La Bolivie en bouteille: focus sur les plus hautes vignes du monde

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Bruno Vanspauwen Journaliste

Ce pays se situe, en principe, trop près de l’équateur pour y développer la viticulture. Il a donc fallu y installer les vignobles les plus hauts du monde afin d’y cultiver le raisin. Pour un résultat d’une étonnante qualité.

Même la plupart des connaisseurs l’ignorent: la Bolivie, qui est l’un des pays les plus pauvres d’Amérique du Sud, produit du vin! Un fait étonnant quand on sait que « normalement, une telle culture n’est pas possible dans des pays avec un climat subtropical », comme le souligne Cees van Casteren. Selon ce Master of Wine néerlandais – la plus grande distinction qu’un connaisseur en vins puisse décrocher -, « une telle production devient faisable seulement si on plante les vignes à haute altitude, là où il fait plus froid. Là-bas, il faut pour cela dépasser les 1.600 mètres, il n’y a pas de vignobles plus hauts dans le monde. Dans d’autres contrées, il fait en effet trop froid à cette altitude ».

L’expert a travaillé un temps en tant que consultant et coach afin d’épauler les Boliviens et améliorer ce secteur. « Plutôt que de verser de l’argent pour aider au développement, et prendre le risque que les élites locales en profitent plus que la population, il est intéressant d’envoyer des gens qui, comme je l’ai fait, peuvent offrir une expertise dans un domaine précis. Ce projet est à présent terminé, mais grâce à lui, j’ai appris à bien connaître la Bolivie comme pays producteur de vin. »

Le Master of Wine néerlandais Cees van Casteren a aidé les viticulteurs boliviens à mieux produire et à croire en la qualité de leurs vins.
Le Master of Wine néerlandais Cees van Casteren a aidé les viticulteurs boliviens à mieux produire et à croire en la qualité de leurs vins.© SDP

Une tradition séculaire

C’est que la viticulture existe en réalité depuis longtemps en Bolivie. On en trouve déjà des traces au XVIe siècle, à l’époque des conquistadors espagnols. « Ceux-ci ont trouvé sur place beaucoup d’argent dans le sous-sol, ce qui les a rendus riches, retrace Cees van Casteren. Et que veulent boire les riches? Du vin! C’est ainsi que tout a commencé. » Pendant longtemps, la Bolivie a écoulé toute sa production sur son marché intérieur. Jusqu’à ce que le Chili et l’Argentine, qui se trouvent dans des zones climatiques bien adaptées pour des flacons de qualité, rencontrent du succès aux quatre coins du globe, y compris en Bolivie. Les producteurs du cru ont alors dû se tourner, à leur tour, vers l’exportation. « Cela a exigé une augmentation de la qualité, poursuit le spécialiste. Je leur ai aussi appris à mettre en avant leurs caractéristiques uniques. Le fait, notamment, qu’ils possèdent les vignobles les plus hauts du monde peut stimuler l’oenotourisme. Mais grâce au climat frais à cette altitude et aux grandes variations de température entre le jour et la nuit, ils obtiennent également des vins moins lourds et moins pesants que d’autres pays d’Amérique du Sud. Des vins élégants, avec beaucoup de fraîcheur et une belle acidité. »

Des vins moins lourds que dans d’autres pays d’Amérique du Sud.

La Bolivie a par ailleurs non seulement les vignobles les plus hauts mais aussi les plus vieux du monde: certaines vignes sont âgées de 200 à 300 ans! « Cela est dû au fait qu’à la fin du XIXe siècle, la Bolivie n’a pas été touchée par le phylloxéra, le fléau répandu par un puceron qui a détruit presque tous les vignobles sur notre continent », précise Cees van Casteren. C’est pour cette raison que de nombreuses vignes poussent encore sous forme d’arbres, ce qui était la manière de conduire les ceps à l’époque coloniale: « Ça ne se fait plus nulle part, sauf en Bolivie. Lorsque j’ai visité pour la première fois un de ces vignobles anciens, je n’en croyais pas mes yeux: ça ressemblait à une jungle. En fait, il faudrait les inscrire au patrimoine mondial. Mais ce n’est pas une manière efficace de travailler, et on n’utilise plus cette technique pour les nouvelles plantations. »

La Bolivie en bouteille: focus sur les plus hautes vignes du monde
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Un label reconnaissable

Autre élément intéressant pour l’oenotourisme: on a découvert dans le sous-sol de nombreux vignobles des ossements fossilisés de dinosaures datant de la préhistoire… Pour toutes ces raisons, l’expert néerlandais a conseillé aux viticulteurs boliviens de se regrouper en association et de promouvoir leurs produits sous le label « Vins de Bolivie », associé à la mention « High Altitude Wines » (vins de haute altitude). Maria Virginia Valdez, ancienne avocate, préside cette association. « Mes connaissances juridiques m’ont été utiles, souligne-t-elle. Car la Bolivie souffre des lourdeurs de la bureaucratie et, à certains niveaux, encore de la corruption. Dans notre pays, les viticulteurs ne sont pas toujours aidés et soutenus comme ils le devraient. C’est pour cela que j’interviens en leur faveur. »

Entre-temps, une nouvelle génération de producteurs a vu le jour. Ceux-ci ont étudié l’oenologie dans des universités spécialisées réputées aux Etats-Unis et sont revenus chez eux avec de nombreuses connaissances et compétences nouvelles. L’exportation a également été lancée. Les marchés les plus importants sont pour l’instant la Chine et les Etats-Unis. Mais l’Europe figure en haut de la liste. Aussi haut que leurs vignobles.

Une promesse de succès

Le style de vin proposé par les Boliviens concorde déjà avec la tendance européenne. Grâce au climat frais des vignobles en altitude, les vins sont étonnamment légers, fins et élégants, ce qui contraste avec les autres vins sud-américains, par exemple ceux du Chili et d’Argentine, qui peuvent être puissants et très alcoolisés. Par ailleurs, les amateurs de vin en Europe sont ouverts aux découvertes. Les jeunes sommeliers en particulier aiment surprendre leurs clients avec des nouveautés.

Autre atout de taille: le prix. Même les bouteilles les plus chères ne dépassent pas les 15 euros. Mais ça ne veut pas dire que nous verrons beaucoup de vins boliviens dans nos magasins, du moins pour l’instant: le pays ne possède que 3.500 hectares de vignobles. En comparaison, la seule sous-région du Haut-Médoc, dans la région de Bordeaux, en a 4.500.

Le cépage utilisé traditionnellement là-bas est le muscat d’Alexandrie. C’est avec cela qu’on produit le Singani, la boisson nationale: un distillat de vin doté d’un goût et d’une texture particulièrement raffinés.

En Bolivie, les vins blancs sont produits avec des cépages comme l’ugni blanc, le viognier, le riesling et le chardonnay.

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