Sur la Green Walk de Bruxelles: on vous emmène en balade au Parc Roi Baudouin

Anne-Françoise Moyson

Bruxelles est verte. Vue du ciel, c’est évident. On vous propose de zoomer, d’enfiler vos chaussures de marche et d’aller vous balader sur la Green Walk de la capitale, aka La promenade verte. Avec comme point de départ subjectivement choisi : le Parc Roi Baudouin à Jette. Go!

On avait caressé l’idée de s’engager sur la Green Walk de Bruxelles. C’est plus chic en anglais, mais on peut aussi dire la Promenade verte, 60 kilomètres qui additionnent les différents paysages de la région bruxelloise. On aurait aimé faire un reportage au long cours, qui essaimerait sur plusieurs jours, ceinturant la ville et offrant quelques belles découvertes, à n’en pas douter. Mais faute de temps, on s’est rabattu sur l’un des parcs qui fait partie de cette balade, le Parc Roi Baudouin, à Jette, 50°52’57.8″N 4°19’40.6″E.

Catherine Mollet, la guide labellisée Arkadia, nous a donné rendez-vous à l’entrée près de la gare. Sur la grille, un avis de tempête, qui prévient qu’en raison de vents supérieurs à 80 km/h, le parc est momentanément fermé pour votre sécurité, qu’il y a risque de chute d’arbres et de branches et que merci pour votre compréhension. Pourtant, ce matin d’été, il faut chaud, lourd, pas un souffle de vent. A peine les cris d’une colonie d’enfants visiblement ravis.

Les terres de l’Abbaye de Dieleghem

On marche sur les terres de l’Abbaye de Dieleghem, traversées de part en part par un affluent de la Senne, un ruisseau appelé Molenbeek, rien à voir avec la commune du même nom que Donald Trump baptisa un jour « no-go zone ». On survole les siècles, avec comme point d’ancrage l’an 1155, la construction de l’abbaye, ses heures de gloire et ses déboires. Il n’en reste que la demeure du prélat, qui abrite aujourd’hui la salle des mariages et les collections patrimoniales de la commune de Jette.

On s’est assise sur de grosse pierres qui servent de terrain d’aventure aux gamins intrépides. Catherine Mollet remonte le cours de l’histoire, on a vue sur l’école du Sacré-Cœur, qui fut la demeure de Nicolas Bonaventure, haut fonctionnaire français et premier bourgmestre du coin après l’indépendance. Jette est alors un petit bourg de campagne, 504 hectares dont 117 de parcs et de bois, c’est là que, en 1834, s’installent les sœurs du Sacré-Cœur, elles y ouvrent une école primaire mixte et gratuite, pas mal pour l’époque, et un internat pour jeunes filles de bonne famille.

Depuis s’y sont succédé des générations de demoiselles en uniforme bleu marine éduquées par des générations de nonnes elles aussi en uniformes. C’est sûr que cela marque un territoire. Et cela laisse aussi des traces, qui sont parfois encore visibles. Car à l’époque du couvent, le parc, mélange de jardins français et anglais, fut « corrigé » dans une optique plus pieuse, son temple de Jupiter transformé en temple de Saint-Michel et l’arc de triomphe en calvaire. Peu à peu, l’outrage des ans fit son sale boulot. Jusqu’à ce que les sœurs ne puissent plus entretenir le parc et le vendent au Ministère des affaires bruxelloises en 1978.

Le Parc Roi Baudouin, pensé comme le Bois de la Cambre

Il faut dire qu’est née à l’époque l’idée d’un « Parc Roi Baudouin », vaste ensemble forestier et rural pensé comme le pendant du Bois de la Cambre et du Parc de Woluwe. Et s’il fut baptisé ainsi, c’est parce que l’on approchait alors du 150ème anniversaire de la Belgique, cela valait bien un hommage à la dynastie. Il sera inauguré en trois phases, de 1981 à 1989 et peut se vanter d’être l’une des dernières enclaves du paysage brabançon dans la ville, soit 36 hectares de nature cernés par des immeubles, des autoroutes urbaines et des voies de chemin de fer où passent le Bruxelles-Termonde-Lokeren-Saint-Nicolas et le Bruxelles-Denderleeuw-Alost-Gand, aller-retour.

Un chemin pavé serpente dans tout ce vert, un étang de pêche fait le bonheur de ceux qui aiment taquiner les poissons, des rocailles rappellent que le Rococo fut un temps à la mode dans les jardins. La vieille hêtraie bruisse dans le vent du matin. On se dit qu’il faudra revenir au printemps quand l’ail des ours, les anémones sylvie et les violettes tapissent son sous-bois.

On traverse la chaussée de Wemmel. Sur le mur aveugle d’une ancienne forge, active jusqu’en 1960, les deux street artists Samuel Idmtal et Orlando Kintero ont vaillamment œuvré. Ils ont pris d’assaut l’espace vierge pour y dessiner une fresque clin d’œil au festival de musique du monde Jam’in Jette. L’urbain et le rural peuvent parfois faire bon ménage. D’ailleurs, c’est l’heure d’un petit café à la Guinguette.

Si on avait des enfants qui aiment les plaines de jeux et qui ont l’âge pour ça, on se poserait ici, un temps. On regarderait les petits humains se socialiser et l’on pourrait alors constater, mais cela saute aux yeux, que cette partie du Parc Roi Baudouin est la plus artificialisée, avec tobogans, piste cyclable, pelouses, pontons et étang bordé de saules et d’aulnes glutineux. Elle n’a guère gardé l’empreinte des potagers et des jardinets que les citadins du cru avaient joyeusement fait pousser le long du Molenbeek, qu’ils avaient amoureusement entretenus avant d’en être expropriés dans les années soixante pour construire des autoroutes urbaines, qui ne le furent jamais.

19 hectares de marais

L’avenue de l’Exposition sert de frontière ouverte à la dernière partie, la plus vaste, 19 hectares de marais, de réserve naturelle, de campagne, de prairies, de bois, de vestiges d’une villa gallo-romaine, d’une ferme pour enfants, d’un chalet très début de siècle, d’une houblonnière et même d’une œuvre monumentale et contemporaine, signée Jano, titrée « Le sept piliers de la sagesse », une « double colonnade en douglas massif et en trompe-l’œil qui converge vers une colonne maîtresse ». Tout cela forme un ensemble hautement dépaysement, mêlant la nature spontanée, avec son étang et sa roselière, la nature travaillée, avec son Poelbosch, et la nature composée, avec le bois du Laerbeek, son charmant chalet-café-restaurant, sa plaine de jeux.

Et si l’on prend le temps de bien regarder partout autour de soi, on verra en vrai des grenouilles, des tritons, des rousserolles effarvattes, on tombera sur des haies de noisetiers et d’aubépines, sur le troisième plus gros frêne pleureur de la région bruxelloise, sur des érables argentés ou de Virginie, de vieux hêtres pourpres, des pervenches, un peuplier blanc et un catalpa impressionnant. Et ce n’est pas rien d’observer tout cela de si près quand on est citadin.

On aurait aimé que cette balade verte ne finisse jamais. Notre guide n’a pas non plus l’air d’avoir envie que cela se termine, elle l’aime, ce parc. Et c’est communicatif, elle a le talent de mêler adroitement la petite à la grande histoire. Mais le principe de réalité nous rappelle à l’ordre. On se fait alors la promesse de revenir, et alors là, on partira d’ici pour entamer la Green Walk sans s’arrêter.

Infos pratiques

Arkadia propose des visites guidées gratuites dans plusieurs parcs de Bruxelles. Ces visites sont axées sur l’histoire du parc et de ses environs, sur l’écologie et l’environnement. Elles entendent aussi sensibiliser les habitants à l’importance et au respect des espaces verts dans la ville.

Arkadia propose également la visite d’autres espaces verts bruxellois, celle du Parc du Cinquantenaire, du Parc de l’Abbaye de la Cambre, du Parc de Laeken, du Parc Duden et du Rouge-Cloître.

Les visites ont lieu, même s’il pleut.

Une réservation est indispensable, car les places sont limitées.

Les prochaines dates pour la visite du Parc Baudouin : le 21 août, le 28 août et le 11 septembre 2022.

Avec le soutien de « Bruxelles environnement – Leefmilieu Brussel« 

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