Le départ est donné le 26 septembre 2017. Jonathan et Pascale ont alors vendu leur maison et leur voiture, gardant uniquement les biens "difficiles à jeter" dans une cinquantaine de caisses en carton. Mais ils ne partent pas les mains vides: un sac à dos de 15 kilos chacun, sans compter les bagages transportant le matériel technique, soit appareil photo/vidéo, téléobjectifs ou drone, qui leur serviront à immortaliser leur escapade durant une année entière, et à la partager sur les réseaux sociaux "quasiment en direct". La RTBF, à ce moment-là, leur a déjà promis de relayer leur projet sur ses plates-formes Web, mais aussi d'offrir de la visibilité à une série de huit futurs documentaires en télé. Ce que Jonathan et Pascale ne connaissent pas encore, au moment de partir, c'est l'accueil qui sera réservé à leur film Un monde positif, destiné à résumer leur aventure dans quelques petites salles du royaume. Le reportage a aujourd'hui dépassé les trente dates à guichets fermés, tandis que le couple multiplie les conférences et se réjouit de la sortie officielle, ce 20 mars, de leur livre rempli de bonnes ondes et de splendides photos. Pas étonnant que le jour de notre rencontre, il y ait encore un peu de soleil dans leurs yeux, et beaucoup d'émerveillement dans leurs mots.
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Le départ est donné le 26 septembre 2017. Jonathan et Pascale ont alors vendu leur maison et leur voiture, gardant uniquement les biens "difficiles à jeter" dans une cinquantaine de caisses en carton. Mais ils ne partent pas les mains vides: un sac à dos de 15 kilos chacun, sans compter les bagages transportant le matériel technique, soit appareil photo/vidéo, téléobjectifs ou drone, qui leur serviront à immortaliser leur escapade durant une année entière, et à la partager sur les réseaux sociaux "quasiment en direct". La RTBF, à ce moment-là, leur a déjà promis de relayer leur projet sur ses plates-formes Web, mais aussi d'offrir de la visibilité à une série de huit futurs documentaires en télé. Ce que Jonathan et Pascale ne connaissent pas encore, au moment de partir, c'est l'accueil qui sera réservé à leur film Un monde positif, destiné à résumer leur aventure dans quelques petites salles du royaume. Le reportage a aujourd'hui dépassé les trente dates à guichets fermés, tandis que le couple multiplie les conférences et se réjouit de la sortie officielle, ce 20 mars, de leur livre rempli de bonnes ondes et de splendides photos. Pas étonnant que le jour de notre rencontre, il y ait encore un peu de soleil dans leurs yeux, et beaucoup d'émerveillement dans leurs mots. Dans quel état d'esprit êtes-vous au moment de tout quitter pendant un an? Jonathan Bradfer: On est sereins, car c'est le fruit d'un long cheminement. Depuis qu'on se connaît (NDLR: ils se sont rencontrés pendant leurs études de journalisme, sur les bancs de l'IHECS), on a toujours eu le goût du voyage. Pascale m'a souvent dit qu'elle voulait s'installer ailleurs. Moi, j'étais satisfait de ma carrière à la RTBF. Mais en même temps, la recherche de sens est quelque chose qui me travaille depuis longtemps. Et justement, à ce moment-là, j'étais arrivé à un tournant professionnel, avec la fin du journal Le 15 minutes. Je me suis donc posé les bonnes questions. Pascale Sury: En fait, on avait déjà fait une pause carrière en 2014, pour partir plusieurs mois, en tant que "simples touristes". Je travaillais alors pour une ONG à Bruxelles. Mais suite à cette expérience, j'ai donné ma démission, car je ne m'imaginais plus rester derrière un ordinateur sans bouger. J'ai donc suivi des formations pour me lancer comme indépendante, et je suis devenue ce que j'appelle "reporter et photographe du monde positif". Je partais alors de mon côté, seule, pour découvrir des initiatives constructives à travers les continents. Jonathan, lui, restait à la maison. Il me voyait partir, puis revenir, puis repartir... Jonathan: Jusqu'au moment où un projet commun m'est apparu comme une évidence. Pascale était à Hong Kong, je l'ai appelée via Skype et je lui ai dit: "OK, c'est bon, je suis prêt: on part découvrir le monde et tourner des documentaires, comme on en a toujours rêvé." Qu'est-ce qui vous motive à vendre carrément votre maison, alors que vous ne partez finalement qu'un an? Pascale: J'étais sûre qu'on n'allait pas revenir dans le même état d'esprit. Je ne m'imaginais pas revivre la même vie à notre retour. C'était une intuition, mais je savais que tout serait différent. Et puis, une maison, ce n'est jamais qu'un bien matériel : au pire, on en rachetait une autre... Jonathan: J'avoue que l'impulsion vient d'elle. Et quand elle m'en a parlé, il m'a fallu quelques semaines pour y réfléchir. Mais bon, cela fait plusieurs années qu'on est bercé par des lectures sur le minimalisme et la sobriété heureuse. L'envie de vivre plus lentement, de posséder moins de choses et de gagner en liberté... Donc l'idée était bonne. Et aujourd'hui, on ne regrette absolument pas. Soyons clairs: ce voyage est avant tout une démarche professionnelle. Jonathan: Oui, totalement. On a vraiment construit un projet multimédias, qui trouverait un écho à la fois sur Internet, à la radio et à la télé. La RTBF nous a assurés de diffuser nos reportages. On en était ravis, car il fallait financer nos déplacements, nos logements et la nourriture. On est partis une fois que tout s'est goupillé. Et sur place, même si on a évidemment choisi des pays - vingt en tout - qu'on rêvait de voir, c'était loin d'être des vacances, on a travaillé comme des fous. Quelle est votre première destination et donc votre première rencontre "positive"? Jonathan: C'est le Pérou. Histoire de bien déconnecter, on choisit de faire un trek d'un mois dans les Andes, en tutoyant les 5.000 mètres d'altitude. On y rencontre un paysan et guide de montagne qui, depuis un certain temps, constate que les glaciers l'entourant depuis qu'il est petit n'ont jamais été aussi faiblement couverts de neige. Un phénomène qui fait gonfler les lagunes et les lacs. Du coup, ceux-ci finissent par craquer et provoquer des glissements de terrain. Notre homme a donc décidé d'attaquer en justice le plus gros pollueur européen: le groupe charbonnier allemand RWE. Pour nous prouver l'ampleur des dégâts, il a tenu à ce qu'on marche vers les sommets, en nous montrant les berges menacées et tous les habitants qui, comme lui, voient l'une de leurs subsistances premières - l'eau - s'amenuiser. Ces rencontres étaient-elles organisées avant votre départ? Pascale: Seulement une petite partie. Sur place, on avançait plutôt à la spontanéité et à l'improvisation. On avait parfois quelques idées et des contacts, mais la plupart du temps, on se laissait guider par nos rencontres. Jonathan: Comme on partageait notre voyage sur les réseaux sociaux, au fil des semaines, on a aussi reçu des messages et des suggestions de gens qui nous disaient: "Là-bas, je connais telle personne incroyable, ou tel Belge qui a un projet dans tel pays..." Justement, y a-t-il des expatriés qui vous ont particulièrement marqués? Pascale: Oui. Il y a notamment Manu, un militaire en pause carrière qui a un jour fait un voyage en Ethiopie et qui est tombé amoureux du pays au point de s'investir dans la vie et le développement d'un village. Il a aidé à y faire venir l'eau courante, en aménageant des fontaines pour éviter aux habitants de devoir creuser le sol. Il a aussi construit une école et fourni du matériel scolaire via une campagne de crowdfunding. Et il y a répertorié les familles les plus pauvres, avant de développer un petit business pour leur offrir une machine à coudre ou à préparer des jus de fruits... Il nous a beaucoup touchés, car c'est quelqu'un de très émouvant et de très humble. Il incarne tout à fait la phrase de Ronald Reagan: "On ne peut pas aider tout le monde, mais tout le monde peut aider quelqu'un." Jonathan: Un autre exemple: Philippe, un jardinier belge qui vit désormais dans le nord de la Colombie, dans une cabane construite en matériaux de récup'. Avec la communauté indienne des Kogis, il a créé le projet Mundo Nuevo, une ferme biologique qui fonctionne grâce à la perma- culture. Son but est de prouver que l'on peut devenir autosuffisants en apprenant à vivre autrement. Pieds nus, avec sa longue barbe, il ressemblait un peu à un Jésus des temps modernes. Il nous a dit: "Je me raserai quand cette communauté sera entièrement autosuffisante." Vous gardez un souvenir très précis du Bangladesh, où vous avez passé votre Nouvel An... Jonathan: Disons que la soirée du 31 elle-même, on n'en gardera pas un souvenir impérissable. On était dans une petite chambre d'hôtel, avec une vue sur une décharge, et pas grand-chose à manger dans les environs. Mais ce qui est édifiant au Bangladesh, c'est ce mélange bousculant de misère, de surpopulation et de pollution. On s'attendait à un pays pauvre, mais pas à ce point-là... Pascale: Et pourtant, on y a rencontré une femme remarquable : Runa Khan, une musulmane dans un monde d'hommes, qui a créé l'ONG Friendship pour venir en aide aux milliers de personnes vivant sur les "chars", ces îles éphémères qui apparaissent ou disparaissent au fil des inondations. Des morceaux de sable de quelques kilomètres carrés, où l'espérance de vie est d'environ 10 ans. Parmi ses initiatives, Runa essaye que ces gens aient des petits revenus. C'est Ghandi au féminin. Une dame très inspirante. Jonathan: La preuve que même dans le chaos, il y a de la lumière... Avez-vous pu observer des points communs entre tous ces peuples lointains? Jonathan: Oui. Très souvent, on a remarqué que pour avancer, ils sont dans une pensée collective. Leur fonctionnement est basé sur l'entraide. En Papouasie- Nouvelle-Guinée, où chacun se débrouille avec moins d'un dollar par jour, on logeait dans un petit village dont toutes les terres cultivables se trouvent au sommet d'une colline. Les potagers sont communs et les habitants font les récoltes ensemble. C'est incroyable, quand on y pense. Pascale: Ce qui les rassemble, aussi, c'est leur connexion avec la nature. Ils sont conscients que s'ils ne respectent pas leur environnement, ils sont foutus. Pour eux, c'est une évidence. Jonathan: A côté de cela, le moteur de ces petites communautés, c'est à la fois leur passion et leur talent. On a l'impression qu'ils se sont tous posé cette question importante: "Tiens, moi, qu'est-ce que je peux apporter ici? En quoi puis-je être utile aux autres? Quelle est ma place?" Pascale: Oui, ils sont focalisés sur leurs points forts, plutôt que de perdre du temps à essayer de développer leurs points faibles. Qu'est-ce que ça donnerait chez nous, notamment dans notre système scolaire? Je crois, sans naïveté aucune, que c'est un beau cercle vertueux qui se mettrait en place... Avez-vous des messages à faire passer à travers votre démarche? Jonathan: Aucun. Nous ne donnons de leçon à personne. Ce voyage, c'est notre choix à nous. Tout ce que l'on souhaite, c'est transmettre ce qu'on a vu et les valeurs qui nous ont touchés. Nous ne sommes ni des idéalistes, ni des porte-drapeau. Par nos métiers respectifs, on reste lucides sur le fait que le monde va mal. Mais notre but est de montrer qu'il s'y passe aussi des choses bien. Après, chacun mène la vie qu'il veut et cherche le bonheur à sa manière. Pascale: On est conscients d'avoir rencontré des gens qui ont d'autres réalités que nous. Quand on se questionne sur la destination de nos prochaines vacances, d'autres se demandent ce qu'ils vont manger le soir, et leur satisfaction commence quand toute la famille a de quoi remplir son assiette, ou quand le troupeau est nourri. C'est intéressant au niveau de la fameuse "quête du bonheur". Dans nos sociétés occidentales, on lit des livres sur le sujet et, du coup, on place la barre trop haut. Ailleurs, même s'ils y pensent, ils n'intellectualisent pas cette notion. Et si certains envient notre "richesse", ils aiment leurs vies et ne l'échangeraient pas contre une autre. C'est paradoxal, parce que nous, on aime bien notre confort mais on jalouse leur liberté. Pour Jonathan et moi, c'était important de se retrouver face à une autre vision des choses. Comment envisagez-vous la suite de vos vies professionnelle et privée? Jonathan: On repart bientôt! D'ici quelques mois, nous recommencerons un tour du monde. Mais cette fois, pendant trois ans. L'objectif sera toujours de faire des reportages. La seule différence, c'est qu'on va prendre plus de temps, en passant six ou sept mois par continent. Cela pour limiter notre empreinte carbone, mais aussi pour apprendre à ralentir encore plus, à vivre avec moins d'argent, à se contenter de peu de choses. Pascale: On a la chance d'avoir trouvé notre voie, et cette expérience nous a rapprochés l'un l'autre. Et comme nous n'avons pas d'enfant, pour l'instant, on a envie de continuer à avancer sans se projeter. La vie nous fait des propositions: on verra bien lesquelles on accepte... Plus de photos: