« L’art, c’est le miroir de l’autre »: rencontre avec l’artiste plasticien Michaël Henneaux

Michaël Henneaux © Photo Jules Emile

Cet artiste émergent à la quarantaine créative ancre son travail dans la puissance de l’écrit, produisant des calligraphies spontanées et des Bo’HoM’, soit des statuettes à tête surdimensionnée rehaussées d’un hashtag à message. L’autodidacte passionné d’art contemporain et de Web design expose son travail à Bruxelles à partir du 2 février.

Le Bo’HoM’, c’est le reflet de mon âme, qui peut atteindre l’autre dans sa propre histoire. Je ne suis pas un gueulard public, et ne sais pas articuler mon avis avec éloquence. Mon moyen d’expression, ce sont mes Bo’Hom’. J’ai été un enfant à l’imagination débordante, je faisais des tours de blocs en bois, des BD avec mon frère, des meubles avec mon père. Je créais pour m’amuser. Plus âgé, j’ai eu envie d’avoir un symbole qui me représentait et qu’on pouvait manipuler. HM dans Bo’HoM’, ce sont mes initiales ; on me dit qu’il me ressemble, avec ses sourcils en évidence. Chaque statuette est une création unique marquée d’un mot en hashtag. C’est une invitation à la réflexion. Ce sont généralement des commandes liées à des histoires singulières de gens ordinaires. J’ai besoin d’en connaître le sens pour créer. Je les réalise d’abord à l’ordinateur, puis en impression 3D, en résine ou en plâtre. La figurine prend forme dans mes mains avant d’être peinte puis adoptée.

Je considère l’artiste comme une éponge qui absorbe les émotions, l’oeuvre étant l’essorage de cette éponge. J’injecte tout ce que je ressens dans mes réalisations, en espérant toucher le maximum d’amateurs. Quand je suis à l’atelier, je me laisse emporter par des gestes instinctifs. Chaque oeuvre symbolise un mot, que j’exprime jusqu’à saturation. Je réalise cet art spontané d’un seul jet, sans interruption. Mes premières calligraphies ont d’emblée séduit, ce qui m’a encouragé à les exposer et à continuer à créer, sans relâche.

La puissance des mots est une source d’inspiration qui impacte l’autre. Le mot dégage une force phénoménale, choisir le terme juste au bon moment peut tout changer. Le mot peut blesser ou encourager, il résonne en chacun de nous, c’est le privilège du langage et de la pensée qui nous différencie des autres espèces. Je ne choisis que les écrits qui peuvent ouvrir le champ des possibles et toucher aux émotions libératrices, universelles.

Les hommes préhistoriques dessinaient dans les grottes sans avoir appris aucune méthode aux beaux-arts. Ils ont pris les outils qu’ils avaient à portée de main et se sont exprimés à travers l’art, alors instinctif, sur les parois de leurs cavernes. Comme eux, j’apprends en observant autour de moi: dans les galeries, les musées, la rue. Je me nourris de vidéos sur YouTube qui expliquent les techniques, je me renseigne auprès d’autres artistes lors d’expositions. Je teste ; c’est un jeu ardu d’essais et erreurs avec, parfois, des réussites magiques. J’aime ce travail de recherche, le plaisir du mouvement.

‘Chacun ressent l’art u0026#xE0; travers le filtre de son vu0026#xE9;cu.’

Les gamins qui dépassent en coloriant nous apprennent à créer des ponts vers un monde plus ouvert. Ils nous encouragent à croire qu’on peut vivre ses rêves. La journée, je suis ludopédagogue et éducateur auprès d’enfants, je les encourage à utiliser leur créativité pour aller au-delà de leurs limites. J’aime autoriser l’action créative sans restriction.

La société actuelle accumule les erreurs en essayant de réparer celles du passé, sans y arriver. On nous encourage, par exemple, à acheter des voitures électriques pour diminuer l’impact nocif sur l’environnement mais on se rend compte que cette option novatrice risque d’avoir des conséquences plus polluantes. La création artistique a un impact puissant sur le changement des mentalités. Une oeuvre suscite la réflexion, peut changer les opinions, même inciter à agir. Regardez Banksy qui a réussi à s’imposer dans les rues du monde entier en proposant une réflexion forte sur la société qui doit mûrir et évoluer. Mon rêve ultime serait de voir un de mes Bo’HoM prendre place sur un rond-point ou une place, une exposition itinérante à taille humaine dont l’énergie des mots impacterait positivement toute une ville.

L’art, c’est le miroir de l’autre. L’art est inspiré par la culture d’une époque, le miroir qui permet de découvrir le plus profond de soi. Ce que je réalise est partagé sur les réseaux sociaux ou lors de mes expositions, j’ai ainsi l’occasion de m’ouvrir à d’autres points de vue, d’échanger. J’aime le caractère social de l’art, je découvre une autre vision de ce que j’ai créé. Chacun ressent l’art à travers le filtre de son vécu. Tout cela me nourrit, m’inspire et me permet de créer de plus belle. Aimer l’art, c’est apprécier sa culture, ses racines, ses origines. C’est aimer l’humanité et les autres. L’art, c’est nous!

(*) Galerie Estampille, 75, rue de Pavie, à 1000 Bruxelles, estampille.be Du 2 au 23 février. michaelhenneaux.be

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