"Une partie oubliée de notre corps" : c'est ainsi que la spécialiste du plancher pelvien Hedwig Neels, de l'université d'Anvers et de l'UZA, décrit notre plancher pelvien. Nous savons qu'il existe, mais ce qu'il est, ce qu'il contient et pourquoi il est important, nous ne le réalisons souvent pas du tout. Les manuels d'anatomie et les cours de médecine lui accordent peu d'attention, alors qu'il s'agit - littéralement - d'une partie centrale de notre corps. Non seulement chez les femmes, mais aussi chez les hommes et les enfants. Si on en sait quelque chose, c'est souvent qu'il est constitué de muscles, mais on sait moins qu'il contient également des sorties pour des organes importants comme la vessie, les intestins et l'utérus. Le plancher pelvien est également constitué de tissus suspendus tels que des tendons, des ligaments et des fascias (membranes fibro-élastiques), et que tout est contrôlé par des nerfs, tant périphériques que cérébraux. C'est une partie complexe de notre corps, et quelque chose peut donc mal tourner du côté de notre plancher pelvien à de nombreux niveaux".

Qualité de vie

Et c'est le cas. Une femme enceinte sur deux aura des fuites urinaires à un moment donné, une sur trois aura des fuites post-partum et une sur huit aura des fuites de selles. Les jeunes mères se demandent souvent si elles pourront sauter sur un trampoline sans s'inquiéter de ce qui va se passer, explique la kinésithérapeute, spécialiste des problématiques périnatales. Plus tard, 50 à 70 % des femmes ménopausées connaissent des problèmes du plancher pelvien, qu'il s'agisse de la miction, de l'évacuation des selles ou de la douleur pendant les rapports sexuels. En soi, c'est assez normal, étant donné le stress physique de la grossesse, de l'accouchement puis de l'effet du changement d'hormones au moment de la ménopause. Le problème est que, souvent, nous ne savons pas ce qui est normal et ce qui ne l'est pas."

Il existe de nombreux outils et thérapies pour traiter les problèmes du plancher pelvien, notamment la méthode Kegel, mais aussi désormais des applications high tech, Getty Images
Il existe de nombreux outils et thérapies pour traiter les problèmes du plancher pelvien, notamment la méthode Kegel, mais aussi désormais des applications high tech © Getty Images

"En parler ou poser des questions à ce sujet est encore tabou", reconnait Hedwig Neels, "parce que cela concerne une zone intime, la vessie, les selles, les matières fécales et le sexe. Je comprends que nous ne mettions pas tout cela sur la table, mais si nous restons ignorants à ce sujet, nous finissons souvent par nous sentir coupables lorsque quelque chose va mal. Les femmes pensent rapidement qu'elles font quelque chose de mal, ou qu'elles n'ont pas fait assez d'efforts pour renforcer ces muscles, par exemple. Et puis il y a la honte. Un problème comme les fuites urinaires peut amener les gens à réduire leur activité physique et limiter leur vie sociale, moins manger ou boire pour réduire le besoin d'uriner. S'inquiéter des fuites d'urine pendant les rapports sexuels et, bien sûr, la douleur pendant ces rapports peut également affecter la sexualité. Ces éléments ont un impact profond sur notre qualité de vie. Il est donc important de reconnaître les problèmes et de trouver des solutions".

Ainsi, faire des exercices simples ne fait pas de mal. Mais le plancher pelvien étant une partie très complexe de notre corps, il n'existe pas de solutions toutes faites pour remédier aux différents maux.

Est-ce que je le fais bien ?

Peut-être avons-nous besoin d'une "révolution du plancher pelvien", et Neels en fait peut-être un peu partie. Kinésithérapeute et physiothérapeute du plancher pelvien, ses recherches doctorales portaient sur le sujet, et elle est l'une des fondatrices de thepelvicfloor.be, un site d'information sur le sujet abrité par l'Université d'Anvers. Elle est aussi l'auteure de Het Bekkenbodemboek (Le livre du plancher pelvien), qui sera publié aux éditions Lannoo à la mi-septembre.

Quand la presse fait mention du plancher pelvien, c'est souvent pour évoquer quelques exercices simples. Il n'y a rien de mal à cela, mais comme il s'agit d'une partie très complexe de notre corps, il n'existe pas de solutions toutes faites. La prévention est importante, et parfois quelques conseils simples offrent une solution. Mais souvent non. Une route cahoteuse, c'est ainsi que je la décris parfois, mais la bonne nouvelle est qu'il existe des solutions. Pour éviter que la qualité de vie ne se détériore, les personnes qui rencontrent des problèmes devraient en parler à leur famille ou à leur médecin traitant. Car pratiquer moins d'exercice, passer moins de temps à l'extérieur, rencontrer des problèmes sexuels - tout cela peut entraîner une cascade d'autres problèmes physiques et psychologiques. Parce que nous vivons désormais plus longtemps, et que nous voulons rester actif, les problèmes deviennent plus visibles. Ce qui est frappant, c'est que les problèmes qui touchent le plancher pelvien peuvent faire que cette partie du corps devient un poids pour la personne qui les rencontre, et qu'on a l'impression qu'elle souhaite alors la faire disparaître."

Comment aller aux toilettes correctement est une entrée en matière quelque peu irrévérencieuse de nombreux conseils liés à notre plancher pelvien. Mais c'est important, car ce n'est pas parce que nous le faisons depuis avant notre naissance que nous le ferons toujours correctement. Un bon comportement vésical est crucial. Se détendre, se déshabiller correctement, uriner - voilà quelques conseils simples qui sont bons pour notre plancher pelvien. Nos habitudes en matière de boisson et d'alimentation contribuent également à prévenir et à résoudre les problèmes, et le stress a également un effet.

Les exercices peuvent résoudre beaucoup de problèmes, et la physiothérapie peut aider. Quelque chose que beaucoup de gens ne savent pas. En Belgique, la kinésithérapie postnatale et la fameuse "éducation du plancher pelvien", où l'on apprend à comprendre le plancher pelvien, sont même remboursées, et pourtant on y a bien trop peu recours. D'où toutes nos initiatives. Diffuser des informations et veiller à ce que les gens demandent de l'aide lorsqu'ils en ont besoin. Et qu'advienne cette fameuse révolution alors, pour un plus grand bien-être, et plus durable.

Het Bekkenbodemboek de Hedwig Neels, publié par Lannoo, sortie le 14 septembre.

Thepelvicfloor.be (également sur Instagram et Facebook)

"Une partie oubliée de notre corps" : c'est ainsi que la spécialiste du plancher pelvien Hedwig Neels, de l'université d'Anvers et de l'UZA, décrit notre plancher pelvien. Nous savons qu'il existe, mais ce qu'il est, ce qu'il contient et pourquoi il est important, nous ne le réalisons souvent pas du tout. Les manuels d'anatomie et les cours de médecine lui accordent peu d'attention, alors qu'il s'agit - littéralement - d'une partie centrale de notre corps. Non seulement chez les femmes, mais aussi chez les hommes et les enfants. Si on en sait quelque chose, c'est souvent qu'il est constitué de muscles, mais on sait moins qu'il contient également des sorties pour des organes importants comme la vessie, les intestins et l'utérus. Le plancher pelvien est également constitué de tissus suspendus tels que des tendons, des ligaments et des fascias (membranes fibro-élastiques), et que tout est contrôlé par des nerfs, tant périphériques que cérébraux. C'est une partie complexe de notre corps, et quelque chose peut donc mal tourner du côté de notre plancher pelvien à de nombreux niveaux".Et c'est le cas. Une femme enceinte sur deux aura des fuites urinaires à un moment donné, une sur trois aura des fuites post-partum et une sur huit aura des fuites de selles. Les jeunes mères se demandent souvent si elles pourront sauter sur un trampoline sans s'inquiéter de ce qui va se passer, explique la kinésithérapeute, spécialiste des problématiques périnatales. Plus tard, 50 à 70 % des femmes ménopausées connaissent des problèmes du plancher pelvien, qu'il s'agisse de la miction, de l'évacuation des selles ou de la douleur pendant les rapports sexuels. En soi, c'est assez normal, étant donné le stress physique de la grossesse, de l'accouchement puis de l'effet du changement d'hormones au moment de la ménopause. Le problème est que, souvent, nous ne savons pas ce qui est normal et ce qui ne l'est pas.""En parler ou poser des questions à ce sujet est encore tabou", reconnait Hedwig Neels, "parce que cela concerne une zone intime, la vessie, les selles, les matières fécales et le sexe. Je comprends que nous ne mettions pas tout cela sur la table, mais si nous restons ignorants à ce sujet, nous finissons souvent par nous sentir coupables lorsque quelque chose va mal. Les femmes pensent rapidement qu'elles font quelque chose de mal, ou qu'elles n'ont pas fait assez d'efforts pour renforcer ces muscles, par exemple. Et puis il y a la honte. Un problème comme les fuites urinaires peut amener les gens à réduire leur activité physique et limiter leur vie sociale, moins manger ou boire pour réduire le besoin d'uriner. S'inquiéter des fuites d'urine pendant les rapports sexuels et, bien sûr, la douleur pendant ces rapports peut également affecter la sexualité. Ces éléments ont un impact profond sur notre qualité de vie. Il est donc important de reconnaître les problèmes et de trouver des solutions".Est-ce que je le fais bien ?Peut-être avons-nous besoin d'une "révolution du plancher pelvien", et Neels en fait peut-être un peu partie. Kinésithérapeute et physiothérapeute du plancher pelvien, ses recherches doctorales portaient sur le sujet, et elle est l'une des fondatrices de thepelvicfloor.be, un site d'information sur le sujet abrité par l'Université d'Anvers. Elle est aussi l'auteure de Het Bekkenbodemboek (Le livre du plancher pelvien), qui sera publié aux éditions Lannoo à la mi-septembre.Quand la presse fait mention du plancher pelvien, c'est souvent pour évoquer quelques exercices simples. Il n'y a rien de mal à cela, mais comme il s'agit d'une partie très complexe de notre corps, il n'existe pas de solutions toutes faites. La prévention est importante, et parfois quelques conseils simples offrent une solution. Mais souvent non. Une route cahoteuse, c'est ainsi que je la décris parfois, mais la bonne nouvelle est qu'il existe des solutions. Pour éviter que la qualité de vie ne se détériore, les personnes qui rencontrent des problèmes devraient en parler à leur famille ou à leur médecin traitant. Car pratiquer moins d'exercice, passer moins de temps à l'extérieur, rencontrer des problèmes sexuels - tout cela peut entraîner une cascade d'autres problèmes physiques et psychologiques. Parce que nous vivons désormais plus longtemps, et que nous voulons rester actif, les problèmes deviennent plus visibles. Ce qui est frappant, c'est que les problèmes qui touchent le plancher pelvien peuvent faire que cette partie du corps devient un poids pour la personne qui les rencontre, et qu'on a l'impression qu'elle souhaite alors la faire disparaître."Comment aller aux toilettes correctement est une entrée en matière quelque peu irrévérencieuse de nombreux conseils liés à notre plancher pelvien. Mais c'est important, car ce n'est pas parce que nous le faisons depuis avant notre naissance que nous le ferons toujours correctement. Un bon comportement vésical est crucial. Se détendre, se déshabiller correctement, uriner - voilà quelques conseils simples qui sont bons pour notre plancher pelvien. Nos habitudes en matière de boisson et d'alimentation contribuent également à prévenir et à résoudre les problèmes, et le stress a également un effet.Les exercices peuvent résoudre beaucoup de problèmes, et la physiothérapie peut aider. Quelque chose que beaucoup de gens ne savent pas. En Belgique, la kinésithérapie postnatale et la fameuse "éducation du plancher pelvien", où l'on apprend à comprendre le plancher pelvien, sont même remboursées, et pourtant on y a bien trop peu recours. D'où toutes nos initiatives. Diffuser des informations et veiller à ce que les gens demandent de l'aide lorsqu'ils en ont besoin. Et qu'advienne cette fameuse révolution alors, pour un plus grand bien-être, et plus durable.