Django Reinhardt: Monsieur Rêve

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Souvent je rêve. Dans mon métier, je considère que c’est une obligation. J’y consacre pas mal de temps même si ça ne paie pas l’essence. Je regarde par la fenêtre, et je rêve.

Je me promène avec un monsieur élégamment sapé, pantalon de flanelle, veste en tweed, cravate gris souris et chapeau assorti. Cela ne se passe pas de nos jours. Il est musicien, moi je ne sais pas ce que je suis. Pas encore. L’action se déroule dans une grande ville étrangère. Il fait beau et nous marchons côte à côte. Il me parle de son coma. Il évoque un rythme qui l’a accompagné tout au long de ce trou noir. Ce rythme l’a maintenu de notre côté du grand mystère. Ce rythme désormais c’est sa vie.

Soudain il s’arrête, et se met à frapper dans les mains une séquence. Clap, clap, clap, un bref silence, clap, clap, un long silence. Et il répète la même séquence. Je remarque que sa main gauche est salement amochée. J’écoute. Je fais mine de comprendre. Il s’énerve. Je m’excuse. Il s’explique.  » Non garçon, tu n’y es pas ! C’est ce rythme qui m’a maintenu en vie pendant le coma et que je n’arrive pas à retrouver. Ce rythme garçon, ce rythme que je cherche, est le seul signe que je percevais là-bas, entre les deux rives.  »

Il reprend sa marche. Son pas lui-même semble obéir à des cadences rythmiques. Tantôt binaire, sautillante. Tantôt ternaire et alanguie. Je perds le fil de notre itinéraire. Il parle de jazz, d’anges, de scènes. D’un trompettiste qui s’est tué à vouloir trouver la treizième note. Il m’offre à manger et son silence. Du vin en carafe. Il reprend sa marche, sa cadence, son tempo. Je le regarde s’éloigner. Clap, clap, clap, courte pause, clap, clap, long silence.

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Jérôme Mardaga

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