Quand nous le retrouvons, tentant de dissimuler son mètre nonante-trois derrière un épais buisson, Thomas Jean épie un renard, l'une de ses bestioles de prédilection. Ce silencieux tête-à-tête interrompu par notre arrivée, le YouTubeur nous salue, mèche et moustache au vent, un oeil encore tourné vers son petit copain rouquin qui vient de filer ; direction la gare de Meiser. Nous ne sommes donc pas en pleine cambrousse mais dans un terrain vague de Schaerbeek. Pratiquer l'observation animalière quand des tours de béton s'érigent à l'horizon ? C'est le concept, du moins en partie.
...

Quand nous le retrouvons, tentant de dissimuler son mètre nonante-trois derrière un épais buisson, Thomas Jean épie un renard, l'une de ses bestioles de prédilection. Ce silencieux tête-à-tête interrompu par notre arrivée, le YouTubeur nous salue, mèche et moustache au vent, un oeil encore tourné vers son petit copain rouquin qui vient de filer ; direction la gare de Meiser. Nous ne sommes donc pas en pleine cambrousse mais dans un terrain vague de Schaerbeek. Pratiquer l'observation animalière quand des tours de béton s'érigent à l'horizon ? C'est le concept, du moins en partie. Il y a quatre ans, Thomas Jean décide de changer de boulot : " J'étais dans la vente et j'en avais ras-le-bol ", difficile de faire plus clair. Il fonde Kodjo, une ASBL d'accompagnement d'artistes pour transposer ses compétences commerciales dans le secteur culturel et associatif, avant d'être nommé à la tête d'une coopérative d'activité, Backstage Brussels. Mais à force de couver les démarches créatives des autres, des envies de projet personnel le démangent. Amateur de belles images et fan de nature depuis tout petit, il opère la synthèse de ses deux marottes grâce à La minute sauvage, une série de vidéos animalières. " Avec mes frères, on a passé toutes nos vacances dans la maison de mes grands-parents dans le Verdon ; il suffisait d'ouvrir les volets pour voir des chevreuils, des lièvres ou des sangliers. On attrapait des serpents ou de gros lézards, on plongeait dans les lacs, on scrutait les vautours... ", se rappelle-t-il. Toujours vivace, ce souvenir de zoo à domicile motivera l'orientation de son programme : " Quand on parle de vidéo nature, beaucoup de gens n'imaginent que des grands safaris. Moi, le Big 5 ( NDLR : lion, éléphant, léopard, buffle et rhinocéros), ça ne m'intéresse pas, je préfère ce que je suis susceptible d'observer autour de moi. Et la biodiversité belge est plus riche qu'on ne le croit, pas besoin d'aller au Kenya. Je connais un endroit, on dirait les plaines du Serengeti ! J'y ai filmé une centaine de biches et des cerfs qui se battent pour l'épisode 3, c'était dingue. " Ses capsules renseignent donc la présence d'espèces remarquables, mouflons, castors, balbuzards ou faucons, pour démontrer par l'exemple que l'on peut guetter des animaux depuis des chemins de promenade, des sentiers forestiers, ou simplement dans la rue. Le but est de transmettre sa passion et d'encourager les spectateurs à lever le nez de leur smartphone pour apprécier la faune qui les entoure ; une démarche qui se résume dans son envie de " sublimer le pigeon ", à l'aide d'une vidéo qui réhabiliterait le colombidé si mal-aimé. " Ce qui nous paraît ordinaire, voire trivial, peut être en fait très intéressant ", insiste-t-il. Réalisation soignée, mélange d'humour et de vulgarisation scientifique, beats hip-hop bien sentis - " Il fallait un truc moderne, je suis un bon vieux citadin " -, ses séquences suscitent rapidement un bel enthousiasme. Un an après le lancement, sa chaîne compte déjà 2 500 abonnés et le vidéaste décroche une sélection pour le Festival International Nature Namur, qui se tient ce mois-ci. Si la fin de la première saison s'est déroulée au ralenti - un bébé et un déménagement se sont ajoutés à l'équation - La minute sauvage vient d'en entamer une deuxième dont le premier épisode, consacré au martin-pêcheur, est tout juste sorti. Le naturaliste amateur nous promet une saison " un peu plus aventureuse, plutôt orientée vers l'affût, avec camouflage et tout " - et on a évidemment hâte de découvrir ça.