Une ancienne brasserie reconvertie en logement avec vue sur Maastricht

Les nouvelles interventions se sont limitées à un ascenseur industriel et une grande baie vitrée. Pour la décoration intérieure, Carine a opté pour une palette de couleurs discrète, aux accents cuivrés, comme pour le canapé B&B Italia et les chaises de salle à manger Knoll. © Jan Verlinde

Pendant près de cent ans, cette brasserie à Maastricht a bouillonné d’activité. Si elle est aujourd’hui un témoin muet du passé, les étages supérieurs, eux, sont plus vivants que jamais. Leurs habitants se sont laissé séduire par son histoire, son caractère, mais surtout… son toit-terrasse.

Une ancienne brasserie ne faisait pas partie du plan. Carine et son mari, qui étaient à la recherche d’un appartement comme résidence secondaire, n’avaient pas envisagé d’acquérir un monument classé et encore moins de se lancer dans de gros travaux de rénovation. «Jusqu’à ce que nous nous retrouvions par hasard, bouche bée, sur le toit de cette énorme tour en briques, confie Carine. Max et moi connaissions ce bâtiment car la tour de la brasserie De Ridder, qui a cessé ses activités en 2002, domine le paysage de Maastricht depuis une éternité. De son sommet, on mesure l’ampleur des lieux. De plus, elle offre une vue imprenable sur la ville et sur le Limbourg méridional. Impossible de s’en lasser.»

Bart Lens, qui avait déjà conçu une maison pour le couple et qui les a accompagnés lors de leurs recherches d’une résidence secondaire, est tombé sous le charme lui aussi: «C’est exactement pour pouvoir réaliser ce genre de projet que j’ai voulu devenir architecte.»

Une brasserie reconvertie en logement avec vue sur Maastricht
Quand l’architecte Bart Lens a proposé de grimper au sommet de la tour de l’ancienne brasserie, Carine et son mari étaient peu enthousiastes. «Mais lorsqu’on se trouve là haut, confie l’habitante, impossible de ne pas en rester bouche bée.» © Jan Verlinde

Des témoins muets

Le site historique comporte plusieurs bâtiments qui ont notamment été transformés en maisons et appartements au cours des dernières années. Il restait la pièce maîtresse: la tour. Ce n’étaient pas les candidats qui manquaient. En revanche, le permis d’urbanisme était difficile à décrocher. «Ce dossier était un vrai casse-tête, confie Carine. Bien entendu, la Ville, qui tenait au respect de l’histoire du bâtiment, a rejeté les propositions précédentes, car elles impliquaient de trop grandes transformations.» Le dossier que Bart Lens a dressé a reçu assez rapidement l’approbation de la commission consultative de Maastricht. «L’histoire de la ville est déjà écrite, il nous appartient de la poursuivre dans le respect, avance l’architecte. C’est pourquoi nous avons conservé les vestiges industriels qui étaient encore présents, comme des témoins muets et parfois fonctionnels du passé.» Ainsi, le robinet des silos fait désormais office de pommeau de douche, et le vieux moteur de la chambre à coucher rappelle le processus de brassage. La plupart des conduites et des tuyaux ont été laissés apparents et les châssis en acier ont été réparés minutieusement.

La tour de la brasserie De Ridder domine le paysage urbain de Maastricht depuis une éternité. La brasserie elle-même est restée en activité jusqu’en 2002.
La tour de la brasserie De Ridder domine le paysage urbain de Maastricht depuis une éternité. La brasserie elle-même est restée en activité jusqu’en 2002. © Jan Verlinde

Les seules interventions actuelles, assumées, sont la grande baie vitrée, qui apporte de la lumière à la pièce de vie, et l’ascenseur en acier perforé, dénué de tout ornement, qui mène à la terrasse sur le toit.

En vue de l’agencement de la tour habitable, l’équipe est partie d’une maison inversée, avec la terrasse sur le toit, dotée d’un bar, et à l’étage inférieur, la pièce de vie, avec un salon et une cuisine. Aux premier et deuxième étages se trouvent la chambre parentale avec salle de bains et des chambres d’hôtes. L’ancienne brasserie, située au rez-de-chaussée, a été conservée en l’état. Certes, on n’y brasse plus de bière, mais on y déguste encore des verres à l’occasion de soirées. Une tablette suspendue servant de bar fait face à l’une des cuves en cuivre qui renferme des glaçons, pour le plus grand bonheur des fêtards.

Une couche de duvet

Le mélange chaud de cuivre et de vert assure le lien avec la brasserie. Ce duo de couleurs règne subtilement à chaque étage et contrebalance les espaces dans lesquels le gris domine. Ainsi des conduites et de la robinetterie, des carreaux en céramique et de la face intérieure verte des armoires de salle de bains et même des teintes de certaines œuvres d’art.

Parmi les autres thèmes récurrents à chaque niveau, on relève l’acier perforé et l’aluminium brossé. «Une fois poncé, ce dernier devient doux, comme s’il était revêtu d’une petite couche de duvet, explique l’architecte. C’est la technique caractéristique de Maarten Van Severen. Par hasard, j’ai rencontré l’artisan qui a appliqué ce procédé au service du designer anversois pendant des années. Il nous a aidés à traiter les lavabos, le bloc de cuisine et les armoires du dressing. Grâce à son expertise, le résultat est encore plus spécial.»

Tout patrimoine comporte son lot de défis. Par exemple, il s’agissait de transformer un silo dont la surface est limitée et de concevoir d’agréables chambres malgré le peu de lumière naturelle. «Hans van der Laan, moine bénédictin et architecte néerlandais, a conçu l’abbaye de Sint-Benedictusberg à Vaals, près de Maastricht, raconte Bart Lens. La luminosité exceptionnelle qu’il a réussi à y créer m’a inspiré pour ces espaces. Nous avons compensé l’absence de fenêtres par un principe emprunté aux bateaux en bois: les conduits apportent de la lumière naturelle à l’intérieur par le biais d’un tube cylindrique réfléchissant en Inox. Ils projettent d’impressionnants cercles lumineux sur les murs. Nous avons également appliqué sa technique particulière au silo en béton pour patiner le bois en gris.»

Les nouvelles interventions se sont limitées à un ascenseur industriel et une grande baie vitrée. Pour la décoration intérieure, Carine a opté pour une palette de couleurs discrète, aux accents cuivrés, comme pour le canapé B&B Italia et les chaises de salle à manger Knoll.
On retrouve dans la décoration intérieure une palette de couleurs discrète, aux accents cuivrés, comme dans ces chaises de salle à manger Knoll. © Jan Verlinde

Jacuzzi haut perché

Le bar sur le toit-terrasse a été l’élément le plus laborieux. Il a fallu des semaines et quatre hommes pour abattre un ancien bassin qui était rempli d’une épaisse couche de béton. De plus, il y avait là un grand nombre de cadavres de pigeons. «Cela a considérablement ralenti les travaux et a fait exploser le budget, reconnaît Carine, mais la terrasse sur le toit reste de loin notre endroit préféré, et le jeu en valait la chandelle. Les interminables soirées d’été avec des amis ou la famille, les agréables journées automnales sous un plaid, les feux d’artifice qui fusent de toutes parts lors du réveillon de Nouvel An, et tous ces couchers de soleil magiques… Mon mari, et surtout notre fils, rêvent encore d’une chose: un Jacuzzi avec vue sur Maastricht. Ce point est encore en pourparlers. Mais sait-on jamais.»

A chaque étage, on retrouve un clin d’œil au chaleureux mélange de cuivre et de vert de la brasserie, y compris dans la salle de bains. Ici, le robinet d’un ancien silo sert de douchette. Dans l’ancienne brasserie, une tablette suspendue fait office de bar et fait face à une des cuves en cuivre qui renferme des glaçons.
Dans la chambre à coucher, le vieux moteur rappelle le processus de brassage. © Jan Verlinde

En bref Bart Lens (63 ans)

Bart Lens est diplômé du Provinciaal Hoger Architectuur Instituut (Limbourg) depuis 1982. Après quelques années d’expérience dans différents cabinets, il décide, en 1995, de fonder son propre bureau, Lens°Ass Architecten, à Hasselt.

Ce studio est connu pour ses rénovations contemporaines dans le respect du lieu et de son histoire. The Rabbit Hole à Gaasbeek est une de ses réalisations renommées sur le plan international.

Depuis 2004, il est professeur invité à la Luca School of Arts à Gand et Bruxelles.

Il remporte le Henry Van de Velde Award en 2017 dans la catégorie Lifetime Achievement.

lensass.be

A chaque étage, on retrouve un clin d’œil au chaleureux mélange de cuivre et de vert de la brasserie, y compris dans la salle de bains. Ici, le robinet d’un ancien silo sert de douchette. Dans l’ancienne brasserie, une tablette suspendue fait office de bar et fait face à une des cuves en cuivre qui renferme des glaçons.
A chaque étage, un clin d’œil au chaleureux mélange de cuivre et de vert de la brasserie, y compris dans la salle de bains. Ici, le robinet d’un ancien silo sert de douchette. © Jan Verlinde
A chaque étage, on retrouve un clin d’œil au chaleureux mélange de cuivre et de vert de la brasserie, y compris dans la salle de bains. Ici, le robinet d’un ancien silo sert de douchette. Dans l’ancienne brasserie, une tablette suspendue fait office de bar et fait face à une des cuves en cuivre qui renferme des glaçons.
Dans l’ancienne brasserie, une tablette suspendue fait office de bar et fait face à une des cuves en cuivre qui renferme des glaçons. © Jan Verlinde

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