1. RENCONTRER LES MAORIS

Ils ont abordé ces rivages autour de l'an 1000, après avoir traversé le Pacifique à la rame, guidés par les étoiles et les oiseaux. À l'endroit précis où accosta Kupe, le premier explorateur de ce " pays des longs nuages ", s'élèvent les surprenantes dunes de Hawkiangi. Ce désert sculpté par les vents se jette dans la mer sans prévenir, coiffé d'un ciel étrange, si proche de la terre. Remontant la rivière Waitangi à bord d'un canoë, la belle Judy, lointaine descendante des premiers Maoris, reprend le chant des rameurs. " Toki hi ", fredonne-t-elle : " j'embrasse l'eau ". Sur son épaule gauche, le tatouage traditionnel raconte la vie de sa mère. La droite porte le destin de son père. Les Maoris n'ont pas défait les liens du passé. Ils doivent la survie de leur cultur...

Ils ont abordé ces rivages autour de l'an 1000, après avoir traversé le Pacifique à la rame, guidés par les étoiles et les oiseaux. À l'endroit précis où accosta Kupe, le premier explorateur de ce " pays des longs nuages ", s'élèvent les surprenantes dunes de Hawkiangi. Ce désert sculpté par les vents se jette dans la mer sans prévenir, coiffé d'un ciel étrange, si proche de la terre. Remontant la rivière Waitangi à bord d'un canoë, la belle Judy, lointaine descendante des premiers Maoris, reprend le chant des rameurs. " Toki hi ", fredonne-t-elle : " j'embrasse l'eau ". Sur son épaule gauche, le tatouage traditionnel raconte la vie de sa mère. La droite porte le destin de son père. Les Maoris n'ont pas défait les liens du passé. Ils doivent la survie de leur culture à leur formidable capacité d'adaptation. Pour preuve, l'église anglicane du village d'Ohinemutu et son curieux vitrail : le Christ, en habit de chef maori, marche sur le lac Rotorua. Après nos dieux, les Maoris ont assimilé le rock'n'roll et dansent aujourd'hui le " hakka boogie " dans les bars d'Opononi. Au centre de l'île, le volcan Tarawera. On se sent comme à l'aube de l'humanité. Dans des teintes de cendres et de feu se dresse le mont Hakuragi. Tout autour s'étend une vision de préhistoire : paysage de lave, fumerolles, geysers et bassins bouillonnants. La terre palpite dans une odeur de soufre. Visitant la région de Rotorua au début du XXe siècle, George Bernard Shaw décrivit ces lieux en des termes engageants : " Porte de l'enfer ", " Sodome et Gomorrhe "... Plus au nord, du côté d'Opononi, s'étend la gigantesque forêt de Waipoua, où les pins se mêlent aux plantes exotiques. On vient s'y recueillir sous les superbes kauris, baobabs des antipodes qui ont notamment servi à la construction de Buckingham Palace. Le plus éminent de ces seigneurs porte majestueusement son tour de taille de 17 mètres et ses 4 000 ans d'âge. Il fut le modèle de Peter Jackson pour l'arbre qui parle du Seigneur des anneaux. Avant qu'il ne devienne une star de Hollywood, les Maoris l'avaient déjà surnommé " Te Matua Ngahere " : le " Père de la forêt ". De la pointe du cap Kidnappers, on observe la ville de Napier, entièrement reconstruite après un tremblement de terre en 1931. La cité baleinière de la côte est devait renaître sous la forme d'une élégante capitale Art déco des antipodes. Le long de Marine Parade, on écoute les vagues et le vent caresser les façades pastel, comme un Miami miniature. Et pour son sacro-saint Art déco week-end, qui se tient chaque année en février, Napier succombe avec délices aux charmes de la nostalgie. Robes taille basse et souliers bicolores battent le pavé en dansant un charleston endiablé. Sept cent soixante ans après Kupe, le capitaine Cook mouille dans une baie ensoleillée, hérissée d'îles paradisiaques et de récifs dangereux : il l'appelle " La baie des îles ". Lointain descendant des conquérants anglo-saxons qui constituent aujourd'hui les trois quarts des habitants du pays, Phil sillonne la baie depuis quatorze ans et se passionne pour son histoire. Ce soir-là, il jette l'ancre dans la mythique Frenchman's Bay. Sous les étoiles, en humant l'été austral, on songe à Marion-Dufresne, l'explorateur français qui, en 1772, termina ses aventures... dans l'estomac repu d'un Maori. C'est ici, à Russell, que les Anglais établirent leur capitale, d'abord un repaire pour marlous du Pacifique devenu une élégante villégiature aux airs de Nantucket. De l'époque des pionniers a survécu l'hôtel Duke of Marlborough. Sa gloire s'écaillait sur le front de mer bleuté quand, il y a six mois, une bande de copains motivés en a fait l'une des plus chaleureuses adresses du pays. Sur la terrasse, de vieux marins y racontent des histoires où vibrent les échos de l'époque des flibustiers. Carnet pratique en page 50.PAR ADRIEN DIMAI / PHOTOS : DAVID LEFRANC