Vous avez dit "résilience" ? En voici un bel exemple. Il n'aura pas fallu une semaine à Karen Torosyan pour transformer à la force des poignets son établissement, Bozar Restaurant, en un comptoir improvisé répondant au nom de "Casse-Croûte" (un intitulé qui renvoie à la spécialité de ce chef dont la notoriété a explosé en 2015 lorsqu'il est devenu champion du monde de pâté en croûte à Tain-l'Hermitage). L'accouchement s'est effectué dans la douleur. Sous ordre fédéral, il s'est d'abord agi de "serrer l'activité" en mettant 18 personnes au chômage technique. Du coup, "le restaurant est congelé", déplore l'intéressé. À la place, Karen Torosyan a imaginé un lieu réduit à l'essentiel - en caricaturant à peine: une table de travail en inox sur roulettes, un chariot de type boulangerie et un flacon de gel hydroalcoolique.

Le Casse-Croûte, de Karen Torosyan, DR
Le Casse-Croûte, de Karen Torosyan © DR

Voilà nous avons ouvert aujourd’hui notre petite boutique « Casse-Croûte par Karen Torosyan » !!! Ça n’a pas été facile de tout mettre en place en une semaine car je cuisine tout seul et mon équipe me manque terriblement... Mais attention! Je ne suis pas tout seul! Nous sommes DEUX, Nani Lee et moi!!! Ella a toujours été et elle est encore plus aujourd’hui mon moteur, mon associé, mon amour, mon antivirus ♥️♥️♥️ Vous avez été très nombreux à passer vos commandes hier et aujourd’hui, MERCIIII 🙏🙏🙏 N’oubliez pas, Nous sommes ouvert de mardi à samedi de 11h00 à 14h00 et de 16h00 à 19h00. À venir chercher au Restaurant. Sur rendez-vous et 1 personne à la fois 😷🧤🧴

Geplaatst door Karen Torosyan op Dinsdag 24 maart 2020

Casse-Croûte permet de venir chercher, à condition d'être dans le périmètre concerné, de la charcuterie cuisinée façon jambon persillé (12 euros pièce), pâté en croûte canard, cochon & foie gras (16 euros la tranche), voire plat préparé comme une tourte charcutière porc & veau sauce morilles pour deux personnes (39 euros) "L'ADN de ma cuisine" précise le cuisinier étoilé. (voir ci-dessous la carte in extenso).

Voilà ce qui arrive quand je suis seul en cuisine 😉! À venir chercher au restaurant, Sur rendez-vous et 1 personne à la fois 😷 À partir de mardi 24/03 ♥️♥️♥️

Geplaatst door Karen Torosyan op Zondag 22 maart 2020

Sur place, ce Belge d'origine arménienne est bien conscient de ce qu'il fait. Au téléphone, son débit de parole est celui d'une mitraillette, l'émotion est palpable. "Le risque 0 n'existe pas, j'en suis conscient. Mais croyez-moi je prends toutes les précautions possibles et imaginables. Je suis absolument seul pour tout faire, de la cuisine à la plonge, en passant par la vente et la prise de commande. La porte extérieure est fermée à clé car on n'entre ici que sur rendez-vous pris par téléphone. Je laisse 30 minutes entre chaque client. Quand quelqu'un entre il doit être seul et je maintiens en permanence une distance de 2 mètres avec lui. Je change mon masque après quatre heures, je change mes gants, je désinfecte les poignées de porte et le comptoir. Je spray en permanence. Les paiements se font par virements ou par smartphone. Je fais tout ce que je peux pour éviter le risque à chaque personne qui franchit ma porte... mais aussi à moi-même car je rentre tous les soir à la maison, j'ai une femme et suis le père de deux magnifiques filles !"

Je veux faire face aux problèmes debout dans ma cuisine et pas dans mon canapé devant Netflix

Patés en croûte du champion du monde, Karen Torosyan, DR
Patés en croûte du champion du monde, Karen Torosyan © DR

Quand on demande le pourquoi de cette initiative à ce talent réputé pour être un bosseur hors-pair, il travaille entre 15 et 18 heures par jour, la réponse ne se fait pas attendre : "Je suis resté une journée à la maison, impossible de mariner plus longtemps. Je veux faire face aux problèmes debout dans ma cuisine et pas dans mon canapé devant Netflix. J'ai deux soeurs, l'une est généraliste, l'autre est infirmière, elles sont obligées de prendre cette pandémie à bras le corps. J'estime qu'il est de mon devoir de continuer à nourrir les gens, je n'ai jamais caché la reconnaissance que j'avais envers la Belgique, pays qui m'a offert ma chance. Sans compter qu'après la crise sanitaire va arriver une crise économique, ce que je gagne maintenant va m'aider à tenir le coup pour la suite. Mon restaurant, c'est l'ambition ultime de ma vie, je ne peux pas y renoncer. Je me bats aujourd'hui pour construire demain. Je veux pouvoir offrir des perspectives à mon équipe quand je la récupèrerai. J'attends avec impatience ce moment où je pourrai à nouveau lui serrer la main."

Casse-Croûte, 3, rue Baron Horta, à 1000 Bruxelles. Tél. : 0496 700 527. Karen.torosyan@bozarrestaurant.be Ouvert du mardi au samedi, de 11h à 14h et de 16h à 19h.

Vous avez dit "résilience" ? En voici un bel exemple. Il n'aura pas fallu une semaine à Karen Torosyan pour transformer à la force des poignets son établissement, Bozar Restaurant, en un comptoir improvisé répondant au nom de "Casse-Croûte" (un intitulé qui renvoie à la spécialité de ce chef dont la notoriété a explosé en 2015 lorsqu'il est devenu champion du monde de pâté en croûte à Tain-l'Hermitage). L'accouchement s'est effectué dans la douleur. Sous ordre fédéral, il s'est d'abord agi de "serrer l'activité" en mettant 18 personnes au chômage technique. Du coup, "le restaurant est congelé", déplore l'intéressé. À la place, Karen Torosyan a imaginé un lieu réduit à l'essentiel - en caricaturant à peine: une table de travail en inox sur roulettes, un chariot de type boulangerie et un flacon de gel hydroalcoolique. Casse-Croûte permet de venir chercher, à condition d'être dans le périmètre concerné, de la charcuterie cuisinée façon jambon persillé (12 euros pièce), pâté en croûte canard, cochon & foie gras (16 euros la tranche), voire plat préparé comme une tourte charcutière porc & veau sauce morilles pour deux personnes (39 euros) "L'ADN de ma cuisine" précise le cuisinier étoilé. (voir ci-dessous la carte in extenso).Sur place, ce Belge d'origine arménienne est bien conscient de ce qu'il fait. Au téléphone, son débit de parole est celui d'une mitraillette, l'émotion est palpable. "Le risque 0 n'existe pas, j'en suis conscient. Mais croyez-moi je prends toutes les précautions possibles et imaginables. Je suis absolument seul pour tout faire, de la cuisine à la plonge, en passant par la vente et la prise de commande. La porte extérieure est fermée à clé car on n'entre ici que sur rendez-vous pris par téléphone. Je laisse 30 minutes entre chaque client. Quand quelqu'un entre il doit être seul et je maintiens en permanence une distance de 2 mètres avec lui. Je change mon masque après quatre heures, je change mes gants, je désinfecte les poignées de porte et le comptoir. Je spray en permanence. Les paiements se font par virements ou par smartphone. Je fais tout ce que je peux pour éviter le risque à chaque personne qui franchit ma porte... mais aussi à moi-même car je rentre tous les soir à la maison, j'ai une femme et suis le père de deux magnifiques filles !" Quand on demande le pourquoi de cette initiative à ce talent réputé pour être un bosseur hors-pair, il travaille entre 15 et 18 heures par jour, la réponse ne se fait pas attendre : "Je suis resté une journée à la maison, impossible de mariner plus longtemps. Je veux faire face aux problèmes debout dans ma cuisine et pas dans mon canapé devant Netflix. J'ai deux soeurs, l'une est généraliste, l'autre est infirmière, elles sont obligées de prendre cette pandémie à bras le corps. J'estime qu'il est de mon devoir de continuer à nourrir les gens, je n'ai jamais caché la reconnaissance que j'avais envers la Belgique, pays qui m'a offert ma chance. Sans compter qu'après la crise sanitaire va arriver une crise économique, ce que je gagne maintenant va m'aider à tenir le coup pour la suite. Mon restaurant, c'est l'ambition ultime de ma vie, je ne peux pas y renoncer. Je me bats aujourd'hui pour construire demain. Je veux pouvoir offrir des perspectives à mon équipe quand je la récupèrerai. J'attends avec impatience ce moment où je pourrai à nouveau lui serrer la main."