La maison Art déco d’Alexandre Delvaux, parfait autoportrait de son propriétaire

© Tim Van de Velde

Alexandre Delvaux a travaillé sur le continent noir pendant quinze ans, et cela se voit. Sa maison Art déco, située à Jette, s’apparente à un safari au gré de ses Big Five à lui: le design vintage, l’art africain, la BD, l’art abstrait belge et les littératures du monde.

Alexandre Delvaux peut enfin profiter pleinement de sa maison sise à Jette. Le bureau K2A en avait entrepris la rénovation voici dix ans, mais notre homme y avait passé très peu de temps jusqu’à présent. C’est que le Bruxellois rentre d’Afrique, où il oeuvrait depuis 2003 en qualité de consultant média pour des pays en situation de post-conflit ou pour de jeunes démocraties. « Je donnais des formations dans le domaine des médias, notamment sur la façon de gérer des entreprises de presse, explique l’ex-journaliste. En 2005, à la demande de l’ONU, j’ai conseillé la communication des élections au Congo, un pays où j’ai grandi jusqu’à l’âge de 10 ans. J’ai également travaillé en Tunisie et en République centrafricaine. Aujourd’hui, j’ai envie de me concentrer davantage sur des projets au départ de la Belgique », résume-t-il.

L'une des niches remplies d'objets de collection faisant allusion à Tintin et la bande dessinée. On y voit une sculpture africaine représentant le célèbre reporter dans une pirogue.
L’une des niches remplies d’objets de collection faisant allusion à Tintin et la bande dessinée. On y voit une sculpture africaine représentant le célèbre reporter dans une pirogue.© Tim Van de Velde

L’antre de Tintin

Le parcours d’Alexandre n’est pas sans évoquer celui de Tintin: un journaliste globe-trotter doté d’une inextinguible curiosité. Mais certains de ses traits rappellent Hergé lui-même: un conteur avouant un faible pour l’art et la littérature d’après-guerre. Sa bibliothèque l’illustre à foison, mélange de littératures du monde, de poésie et de BD – Durrell, Zweig, Eluard, Hemingway mais aussi Tintin, Valérian, Corto Maltese, Schuiten. Du pointu et de la culture populaire, du très sérieux et du divertissant: ici, tout se côtoie. « Vous voyez ces statuettes en bois, sur l’étagère? Ce sont des scènes tirées de l’album Tintin au Congo. Elles ont été réalisées par des sculpteurs africains pour le marché du tourisme. » Et de nous montrer une oeuvre représentant une pirogue avec son missionnaire blanc, Tintin et quelques rameurs noirs. Une oeuvre qui laisse un goût amer en 2020. De la provocation? « Il est amusant de se dire que cette figurine a été fabriquée à Kinshasa par des artisans extrêmement fiers de leur travail. L’univers d’Hergé soutient encore des dizaines d’artisans, souligne-t-il. Chez nous, en Belgique, on débat pour savoir si cet album est raciste. Pour moi, l’interdire serait absurde. Il est le reflet d’un passé qui a existé. Cette BD doit nous aider à apprendre de nos erreurs pour faire naître un dialogue interculturel respectueux. Je pense qu’il serait plus intelligent d’ajouter à la fin du tome une annexe explicative sur la colonisation. » Au vu de sa longue expérience de vie là-bas, l’homme connaît de l’intérieur l’opinion africaine quant au débat sur le racisme ou sur la restitution des oeuvres d’art local…

La bibliothèque à double étage a été dessinée sur mesure pour accueillir les très nombreux livres des littératures du monde et les bandes dessinées d'Alexandre Delvaux.
La bibliothèque à double étage a été dessinée sur mesure pour accueillir les très nombreux livres des littératures du monde et les bandes dessinées d’Alexandre Delvaux.© Tim Van de Velde

Cette partie de son existence, on la retrouve dans l’architecture et l’ameublement de sa maison bruxelloise, où Alexandre vit en famille. « J’ai travaillé dans plusieurs pays tropicaux, où le soleil brille généreusement. Pour recréer un peu de ce charme dans notre capitale, j’ai demandé au bureau K2A de prévoir de grandes baies, beaucoup de luminosité, des volumes purs et des murs blancs, décrit-il. Quand j’ai acheté cette demeure typiquement Art déco, datant de 1932, elle était sombre et cloisonnée. Mais les architectes ont su lui apporter clarté, ouverture et fluidité, sans en faire une « white box » rigide. Ce n’était pas une mission évidente, d’autant que j’étais en Afrique pendant le chantier. Chapeau aux architectes qui ont traduit en espaces ce que j’avais en tête. »

La maison Art déco d'Alexandre Delvaux, parfait autoportrait de son propriétaire
© Tim Van de Velde

Le studio d’architecture saint-gillois a également dû relever un autre défi, celui de mettre en valeur les collections de son client. Ce dernier désirait des espaces structurés lui permettant d’exposer objets d’art et souvenirs sans impression de fouillis. Alexandre sait doser ses effets et imaginer des associations très réussies. De hautes étagères regroupent ainsi céramiques et sculptures africaines, tandis que des consoles en verre prennent l’allure de cabinets de curiosités remplis de souvenirs de voyage. Mais le plus frappant, ce sont peut-être les sculptures contemporaines en fer de récup’ d’artistes africains. « Notre oeil occidental y voit des mobiles à la Calder mais eux les créent sans références de ce genre. C’est ce qui donne tant de fraîcheur à leurs oeuvres », insiste-t-il.

La salle à manger est décorée de plusieurs oeuvres, dont une toile abstraite d'Arthur Grosemans qui semble faite pour cohabiter avec la sculpture en métal de Curtis Jere.
La salle à manger est décorée de plusieurs oeuvres, dont une toile abstraite d’Arthur Grosemans qui semble faite pour cohabiter avec la sculpture en métal de Curtis Jere.© Tim Van de Velde

Talents oubliés

En ce qui concerne les meubles, Alexandre Delvaux n’est pas adepte du « name dropping ». Il possède certes quelques classiques du design signés Charlotte Perriand, Jules Wabbes et B&B Italia. Et sa cuisine est un modèle original de Piet Zwart pour Bruynzeel. Mais il aime tout autant les pièces anonymes capables de marquer leur époque par leur force de caractère ou leurs matériaux. « Inutile non plus de chercher de grands noms derrière les oeuvres d’art abstrait belge et français accrochées aux murs. J’achète des artistes moins connus, comme Léopold Plomteux, Georges Collignon, Arthur Grosemans ou René Guiette. Cette quête de créateurs oubliés me passionne. Et leurs oeuvres sont relativement abordables. » Ces toiles sont toutes éclatantes de couleurs et d’énergie. C’est pourquoi elles s’accordent si bien avec les vibrations africaines qui animent la décoration. « Ma maison est un autoportrait. J’ai un côté ludique, mais aussi un côté sérieux. Et les deux cohabitent plutôt bien… », conclut le Bruxellois.

Dans le salon, une collection de fossiles et autres éléments tirés de la nature.
Dans le salon, une collection de fossiles et autres éléments tirés de la nature.© Tim Van de Velde

En bref: Alexandre Delvaux

Il a vécu jusqu’à l’âge de 10 ans au Congo (alors le Zaïre).

Il a mené en Belgique une carrière de journaliste économique et politique, notamment comme rédacteur en chef de plusieurs titres spécialisés, dont Inside Internet.

En 2003, il a mis le cap sur l’Afrique, en tant que consultant pour des projets médias dans des pays en situation de post-conflit.

Il a notamment couvert, en 2005, les élections congolaises pour l’ONU.

En 2011, il a coordonné l’appui à des projets médiatiques tunisiens, après la révolution.

Et de 2016 à 2018, il a géré une radio pour la paix en République centrafricaine.

Il est rentré en Belgique en 2019.

Ayant vécu longtemps en Afrique, Alexandre Delvaux souhaitait une maison très lumineuse. La table de la cuisine est de Rudi Verelst pour Novalux, la toile abstraite du Belge Léopold Plomteux et la sculpture d'un artiste kurde contemporain.
Ayant vécu longtemps en Afrique, Alexandre Delvaux souhaitait une maison très lumineuse. La table de la cuisine est de Rudi Verelst pour Novalux, la toile abstraite du Belge Léopold Plomteux et la sculpture d’un artiste kurde contemporain.© Tim Van de Velde

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