Sur mesure: à Schaerbeek, la maison de maître réinventée du studio Cobra

Les propriétaires souhaitent remplacer leur canapé Hay par une création propre. En attendant, ce sofa garde bien sa place sur un tapis KRJST Studio, face à la table basse Santa Maria dei Clarici. La lampe sur pied est de Sabine Marcelis. © JAN VERLINDE

Lorsque Hugues Delaunay et Kenny Decommer ont emménagé dans l’étage surélevé d’une maison d’artiste, leurs meubles ont soudain semblé des miniatures. Il n’en fallait pas plus pour que le duo se mette à la conception de mobilier, donnant ainsi naissance à leur studio, Cobra.

La façade imposante agrémentée de fenêtres gracieuses et de ferronneries ne passe pas inaperçue en plein coeur de Schaerbeek, à deux pas du parc Josaphat. C’est le genre de maison de maître qui suscite directement la curiosité. Après un accueil chaleureux par Brigitte, le Braque hongrois maître des lieux, on découvre immédiatement les merveilles qui s’y cachent. Un parquet à chevrons authentique, des moulures parfaitement conservées, une luminosité exceptionnelle et, avec les plafonds de 5,60 mètres de hauteur, une sensation d’espace tout aussi époustouflante. Le bâtiment était autrefois la propriété du peintre namurois Franz Kegeljan qui, en 1910, a chargé l’architecte Paul Saintenoy d’y construire un hôtel particulier de style Louis XV. Cet endroit est aujourd’hui le petit nid de Hugues Delaunay et Kenny Decommer. « Les six premiers mois, nous avons dû nous habituer à la hauteur. Nous venions d’un petit appartement étudiant. Nos meubles paraissaient minuscules, comme s’ils venaient d’une maison de poupées. J’étais presque en panique rien qu’en m’installant dans le canapé », rit Hugues.

Kenny et Hugues sont tombés amoureux des hauts plafonds, auxquels ils ont dû s'habituer une fois installés -
Kenny et Hugues sont tombés amoureux des hauts plafonds, auxquels ils ont dû s’habituer une fois installés – « J’ai failli devenir agoraphobe, rien qu’en m’asseyant dans le canapé. »© JAN VERLINDE

Ce vaste intérieur a finalement motivé le tandem à concevoir ses propres meubles. Une ambition que Kenny nourrissait depuis un certain temps. « Même si cela a aussi à voir avec la frustration. Nous n’avons pas trouvé la table que nous voulions. Du moins, pas dans les limites de notre budget. En développant du mobilier nous-mêmes, nous avons commencé à comprendre pourquoi cela coûte si cher. On n’imagine pas tout le travail et la réflexion qu’il y a derrière », explique Kenny.

Trois pieds en résine transpercent le plateau de Cicero, le bureau qu'ils ont développé. Ces éléments définissent les places autour de la table tout en cassant la surface lisse. Ce bureau est accompagné de deux chaises Miyazaki en bois.
Trois pieds en résine transpercent le plateau de Cicero, le bureau qu’ils ont développé. Ces éléments définissent les places autour de la table tout en cassant la surface lisse. Ce bureau est accompagné de deux chaises Miyazaki en bois.© JAN VERLINDE

Partir de zéro

Durant deux années de suite, ils ont passé soirées, week-ends et vacances à la conception, la réalisation et la mise au point de Solids, la première collection de Cobra Studios. Un projet passionnant qu’ils ont mené à côté de leurs emplois exigeants. Après une carrière chez Ralph Lauren, Paul Smith et Essentiel, Hugues fait désormais la navette entre Bruxelles et Paris où il est concepteur scénographe pour les collections de la maison Chloé. En tant qu’architecte, avec le cabinet Naif, Kenny est responsable du déploiement des espaces de travail Silversquare en Belgique. Cela lui donne l’occasion de travailler avec KRJST Studio, Lous and The Yakuza, Maniera ainsi que Glenn Martens. « Une des raisons pour lesquelles le processus de conception a pris énormément de temps est que nous avons commencé en tant que vrais débutants. Nous avons expérimenté le verre, la peinture, le métal, la résine et le marbre jusqu’à être satisfaits… après parfois de nombreux ratés. Il n’y a que le bois que nous avons laissé de côté. En raison de cet endroit. Nous sommes partis d’un espace accueillant, avec des sols en bois et des lambris, et nous avons ajouté des matériaux et des textures qui contrastent avec les murs blancs. Sans oublier la couleur, car elle apporte de la joie dans un projet. Oui, cet appartement a largement contribué à la naissance de Cobra Studios », se réjouit Kenny.

Le siège PK25 de Poul Kjærholm est toujours édité par Fritz Hansen. Le designer l'avait imaginé, à l'occasion de son projet de fin d'études, en 1952.
Le siège PK25 de Poul Kjærholm est toujours édité par Fritz Hansen. Le designer l’avait imaginé, à l’occasion de son projet de fin d’études, en 1952.© JAN VERLINDE

En trompe-l’oeil

On remarque que l’intérieur de Hugues et Kenny est composé principalement de leurs créations. Toutefois, il ne ressemble en rien à un showroom grâce aux chaises, aux oeuvres d’art et aux objets choisis avec goût. Très clairement, l’expérience en matière de scénographie est palpable. Les sièges Zig-Zag de Rietveld ont été une grande source d’inspiration pour Kenny. Les lignes simples, la géométrie parfaite ainsi que les couleurs primaires mettent en valeur les tables et les lampes postmodernes du couple. Les chaises de Marcel Breuer, le buste de Jules César ainsi que le dressoir en palissandre des années 50 datent du temps où Hugues travaillait chez Paul Smith. « A l’époque, la politique était que chaque vitrine de magasin devait être unique et qu’elle devait constamment être renouvelée. J’avais beaucoup de liberté pour les arranger et pour chaque fois raconter une nouvelle histoire. Par conséquent, je passais presque tout mon temps dans des friperies, des marchés aux puces ou des boutiques design. »

On retrouve, autour de la table en marbre et résine toujours sans nom, une chaise Zig-Zag de Rietveld et une autre de chez La Chance, à Paris. Les dessins à la plume sont signés par l'illustrateur anversois Nicolas Collaert, avec qui Hugues a travaillé chez Essentiel. La lampe en métal est un prototype d'Otho, de la collection Solids.
On retrouve, autour de la table en marbre et résine toujours sans nom, une chaise Zig-Zag de Rietveld et une autre de chez La Chance, à Paris. Les dessins à la plume sont signés par l’illustrateur anversois Nicolas Collaert, avec qui Hugues a travaillé chez Essentiel. La lampe en métal est un prototype d’Otho, de la collection Solids.© JAN VERLINDE

En outre, les matériaux industriels ont tout autant leur place dans l’habitation. Buses de ventilation, gouttière reconvertie en lampe ou encore la grille d’un plafonnier à néon qui pourrait se confondre avec une oeuvre d’art. « Nous aimons tous les deux nous attarder sur des objets que plus personne ne regarde. Si vous les sortez de leur contexte, ils peuvent passer pour des objets de grande valeur. »

La fin de cet aménagement sonne-t-elle le glas de leur travail de conception de mobilier? Certainement pas. Néanmoins, avec leur marque Cobra Studios, Hugues et Kenny n’ont aucune intention de produire de façon industrielle, ni même en série limitée. « Nous préférons le sur-mesure. Nous sommes en train de développer notre propre canapé, parce que nous voulons vraiment créer tous les meubles de cet appartement. Nos clients peuvent ensuite bénéficier des connaissances que nous acquérons grâce à ce processus personnel. »

En bref: Hugues Delaunay et Kenny Decommer

Hugues (à gauche) et Kenny (à droite) posent avec leur chien Brigitte, devant un nouveau prototype fabriqué à partir de restes de leurs expérimentations sur les matériaux.
Hugues (à gauche) et Kenny (à droite) posent avec leur chien Brigitte, devant un nouveau prototype fabriqué à partir de restes de leurs expérimentations sur les matériaux.© JAN VERLINDE

Après une carrière chez Ralph Lauren, Paul Smith et Essentiel, Hugues Delaunay (32 ans) fait désormais la navette entre Bruxelles et Paris, où il est concepteur scénographe pour les collections de la maison Chloé.

Après ses études, Kenny Decommer (33 ans) a travaillé à Paris, où il a pu, entre autres, collaborer avec l’architecte Dominique Perrault, qui lui a donné envie de concevoir ses propres meubles. Après plusieurs années chez B-architecten à Anvers, il travaille aujourd’hui comme architecte chez Silversquare.

Ensemble, ils forment Cobra Studios, dont la première collection Solids a été dévoilée en 2020. Ils y jouent avec la géométrie afin d’imaginer de nouveaux volumes. La combinaison de résine et d’acrylique ou du marbre poli crée, quant à elle, des contrastes en transparence.

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