Opinion

Mailys Chavagne

Comment peut-on encore aujourd’hui, récompenser un dresseur de fauves?

Mailys Chavagne Journaliste Web

Dimanche 20 janvier, sur le rocher, était décerné pour la 43e fois le Clown d’or – récompense ultime du Festival du cirque de Monte-Carlo – à Martin Lacey Jr, dresseur de fauves britannique considéré comme l’un des meilleurs dompteurs d’animaux dans le monde du cirque. En 2019, alors que toujours plus de pays interdisent la présence d’animaux dans les cirques, est-il encore admissible de récompenser, sous les strass et les ors d’une principauté, un dresseur d’animaux sauvages, rendus captifs pour notre seul divertissement ?

Levé du rideau, Martin Lacey Jr entre sur la piste, séparé du public par de grandes barrières. La cage est exigée pour protéger les spectateurs des félins. Et de félins, il n’en manque pas… Plusieurs lionnes entourent l’homme, « le roi de la jungle » les surplombant sur son tabouret. Bâton en main, voilà que l’un des plus grands dresseurs de fauves du monde ordonne à « ses » bêtes de réaliser quelques tours. Il lui faut toutefois beaucoup de patience pour parvenir à faire bouger les femelles récalcitrantes.

Si aujourd’hui, 41 pays (dont 19 en Europe) ont pris la décision d’interdire la présence d’animaux dans les cirques, le Festival du Cirque de Monte-Carlo perpétue, quant à lui, la tradition. Il s’agit pourtant d’une pratique archaïque dont la seule ambition est de faire rire la galerie et d’émerveiller les enfants en faisant souffrir des animaux sauvages. J’ai beau avoir gardé mon âme d’enfant, cela ne m’émerveille absolument pas. Bien au contraire. « Mais que vous y allez fort, « souffrir », quel grand mot !« , entends-je déjà d’ici. Or, est-il abusé de considérer qu’un animal sauvage, même né en captivité, n’est pas fait pour bondir, se rouler par terre ou faire le beau au moindre ordre donné par l’homme.

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« La défense animale est à la mode, c’est comme être végétarien, végan, etc, c’est un petit truc bobo qui consiste à s’occuper des animaux plus que des êtres humains« , déclarait en janvier dernier la princesse Stéphanie de Monaco. « Non, tous les animaux de cirque ne sont pas malheureux! « , insistait-elle, avant d’entamer les démarches pour faire inscrire le cirque traditionnel au Patrimoine culturel de l’Unesco. J’ose pourtant espérer que la reconnaissance et la protection des animaux sont plus qu’une simple mode. J’y vois plutôt un éveil des esprits, une prise de conscience face à la maltraitance animale. Une prise de conscience qui se traduit aussi par la multiplication des organismes qui oeuvrent à protéger nos amis à poils, plumes ou écailles. André-Joseph Bouglione, héritier d’une grande lignée de circassiens, a d’ailleurs pris la décision d’arrêter les spectacles de cirques avec animaux. La fondation 30 millions d’amis met, elle aussi, tout en oeuvre pour mettre un terme à cette pratique. Elle sauve et achemine les animaux de cirque – confisqués à titre définitif par la justice – vers des structures adaptées à leurs besoins, et finance leur réhabilitation.

Car même si les moeurs au coeur du cirque ont évolué, même si l’époque des fouets qui claquent est révolue (ou presque), la vérité est que ces félins passent une vie entière enfermés dans des cages, trimballés de gauche à droite et simplement réduits en esclavage. Après tout cela, peut-on encore dire que « tous les animaux de cirque ne sont pas malheureux ? ». Qui pourrait en attester ? Je vous assure pourtant que le félin qui me tient compagnie n’a pas une once d’obéissance en lui. Il fait ce qu’il veut, quand il veut, où il veut (quand ce ne sont des bêtises, il s’agit essentiellement de manger ou dormir) et ce n’est pas l’éducation que je lui ai donnée qui va changer grand-chose. Je n’attends pas de lui qu’il fasse le beau, ni même qu’il accoure à ma rencontre lorsque je crie son nom (même si j’avoue avoir secoué plusieurs fois le sachet de croquettes pour l’attirer).

La présidente du Festival International du Cirque de Monte-Carlo peut très bien ne pas être d’accord avec les nouvelles lois, mais offrir la plus grande récompense à un dresseur de lions, même mondialement reconnu, ressemble à une provocation, voire du mépris quant aux problématiques animales et aux évolutions de la société. Un cirque peut très bien fonctionner sans animaux, l’institution de renommée internationale Le Cirque du Soleil en est la preuve. Admirer clowns et acrobates voltiger et virevolter parce qu’ils ont choisi ce métier me semble plus intéressant que de rester planté, bouche bée, à observer des êtres vivants forcés de se produire contre leur volonté.

Mais si, comme la princesse de Monaco, l’idée d’un cirque sans animaux vous est insupportable, encouragez plutôt la présence d’animaux domestiques, tels que les chevaux ou les chiens, pour qui se produire en spectacle tient davantage du jeu. Sur ces mots, je m’en vais nourrir mon petit monstre, qui ne semble obéir que lorsque je tiens ses croquettes en otage. Qu’elle est belle l’éducation ! Ce n’est pas demain la veille que je décrocherai ce fameux clown d’or…

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