Visite d’une féérique maison de Victor Horta (en images)

Dans la tradition des maisons de plaisance du XVIIIe siècle qu’on nommait les «folies», cet ancien pavillon de chasse présente des influences exotiques, avec des toits japonisants. © Jan Verlinde

L’architecte Victor Horta a aussi construit des maisons de campagne! La Villa Carpentier, à Renaix, en est le plus bel exemple, avec son somptueux jardin récemment restauré. Ses propriétaires, Michel et Olga Gilbert, nous ont accueillis dans leur havre de paix.

Située en bordure de route, à Renaix, en Flandre-Orientale, la Villa Carpentier est un petit coin de paradis. Le bâtiment a été construit en 1899 pour Valère Carpentier, un industriel textile, et sa femme, Marie-Louise Huybrechts, par Victor Horta lui-même. Le couple aisé et sans enfants souhaitait une vaste demeure de campagne pour accueillir ses amis pour des parties de chasse. A cette époque, l’architecte était au sommet de son art: il avait terminé la Maison du Peuple et surveillait la construction de sa propre maison à Saint-Gilles, devenue le musée qui porte son nom.

La terrasse ouest a été créée par les propriétaires actuels, elle est la plus ensoleillée et la plus utilisée aujourd’hui.
La terrasse ouest a été créée par les propriétaires actuels, elle est la plus ensoleillée et la plus utilisée aujourd’hui. © Jan Verlinde

En empruntant l’allée d’entrée, en graviers, nous sommes éblouis par les grands arbres du parc de trois hectares qui entoure la bâtisse, et toutes les essences de plantes et de fleurs qui composent les jardins. «Ici, c’est le bonheur, on profite de l’air et de la nature. C’est la maison du repos», nous confie Olga Gilbert, l’habitante actuelle de cette demeure de 700 m2, comprenant aussi des dépendances (conciergerie et écuries). L’allure pittoresque est adoucie par les toits japonisants, qui traduisent le goût du maître de l’Art nouveau pour l’art oriental. Comme à son habitude, Horta signe ici un concept total, l’homme ayant réalisé les plans mais aussi choisi la déco intérieure. Chose plus rare: l’architecte a dessiné le parc et ses allées et choisi les végétaux.

Le jardin est composé de multiples essences dont 29 espèces de rhododendrons.
Le jardin est composé de multiples essences dont 29 espèces de rhododendrons. © Jan Verlinde

Nous montons les quelques marches du perron, et entrons dans le vaste hall qui distribue les espaces: salon, salle à manger, bureau et escalier menant aux étages des sept chambres. A gauche, une véranda en pierre bleue permet de profiter du jardin à l’abri de la pluie et du soleil. Ses murs sont ornés de sgraffites figurant de grands oiseaux, partiellement couverts de peinture blanche. «C’est la dernière phase de notre restauration, qui aura lieu cet été», explique le propriétaire, Michel Gilbert. Plusieurs artistes de l’époque ont collaboré à l’aménagement: dans la salle à manger, une fresque murale d’Albert Ciamberlani, dans le hall, une tapisserie signée Emile Fabry et des vitraux de Raphaël Evaldre.

D’Horta à Orta

«J’ai acquis cette demeure en 2004. Je la louais au départ à un prestataire de bed & breakfast, raconte le maître des lieux. A son départ, nous avons entamé des travaux de restauration et avons décidé que ce serait notre maison de campagne.» Le couple vit ici en alternance avec l’hôtel Max Hallet, aussi signé de l’architecte, à Bruxelles. C’est d’ailleurs leur quatrième maison Horta! «Dès que j’ai deux objets, je commence une collection», s’amuse Michel. Avec son épouse, il forme un couple à la ville comme au travail, dans le secteur immobilier. Et quand on leur demande comment on habite une telle habitation en 2022, ils répondent en chœur que c’est possible en apportant une touche contemporaine à travers le mobilier et les œuvres, pour ne pas avoir la sensation de vivre dans un musée. «Ce n’est pas l’Art nouveau qui me passionne, mais Victor Horta. Sa ligne n’est comparable à aucun autre, rien n’est laissé au hasard dans ses constructions», poursuit notre hôte. Une passion qui a conduit le tandem à prénommer ses enfants Victor et… Orta!

Le hall central est orné d’une tapisserie du peintre symboliste Emile Fabry qui collaborait souvent avec Horta. La banquette est signée Horta.
Le hall central est orné d’une tapisserie du peintre symboliste Emile Fabry qui collaborait souvent avec Horta. La banquette est signée Horta. © Jan Verlinde

Jardins en harmonie

Une azalée majestueuse, presque fluorescente.
Une azalée majestueuse, presque fluorescente. © Jan Verlinde

Entre 2016 et 2018, les jardins, qui avaient disparu avec le temps, ont été entièrement recréés. Le gros œuvre a été réalisé par l’entreprise Steve Delusinne. Mais le design et le choix des essences reviennent à Olga – «J’ai tout appris sur place. Je ne trouvais pas de paysagiste qui me satisfaisait, j’ai donc imaginé le jardin seule.» Le tracé des allées a été retrouvé grâce à une vue aérienne. «Michel pilotait le drone, explique-t-elle. Et moi je suivais le tracé des chemins avec notre tuyau d’arrosage jaune, à la recherche de la courbe d’origine.» Tandis que Léon, le paon, traverse le chemin, elle énumère les variétés de plantes: 20 acers, 29 rhododendrons, 30 azalées, 20 hortensias, 90 roses… Des centaines d’espèces savamment choisies. «Je ne voulais que des odorantes et des remontantes», nous explique-t-elle, avant de nous présenter ses centaines de croquis et de photos d’espaces verts qui l’ont inspirée, comme celui du Musée Van Buuren ou la Green Line de New York. «J’ai adoré, mais j’ai dû transposer cela ici. On ne peut pas marier n’importe quelle plante avec Horta. Ici, chaque façade a ses propres couleurs, explique-t-elle. J’ai imaginé chaque parterre d’elles.»

Aussi, devant une façade plus couverte de briques rouges, les tons chauds dominent. Du côté de la pierre bleue, on retrouve des essences d’un violet profond. Tout autour de la construction, plusieurs terrasses ont aussi été aménagées. «A l’époque d’Horta, on ne profitait pas du soleil comme nous le faisons de nos jours, relève Olga. Mais aujourd’hui, les petits déjeuners avec nos enfants y sont un vrai bonheur.» Et de conclure: «Une maison Horta appelle la présence des gens, c’est le partage de la joie de vivre.»

Dans la salle à manger, à droite de la cheminée, Horta a dessiné un meuble passe-plat qui pivote vers l’arrière-cuisine. Encadrant la cheminée, les toiles murales peintes par Albert Ciamberlani.
Dans la salle à manger, à droite de la cheminée, Horta a dessiné un meuble passe-plat qui pivote vers l’arrière-cuisine. Encadrant la cheminée, les toiles murales peintes par Albert Ciamberlani. © Jan Verlinde
Victor Horta
– Il est né en 1861 à Gand, mort en 1947 à Bruxelles, et est – s’il faut le rappeler – le principal acteur de l’Art nouveau en Belgique.
– Il a notamment révolutionné le plan de la maison traditionnelle, en créant des espaces fluides qui laissent passer le soleil par des verrières et des puits de lumière.
– Il dessine chaque détail, jusqu’au mobilier, tapis et luminaires. Ses matériaux de prédilection sont le fer, le verre et la pierre. Son architecture organique est inspirée de la nature, sa ligne en coup de fouet est sa signature.
– Mais l’Art nouveau passe rapidement de mode, et beaucoup de ses constructions sont détruites dans les années 60 comme la Maison du Peuple et le magasin A l’Innovation.
– A Bruxelles, il construit de nombreux hôtels de maître et le Palais des beaux-arts. Sa maison-atelier personnelle, à Saint-Gilles, se visite, c’est le musée Horta.
hortamuseum.be

Des visites sont possibles. Infos: ontdekronse.be/fr/victor-horta-la-villa-carpentier. Une visite est programmée le dimanche 19 juin à 10h30 en français et à 14h en néerlandais. Réservations: toerisme@ronse.be. Le lieu peut aussi être loué pour des événements privés: victorhorta.be

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