La vie au vert, dans un pavillon sixties

Sous les panneaux en bois d'origine, les architectes ont découvert un plafond en béton, qui a été peint en blanc pour agrandir l'espace. © JAN VERLINDE

Rénover un bungalow des années 60 tout en veillant à conserver son âme, c’est le pari réussi de ce couple. Un projet qui l’a amené à quitter la frénésie anversoise pour la paisible campagne, à Bonheiden.

Au nord du pays, cette maison peut sembler familière. Non pas en raison de son architecture, même si on retrouve plusieurs bungalows du milieu du XXe siècle dans le quartier de Bonheiden, en province d’Anvers, où elle se trouve. Mais bien grâce à ses propriétaires: un couple du paysage audiovisuel flamand qui utilise parfois son habitation comme lieu de tournage pour des émissions télévisées ou des vidéos Instagram.

Évasion urbaine

Lorsqu’il a acheté cette propriété, le tandem savait exactement ce qu’il voulait: modifier le moins possible les choses. En effet, l’ambiance des années 60, l’architecture compacte, l’emplacement boisé et la circulation horizontale, tout lui convenait. « Et ce, même si le contraste était assez important, souligne le propriétaire. Nous avons vécu pendant des années dans une maison du XIXe siècle à Berchem. A vrai dire, nous n’avions pas l’intention de déménager. Mais grâce à des amis du quartier, nous avons appris que ce bungalow était à vendre. Et l’idée a germé de venir vivre dans un endroit paisible et tranquille. En prime, nos parents sont tous deux originaires de Bonheiden. Nous étions donc en terrain connu. Cela dit, échanger la ville contre la campagne a nécessité une préparation mentale. Vivre ici signifie devoir prendre la voiture pour le moindre déplacement. Ce qui n’est pas très écologique. Afin de compenser, nous avons réduit la terrasse en béton et planté des arbres. Je dois avouer que pendant la crise de la Covid, nous avons apprécié notre maison et notre salon de jardin au-delà de toute mesure. J’ai bien peur que le confinement n’ait été la pire des publicités pour la vie citadine. »

Un mur en noyer unifie la porte du débarras et celle donnant vers le hall de nuit.
Un mur en noyer unifie la porte du débarras et celle donnant vers le hall de nuit.© JAN VERLINDE

D’hier et d’aujourd’hui

Les premières années, le couple a vécu dans le bâtiment d’origine, avec sa cuisine funky et son plafond en lambris. « On découvre alors au fur et à mesure de la rénovation ce qu’il y a à changer, confie l’habitant. Attendre un peu avant de commencer les travaux nous a permis d’éviter les surcoûts et les mauvaises décisions. Il est plus facile de voir les qualités de son habitation si on laisse sa fièvre acheteuse se calmer pendant un certain temps. »

Après quelques années, la maison a commencé à se révéler. « Le toit devait être restauré et les murs étaient humides. Notre budget initial de rénovation a disparu dans des interventions invisibles. Jusqu’à ce qu’une souris vienne se nicher derrière nos armoires de cuisine jaune pâle. Lorsque nous sommes rentrés après trois semaines de vacances, la puanteur était insupportable. Il était temps de faire disparaître ce mobilier. »

Nous trouvons cela exaltant d’établir des liens entre la vie d’hier et d’aujourd’hui.

C’est ici que B-architecten est entré en scène, dont le portfolio prouve qu’il parvient à traiter le patrimoine avec beaucoup de délicatesse. En réalité, le bureau anversois a déjà effectué des rénovations de maisons modernistes de Nachman Kaplansky, Paul Caulier et Jackie Cuylen. Il a fait de même à Bonheiden. Ici aussi, les architectes n’ont absolument pas traversé la maison équipés d’une masse. Dirk Engelen, cofondateur du bureau, explique: « Nous trouvons cela exaltant d’établir des liens entre la vie d’hier et d’aujourd’hui. C’est inspirant de créer quelque chose de contemporain avec l’esprit de l’époque. C’est une maison actuelle, mais toujours ancrée dans le passé. »

Le mobilier vintage, datant de la même époque que le bungalow, renforce l'ambiance des lieux. A l'avant-plan, une chaise longue de Geoffrey Harcourt pour Artifort. La salle à manger est de Jean Prouvé, pour Vitra.
Le mobilier vintage, datant de la même époque que le bungalow, renforce l’ambiance des lieux. A l’avant-plan, une chaise longue de Geoffrey Harcourt pour Artifort. La salle à manger est de Jean Prouvé, pour Vitra.© JAN VERLINDE

De mauvaises lunettes

C’est exactement la raison pour laquelle les interventions sont restées focalisées sur quelques zones précises. Une nouvelle cuisine, une salle de bains, une porte d’entrée pivotante et des menuiseries: rien de vraiment drastique. « C’est également une bonne chose car nous avions un délai serré, avance la maîtresse de maison. Lorsque les rénovations ont débuté, il nous restait six mois avant mon accouchement. Mais nous avons réussi. Quand je suis rentrée de la maternité, tout venait d’être nettoyé. »

Les châssis en aluminium ont été remplacés par du bois. A l'extérieur, les architectes ont laissé celui-ci grisonner pour se fondre dans la façade en briques de béton lavé.
Les châssis en aluminium ont été remplacés par du bois. A l’extérieur, les architectes ont laissé celui-ci grisonner pour se fondre dans la façade en briques de béton lavé.© JAN VERLINDE

En outre, B-architecten n’a pas altéré le volume de base ni la circulation. Tout comme pour la façade en carreaux de béton lavés et en briques vernissées. A l’exception de la porte d’entrée, l’extérieur n’a pas changé depuis les années 60. L’intérieur, lui, s’est considérablement enrichi. Le carrelage usé du salon a été remplacé par du parquet. Sous les panneaux en bois du plafond, les architectes ont découvert un coffrage en béton. « Ce dernier n’a jamais été conçu pour être visible, mais une fois peint en blanc, il a rendu l’espace plus léger. Par ailleurs, nous avons remplacé les châssis en alu par du bois. Au dedans, nous avons conservé le ton chaud de cette matière, tandis que dehors, nous les avons laissés grisonner, afin que la couleur soit en harmonie avec la maçonnerie. De nouvelles fenêtres gâchent parfois toute une rénovation… comme des lunettes mal choisies. »

La nouvelle cuisine mixe laiton, noyer et marbre italien. La forme en goutte d'eau du coin repas est reprise dans le meuble de salle de bains.
La nouvelle cuisine mixe laiton, noyer et marbre italien. La forme en goutte d’eau du coin repas est reprise dans le meuble de salle de bains.© JAN VERLINDE

Un nouveau défi

La transformation la plus radicale a eu lieu dans la cuisine et la salle de bains. La cuisine jaune pâle a laissé place au vert avec des détails en laiton, noyer et marbre. Ces matériaux se retrouvent également dans la pièce d’eau compacte, où une tablette de lavabo en forme de goutte s’est avérée idéale pour maximiser l’espace. « Ces pièces étaient celles qui nécessitaient le plus de travaux. Pour chaque élément du bungalow, nous nous sommes constamment demandé: pourquoi le remplacer s’il est en bon état? C’est la raison pour laquelle les carrelages et les luminaires du couloir sont encore d’origine, ainsi que les appuis de fenêtre des chambres. »

Pour chaque élément du bungalow, nous nous sommes constamment demandé: pourquoi le remplacer s’il est en bon état?

La salle de bains a été réaménagée avec des formes douces et une palette de matériaux chaleureux - noyer, laiton et marbre rose.
La salle de bains a été réaménagée avec des formes douces et une palette de matériaux chaleureux – noyer, laiton et marbre rose.© JAN VERLINDE

C’est à la propriétaire que l’on doit la minutie apportée au choix des meubles, un mélange de vintage, de rééditions et de nouveau design. Après une aventure dans le secteur de la restauration et une ligne de tricot, elle s’est récemment lancée dans un nouveau défi: un cours d’architecture d’intérieur. « J’aime vraiment apprendre des choses neuves. Et puis, le design et l’architecture m’ont toujours fascinée. D’ailleurs, j’avais également moi-même décoré les bars que je dirigeais. Mais la formation est plus abstraite que je ne le pensais. Cela va bien au-delà du choix des meubles et des rideaux. »

B-architecten

La vie au vert, dans un pavillon sixties
© JAN VERLINDE

Evert Crols, Dirk Engelen (photo) et Sven Grooten ont fondé B-architecten en novembre 1997 à Anvers et à Bruxelles.

Tous trois se sont rencontrés lors de leurs études à Anvers (Institut Henry van de Velde) et à Amsterdam (Berlage Institute).

Leur premier projet a été la rénovation du Beursschouwburg, dans notre capitale.

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