A l'échelle de la planète mode, c'est ce qu'on pourrait appeler une révolution copernicienne. Le jour même du défilé, le 3 mars dernier, quatre looks signés Paco Rabanne étaient déjà en vente dans la boutique parisienne de la griffe qui, comme d'autres, souscrit désormais partiellement à la logique du " see now, buy now ". Une rupture tranchée avec les usages qui veulent que les collections soient disponibles environ un semestre après avoir été dévoilées. Cette période d'attente n'a pourtant rien d'une coquetterie ; elle répond à l'objectif commercial qui a présidé à la naissance...

A l'échelle de la planète mode, c'est ce qu'on pourrait appeler une révolution copernicienne. Le jour même du défilé, le 3 mars dernier, quatre looks signés Paco Rabanne étaient déjà en vente dans la boutique parisienne de la griffe qui, comme d'autres, souscrit désormais partiellement à la logique du " see now, buy now ". Une rupture tranchée avec les usages qui veulent que les collections soient disponibles environ un semestre après avoir été dévoilées. Cette période d'attente n'a pourtant rien d'une coquetterie ; elle répond à l'objectif commercial qui a présidé à la naissance des shows, à savoir montrer une série de modèles aux acheteurs potentiels puis les fabriquer une fois les commandes passées. Ça, c'était avant qu'Instagram ne change la donne. " Avec le digital, l'immédiateté et le fait qu'énormément de marques sont en compétition sur le marché, je me demandais si la désirabilité du vêtement ne se perdait pas dans les six mois à cause de cette profusion d'images ", a précisé Julien Dossena, le directeur artistique de la maison, lorsque Anne-Françoise Moyson l'a rencontré. Mais ce rapport accéléré au temps n'est pas le seul chambardement introduit par les médias sociaux : dorénavant, tout est calculé pour avoir le plus de retentissement possible sur la Toile. A commencer par la scénographie, formatée pour " fournir du contenu " adapté aux quinze secondes des petits films qui y sont postés. Le choix des mannequins et des égéries, ensuite, dans lequel intervient le nombre de followers qu'elles peuvent mettre en avant - ce n'est pas un hasard si Gigi Hadid, 21,6 millions de fans au compteur, est la star des podiums et des campagnes de pub de la rentrée. Evidemment, ces influenceuses se retrouvent à leur tour sur ce fameux " front row ", poussant des fesses les rédactrices des magazines les plus influents et les (riches) clientes auquel il était jusqu'alors réservé. On pourra toujours philosopher sur la nature intrinsèque de la fashion, qui ne subsiste qu'en se nourrissant de nouveautés. Mais jamais les secousses du changement n'avaient été aussi fortes, ni aussi rapprochées. Au point qu'un mouvement inverse s'amorce déjà : Massimo Giorgetti enjoignant ses invités à profiter du spectacle au lieu de mitrailler les silhouettes via leurs smartphones ; Tom Ford et Burberry annonçant deux défilés annuels et plus quatre ; tel autre encore préférant limiter drastiquement sa guest list plutôt que céder aux sirènes de la présentation barnumesque... Autant de signes qu'une contre-révolution pointe à l'horizon ? Réflexe de survie de certains créateurs craignant de se faire broyer par les mâchoires de la mode ? Ou prémices d'une nouvelle ère où coexisteront plusieurs modèles et plus un seul calendrier ayant force de loi ? On vit en tout cas une époque charnière, donc palpitante. Ce numéro Black XXL vous emmène en coulisses.DELPHINE KINDERMANSLE PLUS DE RETENTISSEMENT POSSIBLE SUR LA TOILE.