"Nous n'avons jamais été le genre de famille qui considère qu'un sandwich est un déjeuner, affirme la matriarche, Rosita Missoni, dans The Missoni Family Cookbook. Nous cuisinons vraiment." Et les rédacteurs de mode sont bien placés pour le savoir car, hors pandémie, les dîners qui suivent habituellement le show de la marque éponyme, à Milan, sont légendaires. Les mets de saison traditionnels présentés dans des services vintage de la maison font oublier la fatigue du voyage. De plus, les plats qui sont servis aux acheteurs et aux journalistes sont les mêmes que ceux que les Missoni dégustent à domicile, précise l'auteur du livre, Franscesco Maccapani Missoni, au magazine Wallpaper: "Le traiteur utilise nos recettes de famille afin de préserver l'aspect authentique."
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"Nous n'avons jamais été le genre de famille qui considère qu'un sandwich est un déjeuner, affirme la matriarche, Rosita Missoni, dans The Missoni Family Cookbook. Nous cuisinons vraiment." Et les rédacteurs de mode sont bien placés pour le savoir car, hors pandémie, les dîners qui suivent habituellement le show de la marque éponyme, à Milan, sont légendaires. Les mets de saison traditionnels présentés dans des services vintage de la maison font oublier la fatigue du voyage. De plus, les plats qui sont servis aux acheteurs et aux journalistes sont les mêmes que ceux que les Missoni dégustent à domicile, précise l'auteur du livre, Franscesco Maccapani Missoni, au magazine Wallpaper: "Le traiteur utilise nos recettes de famille afin de préserver l'aspect authentique." Les tricots colorés de Missoni sont la marque de fabrique de cette griffe high fashion. En 1953, Ottavio - qui a concouru aux 400 mètres haies aux jeux Olympiques - et son épouse Rosita ouvrent une usine de tricot dans le nord de l'Italie. Grâce à son style unique et à sa collaboration avec des designers remarquables, Missoni devient une des marques italiennes de prêt-à-porter les plus renommées des années 70. Les trois enfants de Rosita et Tai, qui ont grandi parmi les métiers à tisser, les fermetures Eclair et les patrons, se sont lancés tous les trois dans l'entreprise. Vittorio en était le CEO jusqu'à son décès dans un accident d'avion en 2013, Luca dirige les vastes archives et Angela est directrice créative depuis 1996. C'est le fils de cette dernière, Francesco, qui a collecté les recettes du livre - "Je trouve la mode palpitante, mais la nourriture est ma plus grande passion." Comme on dit en Italie, cet homme est "una bonna forchetta". Diplômé en architecture, il habite actuellement à Milan, où il dirige une start-up, mais il rentre tous les week-ends chez sa mère à Sumirago, où les tablées sont rarement de moins de dix personnes. Le répertoire de recettes est vaste, et certaines remontent à quatre générations. "Dans ma famille, savoir cuisiner était inné. Ma mère savait reproduire à la perfection un plat qu'elle avait goûté quelque part", se targue Rosita. Le déjeuner de Noël demeure inchangé depuis l'époque de la grand-mère de Rosita: polpetta con besciamella, ou boulettes à la béchamel. Ce n'est pas un hasard si Francesco a collecté les recettes, précise Angela: "Il doit sa passion pour la bonne chère à un double héritage. Chez les Missoni, ce sont les femmes - ma mère et moi - qui règnent sur les fourneaux, mais du côté de son père, ce sont les hommes. Il voyait souvent ses deux parents s'affairer en cuisine." Bien qu'Angela dirige, depuis 1996, un prestigieux empire de la mode et du design intérieur, elle prend toujours le temps de recevoir des convives, écrit Francesco: "Lorsque j'étais petit, il y avait tout le temps des invités glamour du monde de l'art et de la musique qui venaient tout au nord de l'Italie pour participer aux fêtes que ma mère organisait. Et quand elle voulait passer du temps avec mes soeurs et moi, c'était souvent la cuisine. Telle était sa conception du jeu avec ses enfants. Petit, j'ai préparé beaucoup de desserts: tiramisu, pudding au chocolat, biscuits et tartelettes aux fruits. C'était une sorte de jeu, et j'aimais observer ce qui se passait en cuisine. C'est ainsi que j'ai beaucoup appris."Son grand-père Tai, qui lui préparait souvent ses légendaires gambas grillées, lui a notamment appris qu'il ne faut pas lésiner sur l'huile d'olive et l'ail, car ces condiments relèvent merveilleusement le goût. Quant à "nonna" Rosita, elle emmenait régulièrement ses enfants et petits-enfants à la cueillette de champignons dans les montagnes. "Aucun d'entre nous n'arrivait à suivre sa cadence. Un jour, nous avons trouvé un porcino tellement grand que la famille a cru que c'était un poulet que nonna avait mis au four." A l'origine, ce livre était un projet personnel, déclare-t-il à l'édition britannique du magazine Grazia: "J'ai commencé à rassembler nos recettes familiales il y a environ six ans. Simplement pour ma famille, mes amis et moi." Mais après deux années à New York, l'homme s'est avoué déçu par la cuisine américaine. "Les Italiens ont le don de l'hospitalité, mais les New-Yorkais n'invitent presque pas à dîner chez eux. Alors, je me suis dit qu'il serait bon que je partage ces préparations avec le monde entier." La question est de savoir si les citadins US, peu enclins à se mettre aux fourneaux, s'essaieront aux recettes Missoni, car elles s'adressent à des cuisiniers expérimentés. Pas de salade "caprese" ni de simple sauce tomates donc, mais des plats à base de lentilles, de foie et de cardons. Minestrones et pots-au-feu relevés, bollito misto et plats de pâtes au four: le menu des Missoni témoigne de leur ancrage en Lombardie, où ils jouissent d'une vue sur les Alpes. Bien entendu, ils servent aussi des salades estivales, des sardines, du poulpe et des sorbets, en particulier dans leur maison de vacances en Sardaigne. En été, tout le clan s'y réunit, et des amis connus tels que Quincy Jones viennent leur rendre visite. "La cuisine des Missoni me donne le sourire", écrit le musicien américain dans la préface du livre. De nombreux plats sont teintés d'une influence croate, car le patriarche, Tai, est né là-bas. Il est arrivé à Trieste quand il était enfant, et a ensuite déménagé à Milan. Le livre comporte aussi une recette de mets asiatique. "Depuis presque quarante ans, Ligaya Mateo travaille comme cheffe pour ma grand-mère Rosita. Elle connaît toutes nos recettes de famille. Ses nouilles sautées philippines au poulet et à la sauce de soja sont un de mes plats préférés. Je ne m'en lasse pas, alors cette recette était indispensable." Certes, c'est un recueil de recettes familiales mais, lors de la rédaction de son bouquin, Francesco a dû faire appel à la Philippine Ligaya et au Sri-Lankais Nihal Nanaykkara, qui régit la cuisine de sa mère Angela depuis vingt-neuf ans. "Dans un livre comme celui-là, pas question d'écrire une pincée de ceci ou une poignée de cela, il fallait que les données soient exactes." "Plus c'est coloré, mieux c'est, insiste Francesco. Tant pour les imprimés que pour la nourriture." C'est pourquoi le livre et les mets sont aussi colorés que les vêtements de Missoni. "J'aime la cuisine authentique avec laquelle nous avons grandi à la campagne. Comme ma nonna Rosita a passé sa jeunesse dans une ferme, elle nous a transmis son amour du goût pur et de la nourriture qui vient tout droit de la nature. Nous consommons le plus souvent possible des produits locaux frais, préparons tout nous-mêmes, et de nombreux légumes et herbes aromatiques proviennent de notre jardin." Il a également dressé une liste de produits qui figurent souvent au menu ou qui se trouvent toujours dans le garde-manger. La barba di fratti (soude commune), par exemple, la fleur de sureau, le fromage à pâte dure Bitto de Lombardie et la céréale ancienne farro, le pane caraseu, une galette sarde, et les pizzocheri, les pâtes courtes striées à base de sarrasin. Tous ces plats sont présentés dans un service désuet décliné dans toutes les couleurs de l'arc-en-ciel, sur des nappes Missoni lignées, des plats à salade en forme de laitue pommée ou de tomate, et avec des dizaines de statuettes en guise de décoration de table. "Ma mère est une collectionneuse invétérée", écrit Francesco. Apprendre à mieux connaître les Missoni ajoute au plaisir de prendre le livre en main, même si on n'en teste jamais aucune recette. C'est tout simplement un bel objet, et les photos anciennes donnent l'impression, l'espace d'un instant, que l'on se trouve à une de leurs nombreuses fêtes de famille animées. La philosophie de vie des Missoni est axée sur la générosité, témoigne le photographe et invité régulier Mario Testino. "Dans notre famille, tout le monde aime aider en cuisine, confirme Francesco. Rechercher et préparer ensemble des recettes et des ingrédients, c'est de la pure émotion."