Sophie Marceau: "J'aime avoir 40 ans"

25/06/09 à 15:00 - Mise à jour à 14:59

Source: Weekend

On vient de la voir dans deux succès - De l'autre côté du lit et LOL - et la voici qui relève un nouveau défi avec Ne te retourne pas, de Marina de Van. Un thriller psychologique où son personnage se transforme à mi-film en Monica Bellucci. Confidences, un matin tôt, d'une star sans fard qui vient d'emmener ses enfants à l'école.

Sophie Marceau: "J'aime avoir 40 ans"

© Sophie Marceau et Monica Bellucci

On vient de la voir dans deux succès - De l'autre côté du lit et LOL - et la voici qui relève un nouveau défi avec Ne te retourne pas, de Marina de Van. Un thriller psychologique où son personnage se transforme à mi-film en Monica Bellucci. Confidences, un matin tôt, d'une star sans fard qui vient d'emmener ses enfants à l'école.

Depuis sa première apparition au cinéma dans La Boum (1980), voici bientôt trois décennies que Sophie Marceau tient le haut de l'affiche. Et réussit à toujours nous surprendre. Mais quelle est donc sa botte secrète ?
"J'ai ma part de tristesse, de solitude, de craintes, de doutes, confie-t-elle. Je l'accepte et je pense que les gens le sentent, en tout cas je l'espère. Il faut garder cette fragilité, vraiment. Et je l'affirme d'autant plus que je le vérifie fréquemment. Par exemple, la première semaine d'un tournage est toujours confuse, on ne connaît pas bien le réalisateur, on tourne de petits bouts de scène sortis de nulle part, et il faut être tout de suite dans le ton juste. Alors, il suffit d'une petite réflexion, d'un regard mal interprété, et vous voilà seule au monde. Vous pensez que vous jouez mal, et du coup vous vous trouvez moche et vous perdez votre assurance et donc vous bafouillez, c'est un enchaînement... Finalement, ce moment épouvantable va donner au film la scène la plus fragile, la plus friable, la moins attendue."

Racontez-nous Ne te retourne pas...
C'est l'histoire de Jeanne, écrivain, mariée, mère de deux enfants, dont la vie est soudain perturbée par des hallucinations. Elle semble hantée par un fantôme, un peu comme le serait une maison... Le film peut se lire au premier degré : fantastique. Mais peut aussi satisfaire des esprits différents, selon les tiroirs que l'on désire ouvrir. Marina est un auteur qui a des messages si personnels à faire passer qu'ils touchent à l'universel.

Et donc vous vous métamorphosez en Monica Bellucci ?
Sophie Marceau et Monica Bellucci, ce n'était pas forcément évident ! Marina disait : "vous êtes très différentes. Toi, Sophie, tu es rapide, nerveuse. Monica, plus hiératique, langoureuse". Nous ne jouons pas de la même façon, nous ne nous ressemblons pas. On s'est peu vues, on n'a pas vraiment travaillé ensemble; pourtant les personnages ont la même intensité, la même gravité, la même présence lourde, charnelle.
Lorsqu'elle évoque Ne te retourne pas, Marina de Van parle du fait d' "accueillir en soi de l'étranger". N'est-ce pas une définition du métier d'acteur ?

Oui. Si l'acteur est acteur, il doit s'interroger sur sa propre identité, sur son inconscient, frayer avec des choses cachées, inexpliquées. Le comédien vit en empathie avec le monde. Il devient d'une façon primitive le monde, comme un poisson prendrait la couleur de la pierre. C'est pour cela que les comédiens sont des personnes très égoïstes, centrées sur l'observation d'elles-mêmes.

Jeanne Balibar a déclaré un jour : "j'aime les actrices opaques, comme Sophie Marceau, qui, sous son apparente bonne santé, cache pas mal de vacillements..."
C'est joliment dit. Et assez juste. C'est aussi une belle analyse du cinéma. Un film raconte toujours l'histoire d'un vacillement, d'une crise, d'un requestionnement. Je trouve que les réalisateurs n'appuient pas assez sur les zones troubles de l'acteur. C'est pourtant cela qui rend un personnage attachant. Et vrai. Car on avance tous avec des peurs énormes, un mal d'enfance, un rapport intense à la façon dont on a été aimé, dont on a aimé soi-même. En même temps, la société nous demande d'être positifs, lumineux, conquérants, et on désire aussi projeter cette image de soi-même.

Que pensez-vous du succès de LOL et de ce désir du public d'avoir des nouvelles de Vic, l'héroïne de La Boum ?
Le film a plu grâce à une supercombinaison d'éléments - il n'y a pas que moi - et a répondu à un besoin de films pour adolescents. LOL est un copier-coller de la réalité qui ne verse pas dans le social ni dans le psychologique - c'est assumé - et met en scène parallèlement deux histoires d'amour en évoquant des thèmes contemporains : les mamans, les familles recomposées, les femmes seules...

Y aura-t-il un LOL 2 ?
Je ne sais pas du tout... Une fois, c'est bien.

Sauf que le public s'est attaché aux personnages...
Dans cette optique-là, oui, ce serait pas mal de les retrouver. Surtout que Lola a un frère et une soeur plus jeunes.

Depuis quelques années, vous tournez davantage avec des réalisatrices de votre génération : Pascale Pouzadoux, Lisa Azuelos, Marina de Van ?
Oui, c'est vrai... Leurs scénarios parlent d'elles, et elles pensent à moi pour les interpréter, ce qui m'enchante. J'aime travailler avec des femmes ; d'ailleurs, je suis entourée de femmes, ce sont quand même elles qui vous donnent de vrais coups de main dans la vie. Mais j'ai aussi de grands amis hommes, bien sûr...

Tout est mieux à 40 ans ?
Mieux ? Je ne sais pas. Je n'ai pas vécu mon adolescence ni mes 20 ans comme une jeune fille lambda. Par contre, je vis mes 40 ans comme une femme de mon âge. J'ai des repères cette fois-ci et je peux vous dire qu'il y a du boulot, mais que c'est vachement bien. Je suis libre, indépendante, j'ai un contact super avec mes enfants. Je suis crevée, mais ce rapport à la vie me plaît.
J'aime bien être sur tous les fronts.

Comment, depuis près de trois décennies, réussissez-vous à protéger votre vie privée ?
En ne l'exposant pas, sinon les médias vous prennent tout, ils sont même prêts à s'installer chez vous. Regardez comment ont dû réagir Ashton Kutcher et Demi Moore (NDLR : ils court-circuitent les paparazzis en postant eux-mêmes leurs photos sur leur blog Twitter). Moi, je suis quelqu'un de pudique, pas du tout intrusive. J'aime recevoir, à la maison toutes les portes sont ouvertes. Ma vie privée ne regarde que moi - et à la fois je ne cache rien.

Votre parole est très libre. Vous dites et faites donc toujours ce que vous pensez ?
Je ne sais pas si je dis vraiment tout ce que je pense, mais je ne suis ni dans le calcul ni dans la provocation. J'essaie d'être au plus près de ma vérité... Pourquoi devrais-je raconter des conneries ? Parfois, je me dis que j'aurais dû me mordre la langue avant de parler. Parfois, je regrette de ne pas en avoir dit assez.

L'an passé, à l'occasion de la promotion des Femmes de l'ombre, un film sur les résistantes françaises sous l'Occupation, vous avez quitté le plateau de TF 1 parce que Jean-Marie Le Pen était lui aussi invité...
Je n'ai pas quitté le plateau, je n'y suis même pas allée. A mon arrivée à TF 1, on m'a annoncé qu'il n'y avait plus de loge disponible, car un homme politique très important l'occupait. Ah ! Qui ? Jean-Marie Le Pen. Je n'ai rien contre le fait qu'il s'exprime à la télévision, mais je trouvais indécent de ne pas avoir été prévenue alors qu'on allait être assis à la même table du journal d'information. Je n'aime pas être mise au pied du mur.

Plus récemment, vous avez confié avoir voté Sarkozy "à l'aveugle".
J'ai toujours voté à gauche jusqu'à ce que voter à gauche ne serve plus à rien et que, en 2002, tout le monde ait fait le choix de Chirac contre Le Pen. Pour la dernière présidentielle, je n'ai pas eu envie de voter Ségolène Royal.

Vous l'avez rencontrée en février dernier, lors de l'anniversaire de votre grand ami Dominique Besnehard...
Ouais. Et je n'ai pas été bouleversée. C'est l'amie de mon ami et c'était une réunion privée, ça n'a rien à voir avec la politique.

On va vous retrouver bientôt à l'affiche de L'Homme de chevet, au côté de Christophe Lambert, qui partage votre vie.
Moi, je suis ravie de tourner avec les gens que j'aime si le scénario en vaut la peine.

Bien sûr...
Plus que bien sûr ! Lorsqu'on nous propose un film à tous les deux, a priori, c'est non. Ensuite, tout dépend si on s'adresse aux acteurs ou au couple. L'Homme de chevet, c'était justifié. Les rôles sont formidables. C'est une histoire d'amour improbable entre un ancien boxeur à la dérive et une tétraplégique. Ces deux personnes vont trouver une raison d'exister. Moi qui suis très physique, très mobile, là, je ne pouvais plus jouer avec mon corps. Cette forme d'incarcération m'a beaucoup aidée à libérer mes émotions, à trouver d'autres façons de parler, d'autres regards.

Comment sort-on d'un tel personnage ?
Endolorie. Le soir, j'avais besoin d'étendre mon corps, de me débarrasser des tensions.

Cette fois, vous n'allez pas échapper aux couvertures de magazines avec Christophe Lambert ?
On verra...

Propos recueillis par Gilles Médioni

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