Greenwashing ou véritable explosion verte?

Jean-Pierre Lamic, auteur de Tourisme durable: de l'utopie à la réalité, avance un constat plutôt amer: "On n'a jamais autant entendu parler de durable, mais concrètement, je ne sais pas si les choses ont réellement changé. Il est impossible de faire devenir durable quelque chose qui n'a pas été conçu pour l'être, que ce soit un bâtiment ou un séjour complet. Les transports, l'approvisionnement, la consommation sur place... Pour être vraiment "éco", il faudrait travailler sur tous les aspects." L'expert, également créateur du Média du voyage durable, note néanmoins des améliorations ponctuelles: "Je suis accompagnateur en montagne et l'on s'est battu durant des années pour que les clubs cessent de donner des bouteilles en plastique avant les randonnées. Ça y est, on y arrive. C'est mieux que rien, mais ce n'est pas une révolution." Dans sa lutte contre le faux green, il pointe les labels auxquels se fient les consommateurs. "Prudence, car souvent, il s'agit de certifications avec des critères peu ou pas contraignants, voire obscurs, écrits par ceux qui veulent obtenir la certification."

QBIC HÔTELS: UN RESTO AVEC DES PRODUITS LOCAUX ET UN MUR VÉGÉTAL... © QBIC

Comment les hôtels peuvent-ils devenir plus "verts"?

Anne de Reinach Hirtzbach, fondatrice de l'agence White Velvet, accompagne des créations d'hôtels en proposant un cahier des charges orienté durable. "L'idéal est de pouvoir réfléchir à ces questions dès la conception du bâtiment pour une optimisation des consommations d'énergie, des choix d'écomatériaux... L'un des gros enjeux est la consommation des fluides (plomberie, chauffage, ventilation, climatisation, électricité). Mais aussi celle de l'eau: on estime, par exemple, qu'une consommation domestique est de 150 litres par jour et par personne, tandis qu'à l'hôtel on passe à 350. De simples pommeaux régulateurs de débit ont un impact positif. Le choix des fournisseurs est aussi capital: il faut convoquer des acteurs locaux pour diminuer l'empreinte carbone, notamment pour l'externalisation du nettoyage du linge ou l'alimentation. Le pôle food doit être revu. La mode des buffets de petit déjeuner conduit à des gaspillages scandaleux. Il ne faut pas avoir peur de repenser son offre et d'oser. Désormais, on incite quasiment partout à suspendre sa serviette si elle ne doit pas être changée. Certains hôtels vont plus loin et demandent aux clients s'ils souhaitent que leur chambre soit nettoyée tous les jours ou non." Innovation et développement durable sont parfaitement compatibles aujourd'hui. Il "suffit" de se placer dans une configuration d'économie circulaire, tout recycler, tout réutiliser.

... ET DES ARTICLES DE SALLE DE BAINS QUI INVITENT À CONSOMMER MOINS D'EAU. © QBIC

Est-ce un positionnement "rentable"?

La chaîne Qbic Hôtels vient d'implanter un établissement à Bruxelles et prévoit une dizaine d'ouvertures dans les deux ans. Elle a choisi d'axer son expérience client et sa communication sur le durable. "Stop the water while using me" peut-on lire sur le gel douche, sous un pommeau à faible consommation d'eau, après une nuit sur un matelas 100% bio fait main et avant de descendre prendre son petit déjeuner sur une planche en bois fabriquée avec les anciennes portes d'un hôtel rénové. Derrière cette routine de séjour nouvelle, se cachent d'importants investissements. De quoi nuire à la rentabilité? Pas forcément, d'après la porte-parole du groupe, Saidat Nuru: "Faire du business durable, c'est faire du business! C'est un réel investissement en argent, mais aussi en temps, car nous travaillons uniquement avec des acteurs locaux. Nos fruits et légumes, par exemple, viennent du magasin du coin de la rue, ce qui permet de limiter les déchets, les impacts écologiques de la livraison... Nous mettons aussi en place des initiatives à impact social positif. Cela demande beaucoup de recherches, mais quand le travail est fait, c'est rentable. Une diminution de la consommation d'énergie réduit aussi les charges. Nous faisons un choix à long terme. C'est un engagement important pour nous, mais pragmatiquement, nous savons aussi que c'est pour toutes ces raisons que des clients nous choisissent et reviendront chez nous."

MÊME LE CLUB MED S'Y MET, AVEC 46 HÔTELS CERTIFIÉS GREEN GLOBE. ICI, LA PISCINE ÉCOZEN DU DA BALAIA, AU PORTUGAL. © CLUB MED

Les mini-gels douche, c'est fini?

La chasse au plastique est ouverte dans les hôtels. De grandes chaînes suppriment les gels douche et autres laits pour le corps individuels au profit de flacons "pompe" grands formats. "Les établissements de moyenne gamme ont été pionniers sur ce terrain-là. Aujourd'hui, cette révolution du conditionnement des produits d'accueil est également une demande, voire une exigence des enseignes internationales de luxe", explique Laurent Marchand, président du groupe GM. Le leader du marché a déjà trouvé des solutions pour répondre aux nouvelles exigences durables: bouteilles 100% végétales à base de canne à sucre, emballages recyclés, formules jusqu'à 99% d'ingrédients d'origine naturelle... L'industrie des gels douche, savons et compagnie a même pris le tournant du zéro déchet: "Nous lançons en décembre notre première ligne de produits solides. Leurs avantages: le plastique est totalement supprimé, et la consommation d'eau est réduite pendant la production."

Des voyages 100% verts? La route est encore longue... © DR

Et si c'était au client d'agir?

Le durable, c'est une question d'éducation. Tanja Florenthal est bien placée pour en parler: elle dirige les prestigieux César Ritz Colleges, qui enseignent la gestion hôtelière. Au programme: réflexions sur le tourisme vert, abeilles sur le toit, douches écologiques pour les étudiants, ou partenariat avec le label Green Globe. Tout est fait pour que les futurs acteurs de l'hôtellerie soient formés aux enjeux de demain et répondent aux nouvelles exigences du marché. Des professionnels "éduqués", c'est bien, mais nous lui avons demandé si un travail n'était pas également nécessaire du côté des clients: "C'est un vrai problème. Savez-vous que les touristes font quatre fois plus de déchets en vacances qu'à la maison? Une fois partis, ils se permettent soudainement de faire des choses qu'ils ne feraient pas le reste du temps. Ça va de la manière dont on s'habille au robinet qu'on laisse ouvert. Certains se disent par exemple: si je paie ma nuitée 250 euros, je peux avoir le linge lavé tous les jours, chose qu'ils n'exigent absolument pas chez eux. Mais ce que l'on explique aux élèves, c'est qu'il y a beaucoup d'initiatives que l'on peut mettre en place sans "déranger" le client." Mauvais calcul, dès lors, que ce repos des valeurs en vacances, puisque nos petits engagements peuvent encourager l'hôtel à changer sa politique et avoir un impact à grande échelle...

3 preuves que ça bouge

Par essence, le tourisme n'est pas un secteur exemplaire, lui que l'on accuse d'être responsable de 8% des émissions de gaz à effet de serre sur le globe. Voici néanmoins quelques initiatives qui font un pas vers un mieux.

Dès janvier, Eurostar plantera un arbre pour chaque train exploité sur son réseau... © SDP

Pollueur payeur

L'Arctic Blue Resort n'ouvrira ses portes en Finlande qu'en 2022 mais il fait déjà parler de lui. Origine du buzz: le coût du séjour sera inversement proportionnel à votre empreinte carbone. Comment réduire la note? "En consommant moins d'énergie, en participant à des activités écologiques ou en faisant des choix alimentaires durables", explique Mikko Spoof, fondateur du groupe Arctic Brands. L'agence en ligne Sunweb, spécialisée dans les formules "all in", propose quant à elle des voyages "neutres en CO2" en payant elle-même la compensation carbone de ses clients... Même si on préférerait de loin l'option où le CO2 n'est pas émis.

Géants plus verts

Les secteurs souvent pointés du doigt pour la nature peu durable de leurs offres cherchent des pistes d'amélioration. Costa Croisières se tourne vers le GNL (gaz naturel liquéfié) et vient de mettre en service un deuxième navire propulsé au GNL - le Costa Smeralda - pour ses escapades en Méditerranée. Le Club Med, lui aussi, veut verdir son image: il vient d'annoncer 46 resorts certifiés Green Globe. Une réflexion de fond qui se traduit par des initiatives allant des piscines naturelles à l'intégration de produits locaux aux menus ou des ateliers de sensibilisation avec les kids.

Transport sans plastique

Plus la moindre bouteille d'eau en plastique dans l'enceinte de l'aéroport de San Francisco. Seules les bouteilles en verre, aluminium recyclé ou matériaux compostables sont vendues dans les boutiques des terminaux, tandis que les voyageurs sont invités à utiliser la centaine de fontaines mise à disposition. Plus près de chez nous, Eurostar vient d'opérer ses premiers trajets sous la Manche en mode "zéro plastique".

Jean-Pierre Lamic, auteur de Tourisme durable: de l'utopie à la réalité, avance un constat plutôt amer: "On n'a jamais autant entendu parler de durable, mais concrètement, je ne sais pas si les choses ont réellement changé. Il est impossible de faire devenir durable quelque chose qui n'a pas été conçu pour l'être, que ce soit un bâtiment ou un séjour complet. Les transports, l'approvisionnement, la consommation sur place... Pour être vraiment "éco", il faudrait travailler sur tous les aspects." L'expert, également créateur du Média du voyage durable, note néanmoins des améliorations ponctuelles: "Je suis accompagnateur en montagne et l'on s'est battu durant des années pour que les clubs cessent de donner des bouteilles en plastique avant les randonnées. Ça y est, on y arrive. C'est mieux que rien, mais ce n'est pas une révolution." Dans sa lutte contre le faux green, il pointe les labels auxquels se fient les consommateurs. "Prudence, car souvent, il s'agit de certifications avec des critères peu ou pas contraignants, voire obscurs, écrits par ceux qui veulent obtenir la certification." Anne de Reinach Hirtzbach, fondatrice de l'agence White Velvet, accompagne des créations d'hôtels en proposant un cahier des charges orienté durable. "L'idéal est de pouvoir réfléchir à ces questions dès la conception du bâtiment pour une optimisation des consommations d'énergie, des choix d'écomatériaux... L'un des gros enjeux est la consommation des fluides (plomberie, chauffage, ventilation, climatisation, électricité). Mais aussi celle de l'eau: on estime, par exemple, qu'une consommation domestique est de 150 litres par jour et par personne, tandis qu'à l'hôtel on passe à 350. De simples pommeaux régulateurs de débit ont un impact positif. Le choix des fournisseurs est aussi capital: il faut convoquer des acteurs locaux pour diminuer l'empreinte carbone, notamment pour l'externalisation du nettoyage du linge ou l'alimentation. Le pôle food doit être revu. La mode des buffets de petit déjeuner conduit à des gaspillages scandaleux. Il ne faut pas avoir peur de repenser son offre et d'oser. Désormais, on incite quasiment partout à suspendre sa serviette si elle ne doit pas être changée. Certains hôtels vont plus loin et demandent aux clients s'ils souhaitent que leur chambre soit nettoyée tous les jours ou non." Innovation et développement durable sont parfaitement compatibles aujourd'hui. Il "suffit" de se placer dans une configuration d'économie circulaire, tout recycler, tout réutiliser. La chaîne Qbic Hôtels vient d'implanter un établissement à Bruxelles et prévoit une dizaine d'ouvertures dans les deux ans. Elle a choisi d'axer son expérience client et sa communication sur le durable. "Stop the water while using me" peut-on lire sur le gel douche, sous un pommeau à faible consommation d'eau, après une nuit sur un matelas 100% bio fait main et avant de descendre prendre son petit déjeuner sur une planche en bois fabriquée avec les anciennes portes d'un hôtel rénové. Derrière cette routine de séjour nouvelle, se cachent d'importants investissements. De quoi nuire à la rentabilité? Pas forcément, d'après la porte-parole du groupe, Saidat Nuru: "Faire du business durable, c'est faire du business! C'est un réel investissement en argent, mais aussi en temps, car nous travaillons uniquement avec des acteurs locaux. Nos fruits et légumes, par exemple, viennent du magasin du coin de la rue, ce qui permet de limiter les déchets, les impacts écologiques de la livraison... Nous mettons aussi en place des initiatives à impact social positif. Cela demande beaucoup de recherches, mais quand le travail est fait, c'est rentable. Une diminution de la consommation d'énergie réduit aussi les charges. Nous faisons un choix à long terme. C'est un engagement important pour nous, mais pragmatiquement, nous savons aussi que c'est pour toutes ces raisons que des clients nous choisissent et reviendront chez nous." La chasse au plastique est ouverte dans les hôtels. De grandes chaînes suppriment les gels douche et autres laits pour le corps individuels au profit de flacons "pompe" grands formats. "Les établissements de moyenne gamme ont été pionniers sur ce terrain-là. Aujourd'hui, cette révolution du conditionnement des produits d'accueil est également une demande, voire une exigence des enseignes internationales de luxe", explique Laurent Marchand, président du groupe GM. Le leader du marché a déjà trouvé des solutions pour répondre aux nouvelles exigences durables: bouteilles 100% végétales à base de canne à sucre, emballages recyclés, formules jusqu'à 99% d'ingrédients d'origine naturelle... L'industrie des gels douche, savons et compagnie a même pris le tournant du zéro déchet: "Nous lançons en décembre notre première ligne de produits solides. Leurs avantages: le plastique est totalement supprimé, et la consommation d'eau est réduite pendant la production." Le durable, c'est une question d'éducation. Tanja Florenthal est bien placée pour en parler: elle dirige les prestigieux César Ritz Colleges, qui enseignent la gestion hôtelière. Au programme: réflexions sur le tourisme vert, abeilles sur le toit, douches écologiques pour les étudiants, ou partenariat avec le label Green Globe. Tout est fait pour que les futurs acteurs de l'hôtellerie soient formés aux enjeux de demain et répondent aux nouvelles exigences du marché. Des professionnels "éduqués", c'est bien, mais nous lui avons demandé si un travail n'était pas également nécessaire du côté des clients: "C'est un vrai problème. Savez-vous que les touristes font quatre fois plus de déchets en vacances qu'à la maison? Une fois partis, ils se permettent soudainement de faire des choses qu'ils ne feraient pas le reste du temps. Ça va de la manière dont on s'habille au robinet qu'on laisse ouvert. Certains se disent par exemple: si je paie ma nuitée 250 euros, je peux avoir le linge lavé tous les jours, chose qu'ils n'exigent absolument pas chez eux. Mais ce que l'on explique aux élèves, c'est qu'il y a beaucoup d'initiatives que l'on peut mettre en place sans "déranger" le client." Mauvais calcul, dès lors, que ce repos des valeurs en vacances, puisque nos petits engagements peuvent encourager l'hôtel à changer sa politique et avoir un impact à grande échelle...