Wadi al-Murr, le village englouti par le désert

Le sable du désert a tout envahi, ne laissant que peu de vestiges apparents du village omanais de Wadi al-Murr, mais d'anciens habitants et des visiteurs curieux viennent explorer et redécouvrir le hameau englouti.

Wadi al-Murr, le village englouti par le désert
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Wadi al-Murr © AFP

"Toutes les habitations du village ont été envahies par le sable qui les a assaillies il y a 30 ans, et a poussé les habitants à quitter leurs demeures, d'après ce que racontent les anciens", explique Salem al-Arimi. Originaire du village, cet Omanais embrasse d'un regard nostalgique l'étendue de sable, les quelques arbres squelettiques et les restes de murs en pierre émergeant ici et là.

Wadi al-Murr © AFP

Quelques toits, des pans de mur et des morceaux de bois, c'est tout ce qui témoigne aujourd'hui de la présence passée d'une population sur le site. Celui-ci a été déserté il y a quelques décennies, face à l'avancée inexorable du désert.

Wadi al-Murr © AFP

Ce phénomène n'est cependant pas spécifique au sultanat d'Oman. Il est attribué par les spécialistes au changement climatique et a été observé dans différentes régions du monde.

Wadi al-Murr © AFP

Les populations concernées ont peu de moyens pour y faire face et les habitants de Wadi al-Murr ont ainsi dû renoncer à leurs activités pastorales et été contraints à l'exode rural. Situé au fond d'une vallée à près de 400 km au sud-ouest de la capitale omanaise Mascate, Wadi al-Murr est aussi coupé des principales routes par une piste de 3 km difficilement praticable.

Wadi al-Murr © AFP

Son isolement, et le fait que le village, qui comptait une trentaine d'habitations et 150 habitants, ne soit connecté ni au réseau électrique ni à celui de distribution de l'eau, a contribué à sa décrépitude. Mais cela n'empêche pas d'anciens habitants nostalgiques d'y revenir, tout comme certains adeptes du trekking, amoureux des randonnées dans le désert. Mohammed al-Ghanbousi, un ancien résident, explique que le mouvement des dunes, instables, fait que certaines habitations ont aujourd'hui émergé en partie du désert.

Wadi al-Murr © AFP

La mosquée du village est notamment réapparue en partie grâce au mouvement des sables. Cela a incité "des nostalgiques à visiter le village dont les structures solides, car construites en pierre, tiennent debout", dit M. Ghanbousi. Et "le village a été intégré récemment dans des circuits de trekking et attire des amateurs de photographie", ajoute-t-il.

Wadi al-Murr © AFP

"Lorsque ma mère a appris que certaines habitations étaient réapparues, elle m'a demandé de l'emmener dans son ancien village", confie de son côté Mohamed al-Alaoui. "Elle veut souvent y revenir et elle se plait à y raconter ses souvenirs en versant quelques larmes."

"Ce qui m'a étonné c'est la force de la nature qui a pu effacer la trace de tout un village", s'émerveille Rached al-Ameri, un touriste local venu avec deux amis de la ville de Sour, à des centaines de kilomètres, pour découvrir le village ensablé.

Wadi al-Murr © AFP

"Mais ce qui est plus étonnant c'est comment ce village, avec ses vieux murs, résiste à ces assauts", ajoute-t-il. Selon lui et d'anciens habitants, Wadi al-Murr pourrait facilement figurer dans les circuits touristiques d'Oman.

Wadi al-Murr © AFP

D'autant que le sultanat, qui dépend à 70% du pétrole, tente de diversifier son économie et développe notamment le tourisme. Oman a attiré trois millions de touristes en 2019, selon les statistiques officielles. Comme partout, le pays a toutefois vu son flux de touristes réduit comme une peau de chagrin l'année dernière à cause de la pandémie de nouveau coronavirus.