Dans l’antre créative d’une designer belge installée à Marrakech

Les parois roses sont typiques de Marrakech. " Une série de règlements d'urbanisme dictent la couleur des murs extérieurs. Le blanc est trop aveuglant les jours de grand soleil. " © GAËLLE LE BOULICAUT

Quand elle leur fait part de son projet de s’installer à Marrakech, à 25 ans, les proches de Laurence Leenaert ne cachent pas leur étonnement. Cinq ans plus tard, sa marque de déco, LRNCE, est devenue incontournable, dans la cité et bien au-delà. Rencontre dans son chez-soi aux allures de galerie.

Laurence Leenaert avait l’intime conviction qu’elle ne ferait pas sa vie en Belgique. De là à s’installer au Maroc, il n’y a qu’un pas… franchi allègrement. Sur les conseils d’une amie, la jeune femme et sa soeur décident de s’offrir un séjour dans un très beau campement près de M’Hamid El Ghizlane, dernière oasis avant le Sahara. « Je venais d’interrompre ma formation au KASK (NDLR : haute école artistique, à Gand) pour me concentrer sur la création de sacs à main. Ce voyage dans le désert a été si marquant qu’à peine de retour en Belgique, je rappelais Bobo, le propriétaire de M’Hamid Camp, en lui demandant si je pouvais revenir avec ma machine à coudre. En échange, j’ai proposé de l’aider pour le planning et la communication. » La Belge reste six mois sur place, pendant lesquels Bobo l’aide à se fournir en textiles et lui fait découvrir les plus belles facettes du pays. C’est la naissance d’une véritable amitié. Dès qu’elle a une heure à elle, Laurence s’attelle à sa machine à coudre, partageant ses créations sur les réseaux sociaux. « Instagram m’a rapidement permis de vendre des pièces et de réinjecter des fonds dans l’achat de tissus. Sans l’aide de ce réseau, je n’aurais jamais eu la même visibilité. »

Laurence Leenaert a imaginé pour son propre usage la table, la nappe et le haut vase bleu nuit en tadelakt. Les tapis et chaises en rotin ont été achetés sur un coup de tête au souk de la médina.
Laurence Leenaert a imaginé pour son propre usage la table, la nappe et le haut vase bleu nuit en tadelakt. Les tapis et chaises en rotin ont été achetés sur un coup de tête au souk de la médina.© GAËLLE LE BOULICAUT

Système D

A la fin de ces six mois, la demoiselle a une certitude: il faut qu’elle s’installe là-bas. Sans trop réfléchir, elle revend son appartement gantois, boucle 100 kg de bagages, et reprend un avion, direction le Maroc. Pour se mettre le pied à l’étrier, elle décroche un premier job: house-sitter le temps d’un été. « Cela m’a donné le temps de me familiariser avec la ville et de nouer quelques contacts professionnels. A mon arrivée, je ne connaissais littéralement personne. Au début, les artisans avaient un peu de mal à prendre au sérieux une jeune femme de 25 ans. Je voulais renouveler le regard sur les techniques et les matériaux marocains traditionnels. Mais aux yeux de tous, j’étais à la fois trop rapide et trop négligente, bref un peu chaotique. » Persévérante, la Belge s’accroche. Et elle fait bien, car en l’espace de quelques années, les lignes graphiques, la beauté et l’originalité des créations signées LRNCE – tapis, céramiques et coussins – ont su séduire. A tel point qu’elle est désormais à la tête de son propre studio, à Sidi Ghanem, un quartier industriel de Marrakech. La petite manufacture fait vivre 5 employés et 35 artisans indépendants. « Au début, je travaillais chez moi, tout en recevant non-stop des amis de passage. Ma vie ressemblait à des vacances permanentes. Aujourd’hui, j’ai de nombreux collaborateurs et je me rends chaque matin au studio. L’après-midi, je visite des ateliers, je contrôle la production, je prends le temps de trouver l’inspiration… A Marrakech, les heures s’écoulent plus lentement qu’ailleurs. On jouit d’une qualité de vie incroyable et les mentalités sont tellement plus ouvertes! J’apprécie la bulle que je me suis créée là-bas. »

« Instagram m’a rapidement permis de vendre des pièces et de réinjecter des fonds dans l’achat de tissus. Sans l’aide de ce réseau, je n’aurais jamais eu la même visibilité. »© GAËLLE LE BOULICAUT

Paradis de l’artisanat

Laurence passe ses premières années dans un petit riad de la trépidante médina de Marrakech. L’endroit idéal pour vivre, coudre et développer ses réseaux. Voici environ dix-huit mois – à la demande de son compagnon, Ayoub Boualam, qui n’a pas hésité à quitter Paris pour prendre en charge le volet business de LRNCE -, la créatrice emménage à Gueliz, un quartier bohème branché, avec ses restaurants, ses bars et son fameux Musée Yves Saint Laurent. Le couple y loue une maison vieille de 200 ans, l’ancienne demeure de Malika El Assimi, une célèbre intellectuelle marocaine, poétesse, activiste et professeur. « Les maisons avec jardin sont très rares dans le coin. Pouvoir en louer une est une vraie chance: on ne voit jamais de pancarte pour des locations par ici. » A l’exception des hauts plafonds et des sols en zelliges authentiques, l’habitation de Laurence et Ayoub est extrêmement simple, voire rudimentaire. La toile de fond rêvée pour les nombreux objets LRNCE: trouvailles dénichées aux souks et créations propres que la jeune femme fait réaliser par des artisans locaux. Notamment des vases en tadelakt – enduit naturel et hydrofuge à base de chaux – un lit de repos circulaire et une table d’appoint asymétrique. Rares sont les objets qu’elle n’a pas dessinés elle-même. « J’aime me dire que j’ai la liberté de concevoir ce que je veux, avec qui je veux. C’est le grand avantage qu’offre le fait de vivre et de travailler dans la Ville rouge. Pouvoir concrétiser ma vision de toute une série d’objets usuels, voilà ce qui me passionne. D’où le large choix que propose ma marque. Plus j’approfondis la création, plus j’en apprends sur la direction que j’ai envie de suivre en tant que designer. Et sur moi-même. »

Dans l'antre créative d'une designer belge installée à Marrakech
© GAËLLE LE BOULICAUT

Son parcours

La lampe miroir a été l'une des toutes premières créations de Laurence. Le jeté de lit vient de chez Alchemy Works, à Los Angeles. A côté, une photographie réalisée par un ami proche, Bastien Lattanzio.
La lampe miroir a été l’une des toutes premières créations de Laurence. Le jeté de lit vient de chez Alchemy Works, à Los Angeles. A côté, une photographie réalisée par un ami proche, Bastien Lattanzio.© GAËLLE LE BOULICAUT

  • Laurence Leenaert est née en 1989 à Courtrai, et vit depuis 2015 à Marrakech.
  • Elle a étudié la mode au KASK de Gand.
  • Pendant ses études, elle transforme des chutes de tissus en sacs à main artisanaux et les vend sous le label LRNCE.
  • Elle suit un stage chez Bless, à Berlin.
  • Arrivée à Marrakech, elle élargit son assortiment et y inclut des tapis, des draps, des coussins, de la céramique, des miroirs, des vêtements et des accessoires.
  • Ses créations sont vendues dans des enseignes prestigieuses comme Le Bon Marché à Paris, Conran Shop à Londres, Alchemy Works à Los Angeles et Tomorrowland à Tokyo.
  • Elle planche en ce moment sur une série de pièces uniques en céramique pour Masseria Moroseta, un boutique-hôtel d’Ostuni, dans les Pouilles.
  • A l’automne prochain, Laurence Leenaert déménagera son studio dans le quartier du Palais Bahia et y ouvrira en septembre un concept store avec bureau, bar et showroom.
Dans son studio actuel, à Sidi Ghanem:
Dans son studio actuel, à Sidi Ghanem: « Nous produisons à petite échelle et je compte bien m’y tenir. L’objectif est de fabriquer des objets artisanaux personnels, proposés en quantité restreinte. Le reste ne m’intéresse pas. »© GAËLLE LE BOULICAUT
Shopping: une déco façon riad à Marrakech

Déco et mobilier font la part belle aux matières naturelles, dont la sobriété des teintes laisse aux innombrables créations colorées toute la place nécessaire pour pleinement s’exprimer.

Par Mathieu Nguyen

Dans l'antre créative d'une designer belge installée à Marrakech
© GAËLLE LE BOULICAUT / SDP

Fauteuil Fleur, Amadeus Cadès
Fauteuil Fleur, Amadeus Cadès© GAËLLE LE BOULICAUT / SDP

Plateau Blue Halos, Notre Monde
Plateau Blue Halos, Notre Monde© GAËLLE LE BOULICAUT / SDP

Pouf Warm, Maisons du Monde
Pouf Warm, Maisons du Monde© GAËLLE LE BOULICAUT / SDP

Panier Azeema, House Doctor
Panier Azeema, House Doctor© GAËLLE LE BOULICAUT / SDP

Tapis style berbère, La Redoute
Tapis style berbère, La Redoute© GAËLLE LE BOULICAUT / SDP

Lampe à poser Tuvalu, Good & Mojo
Lampe à poser Tuvalu, Good & Mojo© GAËLLE LE BOULICAUT / SDP

Coussin Mirage, Ferm Living
Coussin Mirage, Ferm Living© GAËLLE LE BOULICAUT / SDP

Suspension Bamboo, Bloomingville
Suspension Bamboo, Bloomingville© GAËLLE LE BOULICAUT / SDP

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