Dire que Lille doit tout à sa gare TGV serait exagérer. Il n'empêche, son avenir, et celui des nonante communes qui forment sa Métropole (MEL), se joua probablement au coeur des années 80, alors que les autorités locales tentaient de sortir de l'ornière de la désindustrialisation. A l'époque, la Première ministre britannique, Margaret Thatcher, signe un accord avec la France pour le percement du tunnel sous la Manche. En 1987, la SNCF choisit Lille pour faire passer sa ligne à grande vitesse qui rejoindra Londres. Pour la préfecture du département du Nord, c'est un tournant décisif. " Cette décision nous a complètement repositionnés dans la géographie européenne ", se réjouit Stanislas Dendiével, conseiller municipal délégué à l'urbanisme. Sous l'impulsion de Pierre Mauroy, alors Premier ministre et maire de la ville, la construction d'Euralille, en partenariat avec de grands promoteurs, prend forme, autour de cette fameuse station prête à accueillir Thalys et Eurostar. Le chantier s'achève en 1994. C'est le début d'une nouvelle ère pour ce tissu urbain plutôt conservateur jusque-là. " Ce projet assez fort, dans un territoire très historique puisque ce centre d'affaires s'inscrit sur la zone non aedificandi des anciens remparts, a donné une sorte de grande claque à la Métropole. Ce fut un choc culturel, décrié, mais qui a fait véritablement bouger les choses ", résume David Wauthy, architecte-urbaniste pour SPL Euralille.
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Dire que Lille doit tout à sa gare TGV serait exagérer. Il n'empêche, son avenir, et celui des nonante communes qui forment sa Métropole (MEL), se joua probablement au coeur des années 80, alors que les autorités locales tentaient de sortir de l'ornière de la désindustrialisation. A l'époque, la Première ministre britannique, Margaret Thatcher, signe un accord avec la France pour le percement du tunnel sous la Manche. En 1987, la SNCF choisit Lille pour faire passer sa ligne à grande vitesse qui rejoindra Londres. Pour la préfecture du département du Nord, c'est un tournant décisif. " Cette décision nous a complètement repositionnés dans la géographie européenne ", se réjouit Stanislas Dendiével, conseiller municipal délégué à l'urbanisme. Sous l'impulsion de Pierre Mauroy, alors Premier ministre et maire de la ville, la construction d'Euralille, en partenariat avec de grands promoteurs, prend forme, autour de cette fameuse station prête à accueillir Thalys et Eurostar. Le chantier s'achève en 1994. C'est le début d'une nouvelle ère pour ce tissu urbain plutôt conservateur jusque-là. " Ce projet assez fort, dans un territoire très historique puisque ce centre d'affaires s'inscrit sur la zone non aedificandi des anciens remparts, a donné une sorte de grande claque à la Métropole. Ce fut un choc culturel, décrié, mais qui a fait véritablement bouger les choses ", résume David Wauthy, architecte-urbaniste pour SPL Euralille. C'est le concepteur néerlandais Rem Koolhaas qui se voit confier le plan d'ensemble du site, en trois phases encore en cours aujourd'hui. Le ton est donné, résolument contemporain : autour de l'infrastructure ferroviaire s'implante d'entrée de jeu un complexe commercial signé par le Français Jean Nouvel et deux tours dessinées par Claude Vasconi et Christian de Portzamparc, cette dernière ayant fait jaser la planète archi au sujet de sa forme rappelant, au choix, une chaussure de ski ou un flipper... Notre promenade architecturale débutera donc là, dans ce quartier qui " joua le rôle de déclic ", pour utiliser les mots de Stanislas Dendiével. Si ce sont d'abord des bureaux et commerces qui s'agglomérèrent autour de la gare, c'est désormais un pan de ville qui a pris forme de l'est au sud-est du centre lillois. Pour bien appréhender l'endroit, on commence par un passage au Centre d'architecture et d'urbanisme WAAO, place François Mitterand, à deux pas de Lille-Europe, pour découvrir ses expos (lire par ailleurs). Ensuite, on ne manque pas de rallier le Grand Palais de Rem Koolhaas (boulevard des Cités Unies), à la façade high-tech, et la beaucoup plus récente Maison Stéphane Hessel imaginée par le Bruxellois Julien De Smedt (boulevard Paul Painlevé). Un bel exemple de mixité puisqu'elle regroupe une crèche, une auberge de jeunesse et des bureaux, dans une grande enveloppe sculpturale en béton, animée par une façade principale multicolore. On en profite pour faire un détour par le Bois Habité, un quartier coincé entre le périphérique et le boulevard Hoover, comprenant 600 logements conçus par divers architectes et qui bénéficient d'un cadre verdoyant grâce à un travail paysagé d'envergure. Enfin, on rejoint l'ancienne gare Saint-Sauveur, puisque c'est autour de celle-ci que se trame la troisième phase d'Euralille, désormais au stade des études et qui prévoit la construction de 240 000 m2 de logements, bureaux et commerces, ainsi que d'une piscine olympique. Actuellement, l'édifice est occupé par un hôtel original, dont la déco est confiée à des artistes, une ferme urbaine et un lieu d'exposition faisant, jusqu'au 2 septembre prochain, la part belle à l'art cubain. Notre visite continue plus au sud, dans le populaire quartier de Wazemmes où se trouve une des douze Maisons Folie de la Métropole (rue des Sarrazins), un héritage de 2004, lorsqu'elle fut Capitale européenne de la culture. Ces bâtiments forment un maillage artistique à travers tout le territoire. Ici, il s'agit d'une ancienne filature de textile réhabilitée. Un voile métallique ondulant y dialogue avec les immeubles en brique rouge, créant un étrange contraste. Un programme de spectacles, expos et événements très varié y est proposé. Pour preuve, l'iconoclaste concours de lancer de noyaux d'olives, organisé sur place le 1er juillet prochain ! Ce premier bain de culture terminé, on prend la route vers le centre, avec un passage par le Palais des beaux-arts où présent et passé flirtent en harmonie. L'édifice du xixe siècle, de style Belle Epoque, fut en effet rénové à la fin des années 90 et un nouveau bâtiment en verre, dans lequel se reflète la façade ancienne, fut érigé pour accueillir des locaux administratifs et des ateliers. A l'intérieur, sommeillent deux grands lustres du designer italien Gaetano Pesce, qui génèrent des jeux de lumière colorés dans le hall d'accueil. Juste après, direction le Vieux-Lille et ses rues pavées. L'occasion d'une virée shopping trendy, entre petites boutiques pointues et enseignes de griffes de qualité, ou d'une pause dans un restaurant ou un bar du coin. Sans oublier de s'arrêter devant la cathédrale Notre-Dame-de-la-Treille, construite entre 1854 et... 1999. Sa façade principale, en panneaux de pierre de Soignies et marbre translucide, resta, en effet, longtemps inachevée. Après ce passage dans la foule - surtout le samedi après-midi -, une mise au vert s'impose. On prend la clé des champs ou presque en rejoignant la citadelle, afin de découvrir l'oeuvre de Vauban, mais aussi la réorganisation paysagère en cours, qui entend mettre en avant ce patrimoine remarquable tout en favorisant les déplacements doux et en préservant faune et flore. Cette parenthèse au calme se prolonge sur le site des Rives de la haute Deûle (métro Bois-Blanc), un écoquartier, le long des berges de la rivière, couplé au pôle d'excellence Euratechnologie. " Ce projet s'appuie sur une reconnaissance de l'eau comme élément fondateur et fédérateur des nouveaux aménagements, et l'expression de la mémoire des lieux au travers d'espaces publics où transparaît le passé industriel lillois ", expliquent les paysagistes de l'atelier Bruel Delmar. " C'est un signe que Lille revient vers l'eau, se réjouit le conseiller Stanislas Dendiével. Il y a une revalorisation des quais, une vision plus durable du construit, beaucoup de mixité... Il y a clairement une émulation en termes d'architecture contemporaine, mais ce n'est pas un art de bâtir standardisé. Il y a une volonté politique de réconcilier l'homme et la ville, d'être créatif pour tenir compte de la situation existante. C'est cela, la singularité lilloise. " On poursuit cette réflexion en prenant la voiture ou le métro vers la station Marbrerie (Ligne 1) pour s'imprégner d'une friche en pleine mutation grâce au projet Fives Cail, du nom de l'ancienne grande usine de la région qui occupait ces 17 hectares de halles. Leur reconversion a débuté avec la création d'un impressionnant Lycée hôtelier international dans l'une d'elles. En fin de compte, c'est un véritable quartier qui verra aussi le jour dans ce no man's land postindustriel. La promenade pourrait encore durer des heures, voire des jours, à l'intérieur et hors du périphérique, tant les chantiers en cours et à venir pullulent. Dans le secteur sud, par exemple, où Rudy Ricciotti, concepteur notamment du Mucem à Marseille, planche sur un centre commercial. Une bonne nouvelle pour ceux qui ont fait ou feront de la patrie des gaufres Méert leur place-to-be, à seulement 35 minutes en train de Bruxelles, puisque chaque visite sera très probablement différente, tant les grues s'activent partout dans la cité nordiste. Les amateurs d'architecture n'omettront néanmoins pas de profiter de l'une de leurs incursions dans les Hauts-de-France pour pousser une pointe jusqu'à Roubaix, afin d'y voir sa superbe piscine Art déco transformée en musée - une institution fermée temporairement mais qui rouvrira le 19 octobre prochain, après agrandissement et transformation. Ou vers la Villa Cavrois, à Croix, une oeuvre incontournable de Robert Mallet-Stevens, l'une des figures de proue du modernisme. Une maison privée pensée jusque dans ses moindres détails dans les années 30 pour un industriel de la région, et qui est aujourd'hui restaurée avec une minutie de haut vol. Le bouquet final de cette escapade constructive.