Tout commence par un voyage. En 2005, Eugénie Gillot (33 ans) s'envole seule pour l'Equateur. Elle qui vient de terminer ses humanités est bien décidée à apprendre l'espagnol. Sur place, elle réside à Guayaquil, ville côtière notoire surnommée la "Perle du Pacifique". Plus grand port du pays, la cité se découvre également comme une plaque tournante du commerce d'export. Tombée dans le chaudron de la gourmandise depuis sa plus tendre enfance, l'étudiante voit dans ce séjour l'occasion d'appréhender autrement un produit qu'elle n'a jamais connu que sous sa forme transformée, le chocolat. Il n'en faut pas plus pour qu'une vocation se dessine. La jeune femme entrevoit son avenir, elle se rêve chocolatière.
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Tout commence par un voyage. En 2005, Eugénie Gillot (33 ans) s'envole seule pour l'Equateur. Elle qui vient de terminer ses humanités est bien décidée à apprendre l'espagnol. Sur place, elle réside à Guayaquil, ville côtière notoire surnommée la "Perle du Pacifique". Plus grand port du pays, la cité se découvre également comme une plaque tournante du commerce d'export. Tombée dans le chaudron de la gourmandise depuis sa plus tendre enfance, l'étudiante voit dans ce séjour l'occasion d'appréhender autrement un produit qu'elle n'a jamais connu que sous sa forme transformée, le chocolat. Il n'en faut pas plus pour qu'une vocation se dessine. La jeune femme entrevoit son avenir, elle se rêve chocolatière. De retour en Belgique, il reste à convaincre les autorités parentales qui, si elles ne sont pas opposées au projet, imposent néanmoins une condition: parallèlement, l'intéressée devra suivre un cursus "sérieux". Ni une, ni deux, Eugénie Gillot mène de front hautes études commerciales et formation en chocolaterie au Ceria. A la faveur d'un Erasmus, ses études seront l'occasion de retourner dans le pays qui lui a inspiré son projet d'avenir. Destination Cuenca, troisième plus importante concentration urbaine du pays. Cette fois, elle a l'opportunité de travailler dans une plantation. Elle découvre la beauté des cacaoyers et leurs effluves, ainsi que la magie multicolore des cabosses. "J'ai pu voir l'énorme travail qu'il y a derrière cette matière première, cela me l'a rendue encore plus précieuse", commente Eugénie, qui se souvient de l'état de fatigue qui était le sien lorsqu'elle devait tailler les arbres au sécateur sous une chaleur étouffante. Il reste que cette expérience unique la conforte dans ses désirs. Désormais mordue, la femme chocolat multiplie les allers-retours vers l'Equateur et le Venezuela. En Belgique, Eugénie Gillot travaille à asseoir son projet. Pour ce faire, elle entame une formation avec le chocolatier bruxellois Laurent Gerbaud, spécialiste des associations inédites - à l'instar de sa barre qui panache chocolat noir 70% de cacao, à la double origine Madagascar et Equateur, et épine-vinette, des baies rouges au goût acidulé. "Laurent Gerbaud a été mon mentor, j'ai beaucoup progressé avec lui. J'ai très vite réalisé qu'il fallait que je me distingue, qu'il était inutile de faire un énième assortiment de pralines. Je devais forger un créneau original. Je me suis alors tournée vers mes envies et me suis rendu compte que je ne trouvais pas de pâte à tartiner qui me convienne, que ce soit en termes de goût ou d'ingrédients", explique la chocolatière. Il n'en faut pas plus pour qu'elle crée Eugène Chocolatier en imaginant une recette de "Choco Noisette" assez atypique sur le marché. Là où la marque la plus célèbre affiche 13% de fruits à coque, Eugénie mise sur 62%, une combinaison puissante de noisettes, noix et noix de cajou. Toute une gamme suit: praliné pur, caramel au beurre salé, caramel choco, caramel sirop de Liège, caramel citron-gingembre, ainsi que des gelées réalisées à partir de certaines bières Cantillon (gueuze, rosé de Gambrinus, kriek).L'horizon gustatif? "J'aime les goûts bruts, mon objectif c'est que le dégustateur attentif puisse identifier les différents ingrédients de la recette en bouche, qu'il puisse retrouver ce qu'il y a sur l'étiquette", commente notre interlocutrice. Sensibilisée par la problématique de l'omniprésence du sucre dans l'alimentation, la jeune femme a opté pour un nectar de fleur de coco, à l'indice glycémique réduit. Dans la foulée, elle a choisi de faire l'impasse sur les huiles végétales, qui selon elle n'ont rien à faire dans une pâte à tartiner, et de souscrire à une certification biologique. Bien consciente d'être au début d'une aventure - pour le moment elle mène son entreprise de front avec un autre métier -, la créatrice d'Eugène a également le circuit court en ligne de mire. Elle précise: "La crème fraîche, le beurre et le sirop de Liège sont glanés auprès de producteurs locaux. J'ai désormais un contact pour que les noix le soient aussi." Depuis peu, pour asseoir son projet, la trentenaire s'est associée avec Marie Mahieu (32 ans), qui est à la charge de la partie commerciale. Logique: Eugénie avoue ne jamais se sentir aussi bien que lorsqu'elle est dans son atelier. C'est depuis cet endroit à l'abri du tumulte du monde qu'elle nous envoie une carte postale imbibée de passion: un menu sucré-salé pour une Saint-Valentin pas comme les autres.