Opinion

Nicolas Balmet

« On m’avait dit que ce confinement rapprochait les gens. Jamais je n’aurais cru que ça pouvait aller aussi loin »

En temps normal, j’aurais confié cette histoire à mes amis entre deux bières et trois cacahuètes. Et le lendemain, personne n’en aurait gardé le moindre souvenir. Sauf que mes amis, vu les circonstances, je ne les vois plus depuis un bail. C’est donc à vous, chers lecteurs, que j’ai décidé de narrer en exclusivité les tribulations de mon premier achat d’un barbecue… à gaz.

Oui, j’ai choisi de faire une croix sur les viandes carbonisées. Et oui, j’entends d’ici les puristes du charbon qui me scandent que je ne respecte rien et qui me couvrent d’insultes. Mais je ne leur répondrai qu’une chose: c’est celui qui le dit qui l’est.

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Après avoir commandé l’objet sur Internet, je suis livré dès l’aube suivante. Le mode d’emploi est formel: 45 minutes de montage. Ça, c’est la théorie. En réalité, je passerai plus de 3 heures à me dépatouiller avec le manuel d’instruction le plus intriguant et le plus abstrait de toute l’histoire des manuels d’instruction. Jamais je n’avais vu des schémas plus schématiques. Et jamais je n’aurais cru qu’un simple barbecue allait me permettre de ressentir ce que les soldats du Viêt Nam avaient pu endurer. Un bourbier sans nom. Une débâcle sur toute la ligne. Un long moment de solitude qui, je l’avoue, m’a parfois donné envie de déserter. Ce qui m’a aidé à tenir? Le bon sens, car j’avais une famille à nourrir.

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A l’heure d’écrire ces lignes, je vais mieux. Le traumatisme est derrière moi, même s’il m’arrive encore de me réveiller en sueur en criant « Non, pas la vis n°4! Pas maintenant! Il faut attendre le point 6! » Et je sais désormais une chose: si je dois un jour remonter un objet de mes propres mains, je n’accorderai plus ma confiance à une marque qui n’est pas suédoise. D’ailleurs, à partir d’aujourd’hui, je considère la Suède comme le plus beau pays du monde. C’est en Suède que j’irai en vacances si, un jour, on a le droit de retourner en vacances. Et c’est en Suède que je passerai ma retraite si, un jour, je touche une retraite. Vive la Suède!

Et tant que j’y suis, vive la France! Parce que s’il y a une chose que je n’oublierai guère non plus, c’est la petite lumière qui est apparue dans les ténèbres. Alors que j’étais au fond du trou en train d’essayer de comprendre l’étape n°9 du mode d’emploi, j’ai passé un appel de secours au service clients. Un homme m’a répondu et, sans le savoir, m’a aidé à m’accrocher à la vie. Un Français. Qui a décroché le téléphone alors qu’il était en partance pour un long week-end de Pâques. Trois quarts d’heure. Il est resté trois quarts d’heure au bout du fil, me tenant la main avec ses conseils et prenant même le temps d’attendre les photos que je lui envoyais par mail. Quand la délivrance est venue, je ne me suis pas contenté de remercier chaleureusement ce gaillard. Non, dans un coin de ma tête, j’ai carrément regretté toutes les pensées sataniques que j’avais eues à l’égard des Français à l’issue de la demi-finale de la Coupe du Monde 2018. On m’avait dit que ce confinement rapprochait les gens. Jamais je n’aurais cru que ça pouvait aller aussi loin.

nicolas.balmet@levif.be

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