Sa première visite de Waulsort n'a pas laissé Jantine van Peski de marbre. La Néerlandaise, diplômée de l'Académie de la Mode d'Anvers, compare ce petit village mosan à "l'univers féerique d'Efteling, dans la vie réelle". Il y a trois ans, c'est par hasard qu'elle se retrouve dans ce hameau du bord de Meuse, alors qu'elle cherche une maison de campagne à rénover avec son compagnon et leurs trois enfants. "Les affleurements rocheux, les larges méandres du fleuve, le vieux ferry, les châteaux anciens et les maisons typiques de Waulsort forment un décor idyllique. Dans ce petit bout du monde, on se sent immédiatement en vacances", confie-t-elle. Jantine et sa famille ne sont d'ailleurs pas les seuls à avoir succombé au charme de l'endroit, qui compte aujourd'hui quelque 400 habitants.
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Sa première visite de Waulsort n'a pas laissé Jantine van Peski de marbre. La Néerlandaise, diplômée de l'Académie de la Mode d'Anvers, compare ce petit village mosan à "l'univers féerique d'Efteling, dans la vie réelle". Il y a trois ans, c'est par hasard qu'elle se retrouve dans ce hameau du bord de Meuse, alors qu'elle cherche une maison de campagne à rénover avec son compagnon et leurs trois enfants. "Les affleurements rocheux, les larges méandres du fleuve, le vieux ferry, les châteaux anciens et les maisons typiques de Waulsort forment un décor idyllique. Dans ce petit bout du monde, on se sent immédiatement en vacances", confie-t-elle. Jantine et sa famille ne sont d'ailleurs pas les seuls à avoir succombé au charme de l'endroit, qui compte aujourd'hui quelque 400 habitants. Au XIXe siècle, plusieurs artistes les ont devancés. En 1871, une halte "Waulsort", sur la ligne ferroviaire Dinant-Givet, rend plus aisée la découverte de la bourgade. L'écrivain néerlandophone Hendrik Conscience y passe plusieurs étés avec son petit-fils; le peintre William Turner en immortalise la beauté par le biais de croquis, conservés au Tate Britain. A Anseremme, village voisin, l'artiste Félicien Rops réunit les têtes créatives de son entourage pour former la "Colonie d'Anseremme". Et, dans leur sillage, la jet-set bruxelloise de l'époque investit les lieux. "C'était une grande aventure de quitter la capitale en train, le temps d'un week-end, pour profiter du grand air, explique Jonathan Porignaux, guide et directeur du Musée du Patrimoine de la commune d'Hastière (dont Waulsort fait partie). Pour répondre à cet engouement des citadins, des auberges ont vu le jour, se transformant rapidement en grands hôtels. La riche bourgeoisie y a également construit des maisons de campagne et des petits châteaux, afin d'y passer l'été." Les activités étaient nombreuses, de la randonnée au tennis, en passant par le vélo et les rallyes. Sur les bords du cours d'eau, les estivants se laissaient aller aux joies des sports nautiques, tels que la pêche et le canoë. "Au fil des années, c'est devenu une destination incontournable, où la haute société se réunissait pour célébrer la vie." Jantine van Peski a aménagé sa résidence secondaire au Pavillon de l'Horloge. De jolies mosaïques habillent sa terrasse, rappelant celles du Café de l'Horloge à Ixelles, fréquenté durant la Belle Epoque par de riches cinéphiles. Dans les années 20, c'est en effet le propriétaire et gérant de cet établissement bruxellois, Emile Schultès, qui a acquis une superbe maison de campagne surplombant la Meuse, pour y installer ce café avec vue, "pour aller prendre l'apéritif". "Les plans étaient signés Edouard Frankinet, précise l'actuelle occupante. Au début du siècle, cet architecte wallon était surtout actif à Bruxelles, où il a dessiné plusieurs édifices emblématiques de l'Art nouveau. Après la Première Guerre mondiale, dévastatrice, c'est lui aussi qui a reconstruit Dinant et son casino." Une véranda ouverte et une orangerie ont été ajoutées. Dans la salle à manger actuelle trône encore fièrement l'affiche annonçant l'ouverture de ce repaire pour citadins en vadrouille, en 1923. On peut y lire un message clair: "Ce lieu est fréquenté par une clientèle select". Jantine se plaît à collectionner les souvenirs d'époque: "J'ai déniché une vieille carte postale chez un antiquaire... On y perçoit immédiatement le faste de cette station balnéaire. Parmi d'autres voitures, une Rolls-Royce avec chauffeur attend patiemment devant la grille en fonte du jardin." "Schultès était un chanteur exceptionnel, ajoute Francine Lamontagne, fonctionnaire locale. Il attirait toujours une foule incroyable lorsqu'il s'asseyait au piano pour parodier Tino Rossi, un crayon entre les dents." Au comble de sa gloire, le village comptait neuf cafés, douze boutiques et dix hôtels de luxe en plus du Pavillon de l'Horloge. Parmi ces derniers, le Grand Hôtel Regnier fut le premier en Europe à disposer d'un parking souterrain. Son restaurant, majestueux, n'avait rien à envier aux établissements prisés de Paris ou de Londres. Mais la guerre 40-45 est passée par là... Après la défaite des Allemands, la bourgeoisie a déserté ce lieu de villégiature, devenu banal. "La popularité croissante des campings, juste au dehors du village, a fait de la perle de la Haute-Meuse un endroit moins exclusif et moins prisé par la jet-set, raconte Jonathan Porignaux. Lorsque la voiture est devenue le moyen de transport par excellence, l'élite est partie explorer le monde... Les maisons de campagne et les villas ont été vendues, les cafés ont attiré une tout autre clientèle, et les hôtels de luxe ont fermé leurs portes un à un." Même le Grand Hôtel Regnier, qui dépérit depuis 1995. Malgré plusieurs projets de rénovation, cet édifice historique sera bientôt démoli. L'été dernier, il s'est partiellement effondré, mettant en danger les habitations voisines. Pourtant, Waulsort dégage aujourd'hui encore des souvenirs de gloire et de splendeur. Dans la rue des Villas, on peut observer des maisons de campagne typiques de la Belle Epoque, mais aussi des villas mosanes soigneusement remises à neuf ou en pleine rénovation. L'ancienne voie ferrée, laissée en friche, les sépare des hôtels et cafés du bord de fleuve. On n'y a pas vu passer un train depuis des décennies. Dans le village, on trouve ça et là des panneaux d'information à destination des touristes. Preuve d'un certain regain d'intérêt pour le site. Les citoyens redécouvrent Waulsort sous un nouveau jour, et les demeures à vendre se font plus rares. L'artiste Koen Broucke s'y est récemment installé, de même que les anciens propriétaires de la discothèque anversoise Red&Blue. L'été dernier, les fondateurs de la marque Zangra ont fait l'acquisition du Pavillon du Ferry et du célèbre Manoir des Statues. "Ils ont l'ambition de rénover cette ruine en gîte de luxe", explique Jonathan Porignaux. C'était aussi le plan de base de Jantine. "Si nous voulions répondre aux normes de location, nous devions détruire complètement certaines pièces de la maison. Et ce n'était pas notre souhait. Nous avons donc rénové le bâtiment avec le plus grand soin, en portant une attention particulière aux détails. Et nous en profitons en famille ou entre amis, tout l'été durant. C'est un lieu où il fait bon vivre, synonyme de farniente. On y passe des vacances relaxantes", confie-t-elle. Entre les meubles sélectionnés avec goût et les nombreuses photos en noir et blanc datant de l'entre-deux-guerres, il suffit de peu d'imagination pour revivre l'âge d'or de ce place-to-be d'un autre temps. On entendrait presque les chansons de Tino Rossi, interprétées par Schultès, résonner dans les couloirs... "J'attendrai, Le jour et la nuit. J'attendrai toujours, ton retour", chantait l'interprète de Petit papa Noël, en 1937. Aujourd'hui, Waulsort attend patiemment sa deuxième vague de popularité.