriarche de 82 ans, nous a fièrement fait visiter ses caves et goûter son meilleur vin de Cahors. Durant la dégustation, l'homme se servait systématique une petite goutte sans jamais en recracher un millilitre - sa méthode bien à lui pour se protéger du Covid, affirmait-il en riant. A Liausson, non loin du lac de Salagou, c'est entre les oliviers que nous avons fait cuire une belle truite dans une huile pressée personnellement par la maîtresse des lieux. Bien sûr, ici ou là, nous complétions les bons produits du terroir avec quelques emplettes du supermarché le plus proche. Mais il faut être honnête: des enseignes comme Intermarché ou Carrefour proposent une gamme locale suffisamment large que pour ne pas avoir à rougir ou à devoir nous laver de nos péchés... De temps à autre, nous abandonnions les sites bucoliques de France Passion pour d'agréables et paisibles terrains de camping. L'excellente appli Campercontact, qui donne accès à plus de 30.000 adresses dûment évaluées dans cinquante-huit pays via une fonction de recherche GPS très pratique, nous permet de trouver aisément l'endroit idéal avant la tombée du jour. Beaucoup de zones spécialement dédiées aux camping-cars sont gratuites et disposent d'un bon équipement de base (eau et parfois électricité, à payer avec des jetons). Bien sûr, on trouve de tout, des petites structures très basiques aux grands campings de luxe avec restaurant, piscine ou centre thermal. Chacun ses goûts et chacun ses envies, mais il va sans dire que nous avons privilégié les petites adresses locales... Généralement, nous ne passions pas plus d'une ou deux nuits au même endroit avant de poursuivre nos vagabondages. Jusqu'au jour où nous sommes tombés, par le plus grand des hasards, sur un petit coin de paradis au pied des Pyrénées. Le camping La Besse occupe un vaste domaine vallonné en pleine verdure, où toutes les places sont installées sous l'ombre bienfaisante des arbres. Au milieu, une piscine naturelle bordée d'une plage de sable fin est nichée entre les collines et les prés où paissent vaches et chevaux. Le charme des lieux est tel que l'on y oublie l'appel de la route le temps de cinq longues et splendides journées... Plus tard, le retour en Belgique se fera sous la pluie et dans les embouteillages, mais nos 4.500 kilomètres de souvenirs feront en sorte que cela n'égratigne pas notre bonne humeur.