Le mascara agrandit les yeux, le fond de teint atténue l'acné, le rouge à lèvres les dessine. En résumé: le make-up accentue les qualités tout en gommant les défauts. Mais depuis un moment, il délaisse ce rôle pour devenir un outil d'expression. Une façon de sortir du lot. "Le maquillage a dépassé le stade de simple camouflage des imperfections. C'est un nouveau moyen de créativité. Vous portez du rouge à lèvres pour vous, et non pas parce que les autres vous regardent", écrit la journaliste beauté new-yorkaise Kari Molvar dans son nouveau livre The New Beauty, qui paraîtra le 12 mai chez Gestalten. "La définition de la beauté n'est plus dictée par la société, mais bien par l'individu. Aujourd'hui, la beauté n'est plus une question de se conformer, ou de rentrer dans le moule, mais bien un moyen de raconter votre histoire."
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Le mascara agrandit les yeux, le fond de teint atténue l'acné, le rouge à lèvres les dessine. En résumé: le make-up accentue les qualités tout en gommant les défauts. Mais depuis un moment, il délaisse ce rôle pour devenir un outil d'expression. Une façon de sortir du lot. "Le maquillage a dépassé le stade de simple camouflage des imperfections. C'est un nouveau moyen de créativité. Vous portez du rouge à lèvres pour vous, et non pas parce que les autres vous regardent", écrit la journaliste beauté new-yorkaise Kari Molvar dans son nouveau livre The New Beauty, qui paraîtra le 12 mai chez Gestalten. "La définition de la beauté n'est plus dictée par la société, mais bien par l'individu. Aujourd'hui, la beauté n'est plus une question de se conformer, ou de rentrer dans le moule, mais bien un moyen de raconter votre histoire." Kari Molvar, qui écrit entre autres pour Vogue et T Magazine, explique dans son bouquin que le fait de se peinturlurer ainsi le visage existe depuis des siècles. Dans toutes les cultures et pour toutes sortes de raisons. Par exemple, dans l'Antiquité comme protection contre le soleil, à la Renaissance pour confirmer son statut social et au XXe siècle comme symbole de la libération de la femme. Au XXIe siècle, ces motivations sont toutefois dépassées. Mettre de la couleur sur sa figure est désormais une manière totalement personnelle de se découvrir, affirme la journaliste. Cette tendance ne date pas d'hier. Pensez par exemple à Boy George ou encore à Madonna qui arboraient du fard à paupières de toutes les nuances dans les années 80. C'était également l'époque du trait de crayon bleu métallique. Ces tonalités sont l'expression de l'optimisme et de la foi en l'avenir, qui semblait prometteur en ce temps-là, notamment grâce aux nombreuses innovations technologiques. Et c'est précisément à cette période que le visagiste Paul Van Rompaey s'est lancé. Désormais, il travaille pour Yves Saint Laurent et Urban Decay, une marque pionnière en termes de couleurs. "Ça faisait un moment que je voyais venir cette tendance colorée et ludique. Tout le monde l'attendait. Il était grand temps de dire adieu aux visages plâtrés à la Kim Kadashian, contouring et sourcils dessinés. Plus les visages sont parfaits, plus ils sont ennuyeux. Cette tendance est totalement différente. J'y vois un reflet des années 90 et 60, notamment en termes d'attitude. C'est du néo-grunge et du néo-hippie, qui brisent toutes les règles existantes. C'est ça qui est amusant. Il ne s'agit pas de savoir quelle couleur correspond à votre peau, mais de savoir ce que vous avez envie de faire à tel moment." A en croire Paul Van Rampaey, cette vogue courra bientôt les rues. "S'il y avait une véritable saison des festivals cette année, les champs seraient envahis de ce genre de make-up. J'en suis certain. Je vois cette tendance comme le pendant beauté des jeans des années 80, qui tuent la silhouette mais donnent de la personnalité."Les marques de cosmétiques sont déjà dans les starting-blocks, attendant que cette vague décolle à grande échelle. Chaque marque, de Chanel à Hema, a ajouté des tons vifs dans sa palette. Cela nourrit la tendance, indique la visagiste Florence Teerlinck: "Puisqu'on retrouve une vaste offre abordable, les jeunes peuvent clairement expérimenter. Et c'est ce qu'ils font." Florence Teerlinck travaille régulièrement comme bras droit d'Inge Grognard, l'une des maquilleuses les plus légendaires de Belgique qui affectionne justement les coloris qui claquent. Pour le dernier défilé de Christian Wijnants, elle a maquillé les modèles d'un généreux fard à paupières vert. Ou encore, lors d'un défilé de Dries Van Noten l'année dernière, elle a imaginé des raies latérales de couleur fluo. Pour la make-up artist, Inge reste une grande source d'inspiration: "Ce qu'elle a fait dans les années 90 demeure avant-gardiste aujourd'hui. Dans une certaine mesure, le maquillage tant vanté de la série Euphoria lui est redevable. C'était la première fois qu'un maquillage aussi peu conventionnel passait à la télévision. D'ailleurs, j'ai pris des tas de captures d'écran pour m'en inspirer. Ce que j'aime là-dedans - en dehors de l'expérimentation de couleurs et de formes - c'est que l'identité, la psychologie et l'humeur du personnage coïncident avec son make-up." Pas étonnant dès lors que cette nouvelle tendance full color soit toujours évoquée en même temps que la série à succès. L'observatrice des tendances britannico-américaine Lucie Greene reconnaît également l'influence de ce programme: "Euphoria a fait découvrir le maquillage graphique aux teintes fluo au grand public. Tout comme Billie Eilish avec ses cheveux vert flash et ses ongles exagérément longs. Ces couleurs vives et ces combinaisons inhabituelles font partie d'une cyber esthétique typique qui imprègne toujours plus la vie quotidienne, en partie à cause de la popularité croissante des jeux vidéo." Derrière ces mises en beauté saisissantes pour le petit écran: Doniella "Donni" Davy, ce qui lui a même valu un Emmy Award l'année dernière. Son audace et sa créativité en ont inspiré plus d'un à se déchaîner sur leur propre visage. Il suffit d'explorez le hashtag #euphoriamakeup sur Instagram pour s'en persuader... "Dire que le travail de Doniella Davy a lancé un nouveau mouvement est un euphémisme, peut-on lire dans le magazine Vogue. En mêlant la réalité de l'adolescence à la fantaisie de l'évasion, elle a catapulté l'obsession du maquillage de la génération Z, et son expérimentation débridée, vers le grand public." Euphoria est d'ailleurs totalement à l'image de cette génération Z non-conformiste. Ces jeunes sont bien plus créatifs et expressifs que les millénnials, nés entre le début des années 80 et la fin des années 90, et se prennent bien moins au sérieux. Cela se ressent également dans cette façon ludique, humoristique et ironique de jouer avec les palettes. Certains y voient aussi un lien avec la crise sanitaire: "Durant la pandémie, l'expérimentation autour du maquillage a pris un tout autre sens, estime le visagiste belge Peter Philips, directeur créatif de Dior Beauty. Les moments où vous pouvez en porter sont devenus plus rares et plus précieux. Pendant des années, c'était pour beaucoup une routine, désormais c'est quelque chose d'exceptionnel." Le magazine Wallpaper fait également le rapprochement. Dans un article sur l'avenir de la beauté à l'ère post-Covid, on a pu y lire: "L'omniprésence des masques buccaux et les innombrables heures passées à l'intérieur ont créé un nouveau paysage cosmétique: ludique, expérimental et coloré. Préparez-vous à des combinaisons de couleurs inattendues, appliquées de manière innovante."